CHAPITRE VIII
J'examinerai la note métaphysique Liréè des Lectures de Clarke. J'examinerai uniquement la partie sérieuse du Génie du christianisme, si toutefois il y a quelque chose de vraiment sérieux dans le Génie du christianisme, à l'exception de cette note métaphysique et de quelques vérités que les gens sincères n'ont jamais contestées.... Je dirai toujours, avec M. de Chateaubriand, qu'il y a plusieurs choses louables dans les habitudes des chrétiens; je dirai avec lui que le christianisme a compté parmi ses disciples un certain nombre d'hommes très vertueux. Je reconnaîtrai que les poètes et les artistes peuvent s'accommoder des sujets qu'il fournit ou qu'il n'exclut pas. »
S'il est sévère pour le dialecticien insuffisant ou le théologien improvisé, il ne marchande pas l'éloge au plus grand maître de l'école moderne.
« En vantant sa manière d'écrire, on n'a fait que lui rendre justice. Son style n'est pas exempt de négligences; mais il est rempli de beautés capables de faire oublier des défauts moins légers. Sa manière est large et hardie, très souvent forte, et quelquefois profonde. Comme peintre, comme poète, M. de Chateaubriand a beaucoup plus que du talent; il a le génie de l'expression; il est au nombre des premiers écrivains de la France. »
Quelques complaisants, croyant rehausser le mérite du livre en exagérant les difficultés que celui-ci avait dû rencontrera son apparition, en prétendant que tout conspirait contre le succès d'un pareil ouvrage et que toutes les circonstances semblaient se réunir pour le vouer au mépris, a la dérision, à l'oubli, donnaient une apparence miraculeuse à un événement littéraire et moral très compréhensible; la réponse ne se fait pas attendre dès l'avant-propos.
« Quant aux circonstances dans lesquelles le Génie du christianisme a paru, je crois qu'elles étaient favorables. En haine des excès de la Révolution, une partie du public était disposée à recevoir indistinctement quiconque se montrerait ennemi de la Révolution. On sait que beaucoup de femmes aimables qui n'auraient pas songé, en 1788, à entrer dans une église, quelques années plus tard fréquentaient assidûment les églises secrètes. Par bonheur ou par choix, M. de Chateaubriand a saisi ce que la fortune lui offrait. Mais je n'ajouterai rien à ceci, parce que les succès sont étrangers à la recherche du vrai. »
Le talent et l'à-propos : voilà certainement deux conditions excellentes pour réussir; mais ne serait-il pas indispensable, en pareille matière, d'y joindre l'autorité du caractère, le poids que donne une foi très ferme, très profondément ancrée dans l'âme ? Ce n'était pas le cas de Chateaubriand. On n'avait point, dans le monde philosophique et lettré, oublié diverses parties de son premier ouvrage, Y Essai sur les réoolutions, ouvrage qui, certes, était loin d'annoncer et de faire prévoir le Génie du christianisme. Bien peu d'années cependant l'en séparaient : 1797-180:2. La volte-face si imprévue, si soudaine et si radicale, n'avait point échappé aux esprits éclairés, et ils se croyaient en droit de la signalera l'occasion, comme fit Ginguené, par exemple. Senancour n'hésite pas non plus à relever cette singulière inconséquence, pour n'employer pas un mot plus fort. A propos de la question qui termine le Génie du christianisme : « Quel serait aujourd'hui l'état de la société si le christianisme n'eût point paru sur la terre ? » il rappelle une autre conclusion interrogalive, celle de ÏEssai, conçu dans un esprit fort différent : « Quelle sera la religion qui remplacera le christia-