‹ Un Précurseur du Collectivisme: Simon GrangerChapitre 6 sur 34 · PROGRÈS DE L'INDUSTRIE. — RAPPEL DE LA THÉORIE DE SISMONDI · texte numérisé non relu

PROGRÈS DE L'INDUSTRIE. — RAPPEL DE LA THÉORIE DE SISMONDI

Le joug qui courbe le front du travailleur ne peut, estime Granger, que devenir de plus en plus lourd tant que se développera le régime capitaliste. Le paupérisme est destiné à croître en raison même des progrès de l’industrie.

« Il est à remarquer que plus l'industrie se développe dans un pays, plus la misère y devient profonde. Le commerce par ses conquêtes n’améliore la condition du riche qu’en aggravant celle du pauvre, et ceux-ci, quand ils entendent parler de la prospérité croissante, n’ont nullement lieu de s'étonner de se sentir atteints d’une nouvelle dépression. Il n’en peut être autrement sous un régime qui fait de l’industrie le mode le plus actif d'exploitation de l’homme par l’homme, le moyen le plus puissant de réaliser des bénéfices sur le travail d’autrui. Sous un pareil régime, le Commerce ne prend de l’extension qu’en étendant en même temps l'exploitation dont le producteur est victime,

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et les marchands ne s’enrichissent qu’en appauvrissant les travailleurs » (1).

Granger paraît bien ici avoir été impressionné par celles des théories de Sismondi qui insistent non pas, comme on le répète trop souvent, sur l’influence néfaste des machines par elles-mêmes, mais sur le rôle d’auxiliaires d’injustice que leur fait jouer notre organisation sociale :

« Ce n’est point le perfectionnement des machines qui est la vraie calamité, c’est le partage injuste que nous faisons de leur produit. Plus nous pouvons faire d'ouvrage avec une quantité donnée de travail, et plus nous devrions augmenter ou nos jouissances ou notre repos. L’ouvrier qui serait son propre maître, quand il aurait fait en deux heures, à laide d’une machine, ce qu’il faisait auparavant en douze, s’arrêterait après les deux heures, s’il n’avait pas besoin, s’il ne pouvait faire usage d’un produit plus considérable. C’est notre organisation actuelle, c’est la servitude de l’ouvrier qui le réduit, lorsqu'une machine a augmenté ses pouvoirs, à travailler non pas moins, mais plus d'heures par jour pour le même salaire » (2).

(1) Op. Cit. p. 92-93,

(2) Simonde de Sismondi. — Nouveaux principes d'Economie politique, 1827 ; tome II, p. 318 (note).

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