APPENDICES
Je donne ici une double bibliographie de Senancour. telle que je l'ai tracée pour mon propre usage, et afin de ne pas m'égarer dans les complications. La première est une bibliographie pure et simple. Dans la seconde, j'ai suivi aussi exactement que possible l'ordre chronologique , de telle sorte que l'on pût embrasser d'un coup d'œil le labeur intellectuel de l'écrivain. Il n'y a donc pas double emploi; avec un auteur si méticuleux, on a le devoir de ne rien négliger.
Bibliographie.
Premières Rêveries, 1799 (un cahier (ou deux), imprimé en 1798).
2e édition (fausse), 1802-1803. J'ai cette édition.
2e édition vraie (nouvelle édition), 1809, déjà des modifications.
3e édition (1833, 7 octobre), changements considérables.
De l'Amour, in-8°, vers la fin de 1805. La lre édition de l'A mour figure au catalogue de la Bibliothèque nationale sous cette indication R. 2808 10. — La 2e, R. 2808 10 A. — 2e de la Tynna vers 1808. — Chez Capelle et Renaud.
3e édition, Boisjolin, in-18, vers la fin de 1828 ; mon exemplaire porte la date de 1839.
4e édition, Ledoux, 183 'j, 21 et 2? février. 2 volumes. Toutes ces éditions contiennent des modifications importantes.
Oberman, lre édition, 2 vol. in-8°, n° 1804.
202 SENANCOUIl.
2« édition avec des additions. 2 vol. 1833, 25 mai.
3* édition, Charpentier, 1840 (février).
Libre* Méditations, 1 vol. in-8°. Avril 1819.
2e édition, 1830.
3* édition, 1833 ou 1834. 2 vol. in-8<>.
Manuscrit retrouvé tout récemment.
Abrégé ou résumé historique des Traditions morales et religieuses. La date de la première édition n'est point indiquée sur le titre. D'après le Dictionnaire historique de la France, la première est de 1825.
2e édition, 1827. Peu de temps après la première poursuivie judiciairement.
La Chine, lro édition, 1824.
2e édition, 1825.
République romaine (résumé), 1827.
Empire romain (résumé), 1827.
Brochures politiques.
Juin et juillet 1814.
14 juillet 1815.
De Napoléon.
Simples observations.... par un habitant des Vosges, 1814 i.
Seconde et dernière lettre d'unhabitant des Vosges (1814).
Napoléon Bonaparte, nécrologie, extraite de l'Abeille, non mentionnée dans la notice à l'Jnstitut (1821 ou 1822).
Valombré, comédie, 1807.
Isabelle à Clémence (22 juillet 1833), chez Ledoux.
Observations sur le Génie du christianisme, 1816, interdites par la censure. Ne purent être réimprimées en 1825.
Vocabulaire de simple vérité pour la Bibliothèque populaire, imprimé en 1833, réimprimé en 1834.
France littéraire. Juin 183i.Z)e l'athéisme imputé à Voltaire.
SENANCOUR Bibliographie par ordre chronologique.
1798-1799. Rêveries. 179& {un cahier ou deux). 1799, 1* édition.
1 Brochures non mentionnées dans la Notice à l'Institut.
appendices. 203
1802-1803. 2e édition, fausse.
1804. Oberman. lre édition. 2 vol. in-8o, 1804.
1805. De l'Amour, in-8°. Vers la fin de 1805. Valombré, 1807.
1808. De l'Amour. 2e édition, 1808. La Tynna. Capelle et Renaud.
1809. Rêveries. 2e édition vraie avec des modifications. 1811. Fragment sur l'Amitié {Mercure de France).
1814. Juin et juillet.
— il juillet.
Simples observations par un habitant des Vosges (1814). Seconde et dernière lettre d'un habitant des Vosges (1814).
