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INTRODUCTION. IX

çais nous en sommes encore et toujours à Oberman. J'ajouterai, puisque mon ouvrage est destiné à en donner la démonstration, à Oberman, mal compris. Comment ai-je réussi à me délivrer de cette fausse interprétation? Par quelle série de lectures, de méditations et de relations suis-je parvenu à me mettre en rapport avec la pensée du philosophe, avec ses intentions souvent voilées, toujours d'une discrétion excessive? Pourquoi, enfin, ai-je conçu ce livre et comment ai-je pu l'écrire ?

C'est ou collège, à la veille de la rhétorique, que j'appris par les Portraits contemporains, de Sainte- Beuve, l'existence de Senancour. Dans les éditions qui ont suivi, l'illustre critique, mis en possession de papiers intimes, a donné beaucoup de détails et de pièces justificatives. Mais la biographie première, toute simple et nue qu'elle fût, suffisait à éveiller mon imagination. Je m'enquis d'Oberman. Quelqu'un d'obligeant se rencontra pour me le prêter. Je le lus avec une véritable avidité, pendant une convalescence qui me retint plusieurs semaines chez ma mère. J'ai toujours traité mes maladies par la lecture et m'en suis bien trouvé. L'impression que me fit Oberman fut très vive, mais point du tout dans le sens du désespoir. On n'y est guère sujet à vingt ans; d'ailleurs la mélancolie n'a jamais été mon fait. Je goûtai dans ce livre comme une âpre senteur de nature, comme le souffle vivifiant de la forêt et de la montagne. Mes amis me grondèrent fort de cette mauvaise lecture, et je n'y pensai plus.

SENANCOUR. b

X SENANCOU&.

A trois ou quatre ans de là, je découvris chez un de mes camarades, établi libraire quai des Grands- Augustins, les Libres méditations d'un solitaireet

l'Amour selon les lois primordiales. Dès lors, je compris qu'en dehors et au delà du Senancour obermanesque, il y avait tout un penseur, tout un écrivain à connaître, à juger. J'étais, à cette époque, pour les bouquinistes du quai, un assidu client. Je dévalisai leurs boîtes des Senancour qu'elle pouvait contenir, et j*eus, moyennant un bon marché fabuleux, les Rêveries, les Traditions morales, divers précis d'histoire et quelques brochures fort curieuses; tout cela sans aucune arrière-pensée d'écriture possible, et simplement en vue de mon plaisir.

Ce fut en même temps pour mon édification. Je me rendis compte très nettement que les romantiques s'étaient abusés aussi bien sur le sens cYOberman que sur la place qu'il doit tenir dans l'œuvre de l'écrivain. Ils avaient pris un accident, une crise et, comme on dirait aujourd'hui, un état d'âme passager pour un témoignage définitif et absolu. Oberman résume une période antérieure, mais en la résumant, il la ferme et prépare la voie à des dispositions morales toutes différentes. Il me sembla aussi que des esprits sincèrement religieux et ordinairement plus libres de préventions se trompaient en voyant dans le très indépendant écrivain un voltairien de la vieille école. Ces amis passionnés et un peu imprudents du christianisme confondaient trop la religion avec les prescriptions de telle ou telle Église. Le caractère profondément religieux des Troisièmes

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