‹ Un Précurseur du Collectivisme: Simon GrangerChapitre 20 sur 34 · SUN)? MEL · texte numérisé non relu

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catégorie d'individus travaillant dans certaines conditions, les valeurs qui serviront de base à la rémunération. Et enfin, il sera indispensable, sous peine de rompre l’équilibre du système, que ce nombre infini de valeurs se retrouvent exactement dans la valeur moyenne ! Tâche aussi prodigieusement invraisemblable que de compter les vagues de la mer ! Cet aspect de la question collectiviste, admirablement mis en lumière par M. Bourguin (1), Granger ne la pas aperçu, ou,peut-être bien, a préféré ne pas l’examiner. De cette manière, nous ne savons pas auquel des deux termes du dilemme il eût préféré se rallier : l'impossibilité physique ou la rupture de légalité.

Il est également une autre face du problème que n’a pas envisagée Granger. On ne peut faire au système collectiviste le reproche qui accable le système communiste : les individus étant rémunérés d’après le travail fourni et non d’après leurs besoins, la paresse des membres de la communauté est peu à redouter. Mais le collectivisme n’échappe pas au péril grave du gaspillage. Quel peut être l'intérêt des travailleurs à ne pas fatiguer le machinisme ou à ne pas prodiguer les matières premières, puisque la seule sanction est la quotité de la rémunération qui s’attache au produit fabriqué ? Que la fin soit atteinte, peu importent les moyens ! Un pareil gaspillage risque de grever la collectivité de charges très lourdes susceptibles

(1) Cf. Les Systèmes socialistes et l’évolution économique.

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d'atteindre au taux du profit capitaliste qu’on a voulu supprimer.

Il est à craindre d’autre part que ne se tarisse l’esprit d'invention qui, dans la société capitaliste, permet tout de même de temps à autre de livrer au public des produits, comme les automobiles, à des prix diminués. Nul, en effet, n’a intérêt à exécuter, en sus de son travail, de laborieuses recherches qui, si elles aboutissent, ne lui procureront aucun avantage personnel. Ou bien alors, il faut supposer que l’homme a une compréhension assez large de son intérêt et un esprit d’altruisme assez développé pour s’estimer suffisamment récompensé par la parcelle de jouissance qu’il retirera de son invention comme membre de la société à laquelle il laura donnée. Il serait également naïf de penser que des distinctions honorifiques seront de nature à agir avec la même vigueur que l’aiguillon de lintérêt personnel.

Supposera-t-on l'existence de corps de chercheurs officiellement réunis par l'Etat ? Mais l’objection reste la même : ces gens, ne pouvant avoir d'autre rémunération que l’heure de travail du fonctionnaire, n’auront aucun intérêt direct à la recherche. Il est à présumer qu’ils l’accompliront mollement. En outre, comment seront recrutés ces savants ? Au hasard ? Folie. Au concours ? C’est mieux, mais ignore-t-on les différences qui séparent l’esprit de dissertation de l'esprit d'invention ? Découvrir, c’est observer. Il est de grands travailleurs qui n’ont jamais su

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