1815. De Xapoléon (pendant les Cent-jours).
1816. Observations sur le Génie du christianisme (1816). 1819. Libres Méditations (note sur le divorce).
1821. Article sur Napoléon.
1823. Almanach des Daines {Petit voyage romantique, déjà publié dans l'Abeille). Le livre des femmes, rédigé par Mme Dufrénoy et A. Pattu, contenant un morceau tiré en grande partie du manuscrit de l'Amour (3e édition en préparation).
1824. La Chine, lr» édition.
1825. — 2e édition.
1825. Traditio?is morales, lre édition.
1827. - 2e édition.
1827. République romaine.
1828. Empire romain.
1828-1829. De l'Amour, 3e édition, fin de 1828 ou 1829 (note augmentée sur le divorce).
1830. Libres Méditations, 2e édition.
1833. 25 mai. Oberman, 2e édition avec des additions, 2 vol.
1833. Vocabulaire de simple vérité. Réimprimé en 1834.
1834. Libres Méditations, 1833 ou 1834, 3e édition, 2 vol. 1834. De l'Amour, 4e édition, 24 et 27 février. 2 vol. (note
sur le divorce).
1834. De l'athéisme imputé à Voltaire. {France littéraire, juin.)
1840. Oberman, 3e édition (Charpentier), février 1840.
-20 1 SENANCOUF
Ce n'est pas uniquement le Petit Carême. Divers sermons s'y trouvent joints. L'édition est de 1/iô, rue Saint-Jacques, chez la veuve Estienne el fils : A la vertu, el chez Jean Hérissant, A Saint-Paul et à Saint-Hilaire. Le titre porte : Sermons de M. Massillon, évêque de Clermont, ci-devant prêtre de 1*< >ratoire, et l'un des quarante de l'Académie française. Sur la garde du livre, Ferdinand Denis a écrit :
« Ce livre, annoté de la main de Senancour, m'a été donné par Mlle de Senancour, le 26 mai 1852. »
Ces annotations sont très curieuses à un double point de vue. D'abord, tous les manques de dialectique de Massillon y sont relevés avec une précision rigoureuse. Les fameuses divisions et subdivisions, dont on a tant loué l'orateur chrétien, sont examinées de près; l'emphase en est percée à jour et dégonflée. Ce sont surtout les citations bibliques et les allusions quelque peu courtisanesques, que le commentateur passe au crible. Les autres observations roulent sur lalangue. Elles sont de cette extrême justesse grammaticale qui touche de près au pointillé. On voit très bien là quel puriste soigneux était Senancour, et l'on s'explique combien il devait lui être difficile de s'accoutumer à ses amis romantiques et à leur* audaces de langage. Avouons-le, quand on a lu ce commentaire si serré, on est contraint d'en rabattre beaucoup de l'admiration consacrée pour le style irréprochable de Massillon. La forme est harmonieuse, mais molle et semée d'incorrections. Le vide se fait trop sentir, et ces métaphores qui sonnent le creux soutiennent mal une îée indécise.
Il n'y a pas à revenir sur M. Jay pour en faire l'objet d'une digression. C'était sans doute un homme estimable et bon, puisque Senancour l'honora d'une amitié constante. L'Ermite de la Chaussée d'Antin, en collaboration avec Jouy, lui avait attiré, sous la Restauration, quelques clésa-
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gréments, et, par contre, lui avait valu une assez vive popularité. Son Histoire de Richelieu, bien oubliée aujourd'hui, et bien dépassée, le fit entrer à l'Académie française. On cite volontiers, comme un des meilleurs morceaux sortis de sa plume, l'Essai sur l'éloquence politique, placé en tête du tome II des Discours du général Foy (chez Moutardier, 1826). Je viens de lire cet Essai avec le très réel désir d'y découvrir quelque chose de satisfaisant, mais, malgré toute ma bonne volonté, je n'y ai rencontré qu'une phraséologie vague et des idées banales.
