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de lPEglise, du premier enseignement chrétien en somme, étaient excellentes, mais qu’elles ont été par la suite falsifiées et dénaturées. L'Eglise a travesti les préceptes égalitaires de l'Evangile.
« Il est constant que la morale évangélique conduit infailliblement à l’abolition de la propriété privée, à l'établissement de la communauté des biens et à l’obligation du travail pour tous les hommes sans exception. Cette morale a même reçu un commencement d'application dans la société des premiers chrétiens, qui en considéraient les préceptes, non comme de simples conseils, mais comme des devoirs de rigueur. Certes, il y a loin de ces principes à ceux qui sont aujourd’hui reçus dans le monde chrétien. A l’abandon des biens de la terre prescrit au profit des pauvres, on a substitué l’inviolabilité de la propriété, le détachement d’esprit des richesses, les aumônes purement facultatives, la légitimité du prêt à intérêt. Quant à la pauvreté pratique et à la charité absolue, elles ont été reléguées par les classes privilégiées au rang des superfluités religieuses » (6).
Est-ce à dire que Granger, dans la société dont il nous tracera tout à l'heure le schéma, verrait favorablement l'existence d’une religion pure de la gangue dont l’ont entourée ceux qui lui élevèrent des autels ? Non, car il es-
(6) « L’Evangile devant le Siècle, p. 119-120.
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time que le sentiment religieux entrave le progrès de la civilisation.
« Je le constate sans regret, le sentiment religieux s’en va. Il a trop longtemps, sous prétexte de soumettre la chair à l’esprit, comprimé les mouvements affectueux dans le cœur de l’homme et rempli son âme d’instincts sombres et féroces. Quel sentiment dépravé a jamais creusé plus de cachots, inventé plus de tortures, provoqué plus de massacres et couvert le monde de plus de ruines et de. cadavres ? Sous l'influence de la civilisation grecque, les hommes avaient commencé à se policer et à remplacer la barbarie par l’exerciee des arts utiles et agréables ; après l'établissement du christianisme, les égarements de la métaphysique en ont fait des bêtes fauves et les ont replongés dans la barbarie. Aujourd’hui les idées deviennent plus saines, plus positives, le sentiment religieux s’affaiblit, et en même temps la sensibilité humaine reprend son empire, et les mœurs s’adoucissent » (7).
Granger paraît avoir oublié que la civilisation grecque fut animée elle aussi d’un sentiment religieux profond; sa littérature reste le témoin légendaire de la crainte fataliste qu’inspiraient les puissances du bien et du mal aux habitants de l’Attique, crainte suffisante pour que la vierge pâle et forte de Sophocle puisse compter sur elle pour imposer au tyran de Thèbes le respect des lois « non écrites »
(7) « L'Eglise et le Pouvoir » p. 128-129.
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Il n’est pas de notre sujet de suivre ici pareille discussion. Nous avons voulu simplement esquisser les raisons pour lesquelles Granger estime l’idée religieuse incompatible avec l’idée égalitaire. Granger a même été plus loin, et c’est jusqu’avec la nature et la fin véritable de l’homme qu’il juge en contradiction la morale divine. Des deux. routes qui solliciteront toujours les pas de l'individu et au bord desquelles installeront toujours leurs chaires des prédicateurs également convaincus, celle de l’ascétisme et celle du plaisir, Granger a résolument choisi la seconde. Sur ses lèvres refleurissent les conseils tentants de Ronsard; : lui aussi estime que, dans le triste enclos de la vie, les roses Sont trop rares pour que nous ne les respirions pas lorsqu’elles s’offrent à nous. Il a eu la révolte désesnérée des cœurs qui ne croient plus
« Dérision !… L'homme meurt, son corps se dissout, son âme tombe dans l'infini, sa mémoire se perd au milieu des mondes ; il le sait sans pouvoir le comprendre, il le craint sans pouvoir l’éviter, et on ose encore lui disputer le peu de jouissances que la nature avare a semées sur sa route ! Retirez-vous, prophètes de malheur ! ne venez pas abreuver sa vie d’amertumes, laissez-le, laissez-le cueillir en paix les quelques fleurs qui s’y rencontrent ! » (8).
(8) « L'Eglise et le Pouvoir » p. 130.