Un précurseur
Simon Gittico, surnommé Simon le Magicien, l’un des disciples de Dossius, naquit, selon certains auteurs, tels que Le Moyne, Basnage, Avercampio, Avembergio et Mosheim, à Chypre, selon d’autres qui semblent se rapprocher plus de la vérité, à Gittone, bourgade de la province de Samarie.
Il s’éprit d’une Grecque, dont il avait remarqué la beauté sur un marché d’esclaves à Tyr, en Phénicie, et, après l’avoir achetée, il l’'emmena avec lui. Elle incarnait, prétendait-il, la Science divine.
La Magie, devenue très en faveur en Palestine, en Syrie, en Grèce et en Egypte, surtout à la suite de la captivité des Judéens et l'expédition d’Alexandre en Asie, n’avait plus de mystères pour lui.
Il tenta de se faire passer pour un dieu et parcourut de nombreuses régions, en répandant partout ses théories. Celles-ci s’appuyaient sur un système doctrinal où l’on retrouvait des éléments de
la religion Samaritaine, de la philosophie Alexandrine et des idées chrétiennes; elles valurent à Simon la réputation d’être le Chef du Gnosticisme et de la secte gnostique qui, pendant longtemps, survécut en Orient.
Plus tard, dans les derniers siècles, certains auteurs, Baur (1), Hilgenfeld (2), contestèrent l’existence de Simon le Magicien et de sa secte. Mais cétte contestation ne repose sur rien et est en contradiction avec les écrits des pères et des docteurs de l'Eglise, parmi lesquels : saint Justin, né au début du 11° siècle; Tertullien (3), qui vivait à Rome de 160 à 240 ans après J.-C., saint Irénée, saint Cyrille de Jérusalem, Clément d'Alexandrie, saint Jérôme, saint Epiphane, Phiiastre, Hippolyte, auteur de certains ouvrages philosophiques. D’autre part, il est incontestable qu’au re siècle il existait une secte gnostique, appelée également « Simonienne », du nom de son auteur; ce fait est du reste confirmé par les écrits de Joseph, Antiq. XX, 7,2; Justin, Dial et Fryph, 120, Apol. I, 26, 56; d’Eusèbe, Hist. ecclésiastique, I, d’Irénée I, 23, 2, 27.
Le seul fait dont la véracité soit critiquée et même niée par plusieurs savants, et à juste titre, croyons-nous, est celui qu’affirme saint Justin dans son Apologie; selon lui, les Romains voulant glorifier Simon le Magicien, lui avaient élevé une statue, portant l'inscription Simoni Deo Sancto et
(1) Die Christ, Gnosis, page 310.
(2) Die Klement Rekognitionem et Homilien, léna, 1848, pages 317 et suivantes.
(3) TERTULLIEN, dans Apolgétique et dans trois de ses ouvrages : De l’Ame, Des Prescriptions et De l’Idolatrie, parle de Simon le Magicien.
l'avait érigée dans l'ile Tibérine (inter duos pontes) (1), sanctuaire des divinités romaines les plus vénérées et les plus antiques.
« Saint Justin se trompe dans son assertion; il confond : « Semo Sanctus » avec Simon le Magicien. Semo Sanctus était une antique divinité sabine et sa statue dans l’île Tibérine pouvait très bien avoir été érigée, aux temps de Claude, qui aimait beaucoup, nous raconte Semerius (2), les divinités antiques, surtout celles de Sabine, sa patrie. En l’an 1574, on découvrit dans le même lieu, le socle (haut de 1 m. et large de O0 m. 35) d’une statue portant l'inscription « Simoni Sancto Deo », qui ressemblait à celle dont nous parle saint Juslin. Cette découverte provoqua alors de très forts doutes sur l'affirmation de saint Justin, qui ne semblait pas correspondre avec la vérité.
Le premier qui émit des doutes à ce sujet fut le chanoine de Séville Pierre Chacon, qui habitait Rome, où il mourut en 1581. Il écrivait ceci : Celerum videant docti viri, an Justinus Martyrus, utpote externus et linguæ latinæ non admodum perilus, ex ea inscriptione deceptus, in apologia secunda ita scribat, etc. Il suggérait alors : Hæc Justinus qui existimasse videtur Simonem esse Simonem. Refert etiam Irenæus, Lib. I contra Hæres., cap. XX, Simonem Claudio, imperatore fuisse honoratum sed id a Justino accepit, ut Tertullianus…. ut etiam Eusebius, etc.
(1) Maurice BÆEsNIER, L'Ile Tiberine dans l'Antiquité. Paris. Fontemoing 1922. |
(2) SEMERIUS, Dogme et culte de l'Eglise primitive. Lettres
D’autres auteurs réputés, parmi lesquels Baronis; des anglicans tels que Hamond et Spencer; des luthériens tels qu'Helvetius et Siricius, combattirent l'opinion de Pierre Chacon; mais beaucoup d’autres soutenaient le contraire avec force argumentation, citons parmi eux Dionisus Petavius dans ses lettres à saint Epiphane (1622), Nicolas Rigault et Henri Valesia, éditeurs et illustrateurs de l’Histoire d'Eusébe (1659) ; Scipion Maffei, dans son Art magique (1749), et plus spécialement dans la Civilta Cattolica, 1910, IV, pages 532 et suivantes.
L’argumentation de ces derniers se résume ainsi : Justin, bien que docteur en philosophie et en théologie, ancien adepte de différentes écoles philosophiques : l'Ecole stoïcienne, péripatéticienne, pythogarienne et platonicienne, ne connaissait pas parfaitement la langue latine; il était donc fort possible qu’il commit une erreur d’interprétation comme le dit Rigault : Justinus in litteris romanis tam facile decipi potuit, quam in Graecis Virgilius, et lorsqu'il arriva pour la première fois à Rome pour commencer à écrire ses À pologies, il connaissait assez peu la mythologie régionale italique et celle du Latium.
Claude, comme son prédécesseur Tibère, ne fut pas favorable aux Judéens et ordonna, au contraire, leur expulsion de Rome: Judeos, impulsore Cres- {Lo (1), assidue tumultuantes Roma expulit, ainsi
(1) SUÉTOXE fait allusion ici, sans aucun doute, au contraste existant entre la synagogue et l’Eglise. Le nom de Christus n’était pas encore connu dans le monde; il fut confondu avec un autre nom employé à cette époque par les païens, celui de Chrestus, qui était le nom d’un esclave.