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CHAPITRE IX

affaire, il cite le docteur Alibert, MM. Marcotte d'Argenleuil, Jay, — surtout Alibert. A deux reprises, il mentionne Berville, son avocat. On regrette qu'il ne nous ait pas donné quelques détails sur le plaidoyer de celuici. Berville était l'avocat des libéraux. 11 s'était fait une grande réputation en défendant Paul-Louis Courier dans l'affaire de Chambord. Ce spirituel avocat avait cependant des clients qui ne se contentaient pas d'avoir eu recours à lui. Ils voulaient plaider eux-mêmes leur cause. Senancour, malgré sa réserve habituelle, tint à exposer personnellement ses raisons. Paul-Louis ne parla point, mais il écrivit une défense qui est un chefd'œuvre. Le scandale du procès et le retentissement de l'acquittement avaient été assez grands pour qu'un autre que Senancour songeât à exploiter ce succès. On le connaît maintenant assez pour être assuré qu'il n'en fit rien. Se détournant au contraire de toute polémique, il reprit son livre des Méditations publié en 1819, et s'efforça de le perfectionner encore. A côté du dialecticien, il voulait montrer le théosophe ; au-dessus de l'auteur d'Oberman et peut-être avec l'arrière-pensée de le faire oublier, il se préoccupait d'élever un monument, si humble qu'il fût, à la piété vraie, et d'allumer, de cette main que l'on disait impie, la lampe du sanctuaire pour les âmes vraiment religieuses L

1 Un dernier souvenir de ce procès fut évoqué à juste titre et avec beaucoup d'à-propos, par Sainte-Beuve, le 7 mai 1868, lorsqu'on discuta au Sénat la loi sur la liberté de la presse, ou, à mieux parler, sur la liberté de conscience Sainte-Beuve demandait la juridiction du jury pour que l'on ne confondit point l'attaque théorique à des croyances religieuses avec les outrages à la morale publique et aux bonnes mœurs : « Ah ! messieurs, s'écriait-il, toutes les fois que cette question revient, ma pensée est assaillie d'un souvenir; ce souvenir est bien ancien et n'a rien qui puisse passionner les esprits. Sous la Restauration, le 7 août 1827, sous une ju-

ridietion pareille à celle qu'on maintient aujourd'hui, on a vu comparaître devant le tribunal de police correctionnelle un homme vénérable, un homme de bien, un philosophe éminent, M. de Senancour, auteur d'un Résumé de l'histoire des traditions morales et religieuses ; on l'a vu, pour quelques phrases qui ne semblaient pas assez respectueuses envers les religions positives, accusé avec véhémence par un avocat du roi qui ne croyait que remplir son devoir ; on l'a vu, comme de juste, condamne par le tribunal : car, d'ordinaire et provisoirement, en pareil cas, la police correctionnelle commence par condamner. Ce n'est qu'en appel, six mois après, le 22 janvier 1828, devant la Cour royale, que le noble, l'intègre écrivain, sur la défense éloquente de M0 Berville, fut renvoyé de la plainte. Mais de quoi vous plaignez-vous vous-même, me dira-t-on, puisque cet accusé a été finalement acquitté ? Oui, messieurs; mais, moi aussi, j'ai voulu étudier cette question; j'ai lu les réquisitoires du parquet d'alors, je les ai comparés à d'autres réquisitoires plus récents, et j'en ai souffert pour les honnêtes gens qui s'étaient vus obligés de soutenir, en des termes qui se ressemblent fâcheusement à toutes les époques, de semblables accusations contre un homme de bien. »

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