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CHAPITRE XII

maines nous ont été épargnées! D'autres ont été visiblement adoucies. Attribuons cela aux Pouvoirs tutélaires, à quelque Génie gardien qui règle en partie notre tâche, cherchant à la proportionner à nos forces. Cela est mystérieux sans être impossible, ce semble.... La sagesse de ces génies serait pour ainsi dire adorable.... Précisément parce que l'abime entre Dieu et un mortel ne peut être franchi, notre avenir se conçoit comme perpétuel, si la mort ne nous éteint pas, si un mortel est transformable.... »

11 ne s'agit point de discuter ces vues. On fera seulement remarquer qu'elles ne sont pas une solution in exlremis inventée par un vieillard maladif pour atténuer les angoisses ou élargir les perspectives de l'au delà. Qu'on se reporte aux ouvrages antérieurs de Senancour et l'on pourra se convaincre qu'il a fait de plus en plus entrer dans ses conceptions la possibilité de communications indéterminées, d'énergies spirituelles ou fluidiques s'exerçant d'une manière invisible dans le monde réel. Sa fermeté philosophique est restée jusqu'au dernier moment fidèle à ce« laborieux mouvement d'espérance » qu'il n'a jamais laissé dégénérer en chimère, et auquel non plus il n'a jamais renoncé. Le fragment de lettre que nous venons de citer atteste que l'idée de perpétuité était inhérente à sa pensée ou plutôt sa pensée même.

Dans la crainte que la vieillesse s'avançant, il ne vint à se produire chez lui quelque défaillance nerveuse, Senancour avait exprimé la volonté qu'aucun ministre appartenant aux communions officielles ne fût appelé à son lit de mort '. L'auteur de La Religion éternelle ne

1 Je liens ce détail île M. Alvar Turnikld. dont j'ai cité le nom dans ma préface. M11* et M. de Senancour. que j'ai longuement fré-

voulait s'enfermer dans aucune Église particulière, les regardant toutes comme des moments successifs de l'esprit humain dans le temps et dans l'espace. Pour lui, sa foi était fondée sur cette notion de permanence qui, selon qu'on l'a remarqué, aurait pu lui servir de devise : « Celui qui médite sur l'éternité, a-t-il écrit, ne sera point le jouet du temps. » Lorsque, le 10 janvier 184G, il expira dans une maison de santé, à Saint- Cloud, la dernière recommandation adressée par lui à son fils et à l'excellent Ferdinand Denis, fut d'inscrire sur sa tombe ces paroles qui résumaient toute sa vie intellectuelle et morale, et qu'on y peut lire encore : Eternité, sois mon asile.

quentés, ne m'ont jamais, non plus que Ferdinand Denis, rien affirmé de pareil.

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