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ressemble beaucoup à ce qu'était le régime des fabricants de munitions ou de produits servant à la défense nationale durant la guerre, avec cette différence que le fruit du travail est réparti également entre les membres de l’association, au lieu d’être encaissé par le patron et reversé partiellement sous forme de salaires. C’est du coopératisme à peu près pur. L'Etat collectiviste n'intervient plus que comme intermédiaire entre le producteur et le consommateur, au premier pour appliquer un barême de rémunération établi par lui, au second pour appliquer un barême de vente également établi par lui, ainsi que nous l’avons vu. Il y a là un singulier reniement des principes.
On trouve plus grave. Supposons qu’un chapeau de feutre soit payé à un groupement professionnel donné une demi-heure de travail ; par suite d’un perfectionnement apporté à la technique, cet atelier parvient à en fabriquer trois à l'heure. Il percevra donc une valeur d’une heure de travail toutes les quarante minutes. Toutes les heures, ses membres toucheront un profit, au sens capitaliste du mot, de vingt minutes.
Pour que la production ne s’effondre pas, on a ressuscité le seul ressort qui puisse la tendre, l’intérêt personnel, et avec l'intérêt est apparu son inséparable corollaire, le profit Ce spectre bourgeois r’effraye-t-il plus lesprit ? L’accepte-t-on ? On est bien obligé de l’accepter, sinon il faut interdire l’emploi de la machine perfectionnée qui permettait de le réaliser, et on n’a toléré l’indépendance
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du syndicat que précisément dans l’espoir de favoriser l'invention. Ou alors il est nécessaire de réviser les tableaux des valeurs et de ne plus payer un chapeau que vingt minutes de travail : le résultat sera le même, l’intérêt de l'invention supprimé. |
Il faut donc subir le profit, mais nous avons vu que les valeurs moyennes ou valeurs-ventes représentaient exactement la somme des valeurs-travail. Or, l'Etat collectiviste va payer pour un chapeau d’une valeur-travail de vingt minutes, une valeur-vente de trente minutes. L'équilibre est rompu, à moins que l'Etat ne paie à d’autres chapeliers une valeur-vente de vingt minutes, ce qui leur aura coûté une valeur-travail de trente minutes, système qui serait évidemment inique. Le résultat de cette rupture d'équilibre sera qu'à un moment donné, et très vite, pour peu que fait semblable se produise dans diverses branches de la production, l'Etat manquera de bons de travail. Il sera obligé, à moins de laisser les producteurs mourir de faim devant leurs stocks, d’en créer fictivement. Ces nouveaux bons, au lieu d’être le signe d’un travail réellement effectué, ne seront plus qu’une monnaie, une monnaie non gagée, un papier-monnaie, dont la valeur, selon la loi inexorable de l'inflation, ne cessera de décroître jusqu’à zéro. Comme l'Histoire nous l’a enseigné dans toutes les circonstances semblables, un instrument d’échange nouveau, correspondant à de réelles créations et à de véritables déplacements de richesses, apparaîtra dans les relations
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entre producteurs et consommateurs. L'équilibre détruit par une cotation artificielle des valeurs, reparaîtra sous le jeu normal de l'offre et de la demande.
Le collectivisme, désireux d'échapper au reproche de stériliser la production, a ouvert la porte à la propriété syndicaliste, seul moyen qui reste d’alimenter l'intérêt. De l'intérêt est né le profit, et celui-ci faisant éclater les cadres arbitraires des règlements étatistes n’a obéi qu’à la loi de loffre et de la demande. Dès lors la société est reconstituée à la mode capitaliste, elle a repris sa forme normale comme un arc vigoureux qui, un instant tiré en arrière, échappe des mains qui le bandent pour retourner, frémissant, à la position de repos.
Ï1 était nécessaire de présenter ces objections, ne seraïitce que pour montrer l’importance des problèmes qu’a soulevés Granger, presque sans y prendre garde, et qu’il n’a pas essayés de résoudre. Il ne s’est guère préoccupé que de l'adaptation de la production aux besoins de la consommation, autre pierre d’achoppement du collectivisme.
Cette adaptation suppose pour commencer la répartition des individus entre les diverses professions conformément aux besoins.
Or, en régime collectiviste, où la rémunération du travail d'intensité moyenne est la même pour tous, il est évident que tous les citoyens préfèrent les travaux les moins pénibles. Durant les froids rigoureux de l'hiver, il y aura trop de monde pour conduire le « métro », et pas assez