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CHANTRE II

affranchissement à venir posera-t-il à la destinée, à l'inconnu, à l'insondable de redoutables questions, qui rappellent, avec moins d'éclat, les déchirantes interrogations d'un Pascal et, avec moins de hauteur, les fières, les menaçantes indiscrétions d'un Promélhée.

Tout problème particulier étant forcément contenu dans un problème général, il n'est pas loisible à Oberman de s'abstraire assez de lui-même pour ne point partir d'une question personnelle. Avant de se demander à quoi sert la vie, l'homme est bien contraint de se dire : à quoi sert ma vie? 11 en est beaucoup, sans doute, chez lesquels cette curiosité ne s'éveille pas. L'enchaînement des traditions, le cadre des vieilles disciplines, le jeu quotidien des intérêts, dans son inquiète àpreté, préviennent toute réflexion approfondie, tout retour sur soi-même dans ses rapports avec autrui. 11 faut, en effet, commencer à sortir de soi pour s'apercevoir que l'on fait partie d'un ensemble et chercher à déterminer quelle place on y tient. A qui vit pour soi seul et sans l'espérance d'une destinée ultérieure, la vie peut se montrer dure ou favorable, mais elle est très claire. 11 n'en va pas de même pour celui qui se détache assez de sa condition morale ou sociale pour se regarder vivre, pour essayer d'estimer la valeur de ses efforts, non seulement en ce qui touche son bénéfice immédiat, petit ou grand, mais en ce qui a trait à l'utilité générale, au bénéfice de tous ou, s'il y a erreur de sa part, à leur détriment. Celui-là, plus que le précédent, se fait évidemment de la dignité humaine une haute idée. 11 n'admet ni une activité purement personnelle, ni une activité stérile. Mais comment saura-t-il si elle est stérile ou non? Comment saura-t-il si les sons que rend son instrument sont discordants ou harmonieux, tant qu'il ignorera quelle est la parti-

lion à laquelle il concourt, quel rôle lui est réservé dans l'exécution, tant qu'il pourra croire que la mélodie qu'il essaie se perd dans un charivari sauvage ou dans une cacophonie sans nom? La vie individuelle ne peut avoir pour lui une signification, et par conséquent un prix, que si la vie générale a un sens. Autrement l'existence reste ou devient absolument machinale.

Ce tourment sacré, nul ne l'a plus éloquemment exprimé qu'Oberman.

« On ne parle, dit-il, que de réprimer ses passions, et d'avoir la force de faire ce qu'il faut; mais au milieu de tant d'impénétrabilité, montrez donc ce qu'il faut. Pour moi, je ne le sais pas, et j'ose soupçonner que plusieurs autres l'ignorent. Tous les sectaires ont prétendu le dire et le montrer avec évidence; leurs preuves surnaturelles nous ont laissés dans un doute plus grand. Peut-être une connaissance certaine et un but connu ne sont-ils ni selon notre nature ni selon nos besoins. Cependant il faut vouloir. C'est une triste nécessité, c'est une sollicitude intolérable, d'être toujours contraint d'avoir une volonté, quand on ne sait sur quoi la régler....

« Et moi aussi j'ai des moments d'oubli, de force, de grandeur ; j'ai des besoins démesurés; sepulchri immemor! Mais je vois les monuments des générations effacés ; je vois le caillou soumis à la main de l'homme, et qui existera cent siècles après lui. J'abandonne le soin de ce qui passe, et ces pensées du présent déjà perdu. Je m'arrête étonné; j'écoute ce qui subsiste encore, je voudrais entendre ce qui subsistera : je cherche dans le mouvemenl de la forêt, dans le bruit des pins, quelques-uns des accents de la langue éternelle.

« Force vivante ! Dieu du monde ! j'admire ton

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