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CHAPITRE X

Théosophie et morale. — Libres méditations d'un solitaire (1819-1830).

Dans les curieux Souvenirs d'un page de Louis XVI, le comte d'IIézecques raconle quel était le train habituel de la cour vers les dernières années du règne, lorsque le roi allait passer quelque temps à Fontainebleau. 11 parle nécessairement des chasses et des courses dans la forêt, et après avoir décrit quelques-unes des singularités que l'on y rencontrait alors, il ajoute : i Un ermite s'était construit dans le rocher Saint-Germain une jolie habitation en extrayant de la roche, pour y creuser sa grotte, des espèces de pétrifications qu'il vendait aux étrangers. » Cette brève mention a pu ne paraître, à la plupart des lecteurs, qu'un renseignement de peu d'importance. Elle offre au biographe de Senancour beaucoup d'intérêt, car elle prouve que dans la fiction qui sert d'introduction plutôt encore que de cadre aux Méditations d'un Solitaire, il entre un élément emprunté kla réalité.

Un ouvrier terrassier nommé Lallemant s'était établi, vers 1753, dans la partie septentrionale du rocher Saint- Germain, sur la pente qui conduit du plateau de Belle- Croix au pont de Valvin. 11 n'avait pas eu la peine, comme le pense le comte d'IIézecques, de se creuser une grotte, et l'entrée d'une carrière abandonnée lui avait semblé

suffisante pour installer sa sauvage demeure. Lallemant passa dans cette retraite plus de cinquante années de sa vie. 11 avait fini par devenir l'une des curiosités de la forêt. Des personnes s'intéressaient à lui. On lui envoyait du gibier, du vin, mais il n'acceptait que très difficilement ces témoignages de bienveillance. Quant aux grès cristallisés, dont le rocher Saint-Germain était alors rempli, la tradition ne dit pas que Lallemant en ait fait commerce. Un petit terrain qu'il s'était approprié lui fournissait des légumes pour sa subsistance. La régularité administrative ne se serait guère accommodée d'un genre de vie si étrange, mais Louis XVI, qui connaissait l'ermite, ne permit point qu'on l'inquiétât, et sous les régimes suivants cette tolérance lui fut continuée.

Venu fort jeune, avec ses parents, passer un été aux Basses-Loges, près de Fontainebleau, Senancour avait été le voisin de l'ermite et s'était senti d'autant plus frappé par ce singulier spectacle qu'il éprouvait luimême ou du moins croyait éprouver une véritable vocation érémitique UOna pu reconnaître, à plusieurs des fragments que j'ai cités, combien il demeura fidèle à cet amour delà solitude, toujours contrarié par la difficulté des circonstances. Tout au moins, arrivé au moment d'écrire une œuvre décisive, voulut-il mêler à son rêve un semblant de réalité; et c'est ainsi que le souvenir de ce qu'il avait vu au rocher Saint-Germain, venant à se réveiller dans son esprit, il fut amené à présenter, d'une façon peu affirmative, il est vrai, le manuscrit des Méditations comme ayant été trouvé dans la grotte de Lallemant.

1 II faut rapprocher de la préface des Libres méditations ce qui est dit à la lettre XII d'Oberman.

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