LE TZAR DES COSAQUES
Pongatcheff, nous le voyons, manque de fermeté intérieure, de cette résolution qui est inébranlable. L*idée enthousiaste qu^il est réellement le tzar, cette idée, qui a fait tomber ses souvenirs momentanés comme un rayon de lumière sur son séjour du cloître, nous devons la désavouer, parce qu'elle est trop en contradiction avec d'autres réalités; et pour le hardi aventurier, pour le rebelle qui aspire à la glorie, il a de nouveau trop de fanatisme, trop de confiance et pas assez de politique. Par une action il perd un parti, par la suivante il perd l'autre. Ainsi au moment où il monte sur le trône, nous le voyons déjà perdu: pour lui notre intérêt diminue dès cet instant même.
n aurait peut-être pu sauver en sa faveur une sorte d'intérêt qui est plus esthétique, si l'idée juste qu'il exprime qu'il faut un bon tzar, demeurait la base et l'égide de sa vie; et ici, laissant à part les difficultés historiques du sujet, nous devons plaider avec l'auteur. Il est certainement vrai que l'empereur aurait pris ^suite une toute autre attitude, comme cela était vraisemblablement dans l'intention de l'auteur; mais par le fait, que le libre et indompté fils de la steppe, quand il est prisonnier supplie et fasse supplier, et quand il marche à la mort exhale des plaintes inglorieuses et son repentir, tout ce qu'il avait éveillé d'intérêt en nous n'aboutit à rien, s'évanouit, et jamais d'une pareille situation ne se pourra tirer un effet tel qu'il est exigé d'une œuvre d'art.
D'abord donc, défaut d'intérêt pour le héros, une seconde circonstance fâcheuse est à signaler dans la pièce. L'action est brisée en trop de parties, et ces parties diverses n'ont pas entre elles cette large ordonnance qui permettrait à l'acteur principal de produire un puissant effet.
Que les situations s'engendrent les unes des autres, sortent des entrailles du drame , comme un fruit naturel.
Tel débat a tel cortège de conséquences, et les coups de maître consistent à y mettre en germe toute une tragédie. C'est un développement nécessaire des prémisses de Faction.
La liberté interrient sans doute, et peut rompre la trame de la fatalité des passions; mais Thomme se détermine d'après des mobiles ou des motifs, c'est-à-dire d'après des tendances invincibles et inhérentes à sa nature, des penchants, d'après l'entratnement du caractère; ou il se détermine d'après des devoirs qui sont souvent en lutte avec les passions proprement dites: l'élément dramatique alors se renforce dans cette rencontre violente, dans ce choc intérieur qui ébranle tout l'homme, en ce moment orageux de son existence et produit sur les spectateurs la sincère et vive émotion, d'ordinaire la pitié ou la terreur, suivant les règles antiques.
Ainsi quand l'action est fondée sur des raisons, mobiles ou motifs, qu'il y a suite, que les personnages sont fidèles à eux-mêmes dans leur conduite et s'épargnent la contradiction, nous n'avons pas à demander plus à l'auteur: il a atteint ta vraisemblance. Le génie peut trouver des ressources et des combinaisons exceptionnelles; mais c'est son affaire à lui seul, par malheur.
Le tzar des Cosaques représenté sur une scène de province à Gratz en Styrie éprouva un échec. M™* Bagréeff avait cédé au désir d'un auteur, qui recherchait un bénéfice. A la lecture , cependant cette tragédie a un grand charme. Il semble qu'on respire à pleines narines l'air de la steppe. Un défaut considérable de la pièce, c'est le choix même du siget trop moderne. L'événement qui se déroule en 1772, est trop près de nous pour qu'on puisse impunément fausser l'histoire et pour qu'il soit permis d'articuler des affirmations contraires aux faits écrits et à la tradition vivante qui était hier encore de mémoire d'homme. A la messe en Russie, le prêtre continue à anathématiser et à maudire Pougatoheff, à la mémoire des