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CHAPITRE VIII

août 1802, mais en avril. C'est le jour de Pâques, le 28 germinal an X (dimanche 18 avril), que le Génie du christianisme a été solennellement annoncé par Fontanes dans le Moniteur i, le jour même où l'église Notre-Dame était officiellement rendue au culte catholique par la célébration d'un Te Deum d'action de grâces. Donc Senancour a dû forcément en entendre parler pendant la composition ftOberman, en lire probablement des extraits ou des fragments dans les journaux. En tous cas, si c'est après l'impression doberman, autrement dit en 1804, qu'il a lu le Génie du christianisme et qu'il a conçu la pensée de le réfuter, cela nous reporte bien plus loin que deux ou trois ans avant 1811, à huit ans au moins.

Il était nécessaire de débrouiller toute cette chronologie pour bien établir la genèse des Observations et pour montrer, à l'avantage même de l'auteur, qu'elles ont été beaucoup moins tardives et beaucoup plus contemporaines qu'elles n'en ont la prétention. Quant à la question (et ce n'en est pas une pour nous) de savoir si Oberman procède de René, il sera temps d'y revenir lorsque, à la fin de ce volume, nous examinerons la destinée <X Oberman au point de vue du succès littéraire. On verra que les éclaircissements qui précèdent et qui seront complétés n'auront pas été inutiles.

Quel est aujourd'hui pour nous, — j'entends par là les lettrés qui lisent encore le Génie du christianisme , — le caractère réel, spécifique de cet ouvrage ?

Est-ce, comme le dit Senancour dans son avant-propos, un ouvrage d'agrément, un ouvrage d'effet, quel-

1 C'était la reproduction d'un article inséré le 15 avril au Mer cure de France.

que chose d'essentiellement frivole, ou faut-il y voir une démonstration scientifique? Est-ce une preuve par la beauté ? Est-ce une preuve par la vérité ? Est-ce une équation entre le vrai et le beau? A parler franchement, poser de pareilles questions est pure politesse. S'il subsiste parmi nous des lecteurs, des admirateurs et des clients de ce livre, ils ne s'attachent plus qu'à la partie esthétique. Le christianisme prouvé par sa beauté, voilà ce qu'ils en admettent ou du moins ce qu'ils en conservent. Quant à la partie dialectique et dogmatique, elle est depuis longtemps abandonnée de tous. Des adversaires plus redoutables que les polémistes du xvme siècle ont nécessité des apologistes meilleurs logiciens ou plus érudits. A l'apparition du livre, on n'en était pas là; on ne se rendait compte ni de sa portée ni des intentions de l'écrivain. De là, dans la critique de Senancour, une inévitable hésitation. Répondra-t-il au coloriste ou au théologien ? Au fond, c'est bien celui-ci que volontiers il viserait. Lui-même nous l'a dit, ce qui l'a mis en goût et en appétit de réfutation, c'est la fameuse note métaphysique sur l'existence de Dieu.

Chênedollé, s'aventurant sur un terrain qui n'était pas le sien, avait, en louant l'ouvrage de Chateaubriand, reproché aux critiques d'avoir passé sous silence la quatrième partie de l'ouvrage qui paraissait désagréable et embarrassante aux esprits philosophiques L

« Quant à moi, réplique Senancour, j'examinerai cette quatrième partie comme les trois autres, et même plus particulièrement que la seconde ou la troisième.

1 Mercure de France du 26 février 1803, en réponse à une critique du Génie du christianisme qu'on attribuait au chevalier de Boufflers.

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