Il n'y a pas non plus grand bien à dire de la Conversion d'un romantique, manuscrit de Jacques Delorme, publié par M. A. Jay (Paris, 1830). Cette longue plaisanterie de 431 pages in-octavo, sur lesquelles 319 sont consacrées expressément à la conversion, nous paraît aujourd'hui singulièremant faible et fade. Ce qui nous y pourrait intéresser, c'est de constater que, dès 1830, Sainte-Beuve, quoique fortement contesté, était déjà une puissance, très recherché par ses amis et assez redouté de ses adversaires. Reconnaissons, d'ailleurs, qu'il n'était pas d'humeur très commode. A propos de je ne sais quelle élection ajournée à l'Académie française, sans doute par la résistance des membres du parti classique, Sainte-Beuve écrivait :
« Une poignée d'hommes médiocres et usés, libéraux, à ce qu'on dit, mais obéissant à un triste esprit de rancune littéraire ou philosophique, seraient à la veille de laisser encore une fois le génie sur le seuil, pour s'attacher à je ne sais quel candidat bénin et banal qui fait ses visites depuis quinze ans. » Voici de quelle manière reprend M. Jay : « M. Sainte-Beuve parle des membres de l'Académie qui laissent son génie au seuil. Il faut espérer qu'un tel genre de critique aura peu d'imitateurs. »
Plus loin, M. Jay, poussant sa pointe et devenant agressif à son tour, esquisse une caricature du jeune polémiste.
«.... M. Jean Sainte-Barbe, le plus redoutable des critiques : lorsqu'il mord, il emporte la pièce. C'est lui, principalement, qui s'est chargé d'anéantir la littérature classique ; il l'a déjà tuée trois ou quatre fois. Il a prouvé, plus clair que le jour, que Boileau et J.-B. Rousseau n'entendirent rien h l'art des vers ; que Racine avait quelque talent, mais point de génie. Nous le regardons comme un foudre de
guerre. Son admiration poui* Ronsard est égale à son antipathie pour Boileau. »
Toutes ces irritations et ces disputes ne nous touchent plus guère qu'à titre de documents. Le charmant livre de Sainte-Bemc sur la Poésie française au X Vie siècle a résisté el résiste encore parfaitement aux railleries de M. Jay. Quant à Racine et à Boileau, si ses premiers jugements ont été un peu excessifs, personne n'en a parlé plus dignement dans Port-Royal, et dans les Causeries du lundi. C'est ce que me faisait observer mon ami Jules Troubat, auquel j'ai dû pour cette note de précieuses indications.
Une faudrait pas que la sévérité trop grande de Vinet envers Senancour nous rendît à notre tour injuste à son égard. Il était impossible, étant donnés les sentiments religieux du professeur de Lausanne, que celui-ci pût éprouver autre chose que de l'antipathie pour Oberman et son auteur. Ce qui est regrettable et ce que je m'explique difficilement, c'est que Vinet, si consciencieux, si curieux aussi et tellement désireux d'être bien informé, ne se soit pas procuré les Libres Méditations ou les Troisièmes Rêveries. Je ne prétends pas que son christianisme austère, timoré, toujours inquiet, en éveil et en défiance, eût été pleinement satisfait. Plus d'une restriction l'aurait choqué, plus d'une pensée consolante, espérante, l'aurait reconcilié avec le philosophe. Il s'est trop cantonné dans la lecture et dans l'appréciation d'Oberman. Bien qu'il ignorât très probablement les Observations sur Chateaubriand et les Premières Rêveries, son instinct de théologien et de piétiste lui en faisait subodorer quelques vénéneuses senteurs dans Oberman.
Avait-il lu le livre dès 1833 ou 1834, lorsque paraissaient dans le Semeur les curieuses Lettres d'un égotiste, où l'ouvrage de Senancour et aussi le volume sur Y Amour, récemment réimprimé, donnaient lieu à des remarques très pénétrantes, aussi impartiales que possible, presque bienveillantes, mais où cependant, de temps à autre, le rigo-