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INTRODUCTION. XIX

faite — une part rigoureusement humaine, il est vrai — à la sagesse hébraïque, personnifiée clans ses plus illustres représentants, Moïse et Jésus. L'auteur se propose de montrer qu'il y a eu des hommes religieux avant le christianisme et qu'il peut encore y en avoir en dehors de l'orthodoxie. C'est une distinction qui a son importance, mais qui n'accuse pas une opposition formelle.

Cette opposition est bien plus visible dans le livre de Y Amour. Là le philosophe, revendiquant tous les droits de la Nature, se heurte justement aux prescriptions ecclésiastiques et théologiques, plus encore que religieuses. Le christianisme lui apparaît sous la forme très respectable mais peu aimable de jansénisme, et il s'exagère des sévérités que la prudence de l'Église a fort adoucies. Toutefois ce n'est pas encore, à proprement parler, un ouvrage de polémique, c'est œuvre de tendances différentes, non de combat. On y pourra faire une riche moisson de pages superbes sur le devoir, la passion, le mariage, l'amitié.

On trouvera dans mon volume plusieurs chapitres sur Oberman, qui en déterminent la signification et ramènent ce prétendu poème du désespoir à sa juste mesure, l'inquiète et douloureuse recherche du vrai. Loin d'être un désespéré, Senancour fait entrer l'espérance comme un élément nécessaire clans l'économie de sa vie et de sa religion.

« Ne plus espérer désormais, écrit-il dans les Troisièmes Rêveries, ne plus désirer, ce serait tra-

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vailler à se détruire soi-même, en renonçant à ce que notre persévérance était peut-être destinée à conquérir.... Ne demandons pas de n'avoir plus rien à entreprendre ou rien à éviter. Faibles agents d'une raison seule puissante, les hommes justes comprennent que leur nature est de combattre à jamais; ils béniront leur partage s'ils reçoivent assez de lumières pour discerner ce que doit être leur œuvre, et x de force pour l'accomplir. Une marche laborieuse, mais soutenue par une pleine conviction, dans les voies du perfectionnement, dans les voies de l'espérance, voilà le repos d'une âme généreuse, ou la vie meilleure dont elle implore le bienfait. »

La philosophie de Senancour ne constitue pas un me. Il réclame quelque part, dans Oberman, je crois, le droit de se contredire. Reconnaissons qu'il en a usé modérément. Quelle que soit l'apparente différence entre les Premières Rêveries et les Troisièmes, entre Oberman et les Libres Méditations, un principe commun leur sert de lien, un principe, non, mais une idée autour de laquelle toutes les autres viennent se grouper : l'idée de l'éternité.

Il y a bien des manières de comprendre l'éternité, bien des manières surtout d'en tirer profit et d'en faire application '. Bossuet a dit magnifiquement :

1 La conception île l'éternité des êtres devrait toujours se trouver plus ou moins liée à la notion de personnalité persistante. Il n'en lit ainsi chez Senancour. Ses idées sur le Moi, tout en se développant et s'affirmant, n'ont jamais reçu leur forme définitive De même, chose curieuse! la notion du Moi, énergiquement posée par Maine de Biran, n'a pas conduit celui-ci à concevoir

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