‹ Un portrait russeChapitre 74 sur 143 · LE TZAR DES COSAQUES · texte numérisé non relu

LE TZAR DES COSAQUES

YiTants, en même temps qu'il prie poor le tzar et la famiUe impériale. Une destinée singulière plane d'ailleurs sur les Fatix prétendants que les poètes ont si volontiers mis en scène, et rend leur œuvre stérile.

n nous reste de Schiller un Démétrius inachevé et le plan d'un Warheck, et nous possédons presque une littérature de Démétrius et de Warbeck, qui tous jusqu'au dernier prétendant de M. Meisner, sont restés sans suite. Frédéric Hebbel est mort récemment à Vienne sur la dernière scène d'un Démétrius. Évoquez les faux Smerdis, les faux Charles le Téméraire ^ les faux Louis XVII, la liste en sera longue, mais les drames impossibles. A quoi cela tient-il? Cela tient et se relie à l'essence même de la tragédie. La faute dans le sens propre et général du mot, la coulpe en vieux style plus énergique, est le ressort à l'aide duquel la tragédie se meut et exerce son ascen- ' dant ; le crime aussi ne reste pas sans effet, quand toutefois ce crime résulte de Tentraînement du caractère ou bien se produit sous l'influence de hautes idées qui paraissent le justifier.

Mais l'imposture ourdie en vue d'une ambition étroite et personnelle, Timposture employée dans un but égoïste et non soutenue par une grande conception , par quelque chose de génial, doit être exclue du champ de la tragédie. Pourquoi? Par la raison que le théâtre ne peut accepter les vanités impuissantes , les velléités d'élévation propre, toutes ces glorioles vulgaires qui nous font aussi paraître le coupable digne de notre intérêt.

Tel est Pougatcheff. Une partie de l'histoire de ce tzar des Cosaques se trouve dans la Fille du capitaine , nouvelle de Pouchkine. M"*« Bagréeff retira donc de la scène sa pièce imprimée à Prague, seulement pour ses amis et la direction du théâtre de Gratz, et qu'elle n'avait du reste livrée au public et soumis à l'épreuve de la rampe qu'à la prière instante de l'acteur qui, dans ce début final — si

l'on peut accoupler ces mots rendant la circonstance d'one seule représentation, — eut le rôle en relief du faux tzar, sympathique aux spectateurs dans le premier acte, mais devenant de plus en plus indifférent à ces mêmes spectateurs à mesure du déroulement de ce drame, entaché de lacunes et de faiblesse, outre le vice de la conception fondamentale. Mais il y a là certes de la poésie, de Tenthousiasme, beaucoup de nobles sentiments et une veine délicate de tendresse coigugale. A entendre ce héros de l'Ukraine, vous vous 'sentez frémir d'aise, vos poumons se dilatent dans le paysage spacieux; et dans un retour inyolontaire vers vous-même, cette exclamation vous échappe: «Je respire l'air de la steppe.» Le mot fut prononcé par une personne d'esprit dans une société d'élite, à la fin de la lecture que fit de cette tragédie le dramaturge Holteij ce grand interprète de Shakspeare.

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