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ALIEN

que nous lisons dans les écrits de Suétone et dans les actes des Apôtres (KXVIIL, 2).

On ne peut donc admettre que cet empereur, comme le fait remarquer Van Dale, en arriva au point de vénérer, comme une divinité, un Judéen, comme l'était Simon, en lui faisant élever un monument public revêtu d’une inscription. Du fait de son origine judéenne, comme de par sa religion mosaïque, ni le Sénat, ni le peuple n’auraient été favorables à un tel acte.

Sous le règne de Claude, du reste, avant comme après, les pratiques de la Magie, auxquelles Simon s'était intéressé et se référait (Chaldeorum promissa Magorum Sacra, somniorum etiam interpretes) étaient interdites (2), ce qui est un nouvel argument pour affirmer que cet empereur n'aurait pu permettre la déification de Simon le Magicien.

Les Romains attachaient une trop grande importance à l’apothéose consacrée par les décrets du Sénat et de l'Empereur — un collège de prêtres était institué pour honorer la nouvelle divinité, des médailles commémoratives étaient frappées à cette occasion — pour ce que honneur fût rendu à Simon le Magicien.

Dans le Traité historique des apothéoses, de Schœæpflin (1730), qui donne la liste de ceux qui eurent l'honneur de l’apothéose et où se trouvent énumérés tous les empereurs, les impératrices, les

(2) Cf. CALMET, dans sa dissertation sur Simon le Magicien, sur la Préface des Actes des Apôtres, sur le commentaire de tous les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, Venise 1792. Il est certain qu’Aggripine, femme de Claude, se servit de l’accusation de Magie pour perdre Lollia Pauline et contre Statilius Faurus.

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membres des familles impériales et particulières qui l’obtinrent, et où figure même Antinoûs, Jeune homme de Bitynie, qui fut l’instrument des vices d’Adrien et se livra avec lui à de honteuses folies et à des complaisances indignes, mais le nom de Simon le Magicien ne s’y trouve pas mentionné.

Claude, enfin, appartenant à une famille venue

de Sabine, devait avoir une vénération spéciale pour le dieu sabin, Semonus Sanctus qui, disait-on, veillait à la fidélité des contrats , et il est fort vraisemblable que, d'accord en cela avec le Sénat et le peuple romain, Claude ait inauguré dans l’île Tibérine, par une statue et une inscription, le culte de ce Dieu (3).

Lorsqu'on veut parler de Simon le Magicien, on est obligé de se reporter à l’époque de l’arrivée de saint Pierre à Rome, sous le règne de Claude. Mais la véracité de cet événement donna lieu à une controverse entre les historiens et les théologiens, surtout du jour où Pierre Valdus, l’hérétique du xrm° siècle, prétendit nier la venue de saint Pierre à Rome. D’abord admise par tous, ce fait fut nié avec ardeur, un siècle après, par Marsilius de Padoue, dans son ouvrage « Defensor pacis ».

Le luthérien Uldéric Velenus imprima, en 1520, un ouvrage : Tractatus quo XVIII argumentis adserilug Petrum nunquam Romæ fuisse, thèse qui fut reprise en 1629 par Frédéric Spanheim (De ficta profectione Petri Ap. in Urbem Romam).

La polémique prit un tour de plus en plus vif par

(3) CF. : La Civilla cattolica, op. cit. p. 684; nouveau Bulletin d'archéologie chrétienne, 1910, pages 29-66; Semerius, Op. €its Lettres VIII, pages 167 et suivantes.

la suite, particulièrement en 1872, entre catholiques et ministres du culte évangélique, représentant d'une part l'Ecole Nationale de Tubingue et, d'autre part, l'Ecole catholique d'Histoire critique et d'archéologie sacrée qui, à cette époque, manifestait son activité par de nombreuses conférences et par une série de publications recueillies par De Smet dans son ouvrage : Dissertationes selectæ in primam ætatem historiæ ecclesiasticæ, Paris, 1876 (1).

A notre modeste avis, l’argument le plus péremptoire est la notoriété traditionnelle dont bénéficie l’arrivée de saint Pierre à Rome : celle-ci doil faire disparaître les doutes contenus dans les critiques les plus vives, car la force d’une tradition, qui repose sur une conviction qui existe depuis des siècles, est considérable.

Pendant quinze siècles, en effet, c’est-à-dire depuis l’époque de Pierre jusqu’au début de l’hérésie luthérienne, tous les écrivains, les chroniqueurs, les pères de l'Eglise, les conciles, les apologistes, les peintres, lès poètes, les sculpteurs, aussi bien catho- Hiques qu'hérétiques ou schismatiques, ont constamment glorifié, chanté, peint ou sculpté la vie et la

(1) Au sujet de cette polémique passionnée, cf. les écrits de Gregorius, de Lepsius : Die romische Petrussage, K'el 1872; et Die apokÿphen Apostolgeschichten, 1877; d’Hartmann Grisar, dont les études s’appuyent sur les mémoires topographiques et les inscriptions constantiniennes des basiliques de Saint-Paul et Saint-Pierre du Vatican, et les lieux environnants; de Cortésius : De romano ilenere gestisque principis Apostolorum, lib. II. Rome, 1770; d’Archibald Brower sur l’Histoire impartiale des Papes romains, et de Viennet. Histoire de la Puissance pontificale. Paris 1866, vol. 1, pages 5 et suivantes.

mort de Pierre à Rome, ce qui était unanimement répété. |

Parmi les écrivains innombrables qui soutinrent cette théorie, nous trouvons Dionisus de Corinthe pour la Grèce, saint Irénée pour la Gaule, Clément et Origène pour Alexandrie, Tertullien pour lPAfrique, Athanase, Ambroise, Chrysostome, saint Grégoire de Nazianze, Prudence en l’an XI, Cyprien Caïus, Eusèbe et un grand nombre de docteurs, entre autres, Schrôkh, Bertholdt, Cortèse, Foggini, Neander, Collu Giesler, Schaff, Steiger, de Wette, Cook et beaucoup d’autres. De nombreux monuments archéologiques très importants découverts au siècle dernier viennent également soutenir cette thèse, à laquelle nous nous associons pleinement.

Ce que nous venons de dire au sujet de l’arrivée de saint Pierre à Rome, fait qui s’est réellement passé, bien qu’il fut très controversé, est une comparaison avec ce qui arriva pour la véracité du célèbre vol de Simon le Magicien.

Ce vol, contre lequel Valésius Cotelerius, Calmet Maffei, le Père Ansiatus de Sainte-Marie et d’autres émirent un doute, fut un véritable vol, ainsi que l’affirmèrent Orsus (d’après l'Histoire ecclésiastique, Rome MDCLII, p. 308 et 309), Golt, Feller, Bercastel, Novaes, Cuccagni, Moroni, Mozzoni et tant d’autres.

De nombreux écrivains attestent la réalité de ce vol et le racontent en entier. Citons, parmi eux, en particulier, Epiphane, Cyrille, de Jérusalem, et Augustin, qui en parle dans son livre sur les hérésies. au chapitre IX, et dans son sermon Cum omnes

apostoli Beati, publié par les frères Mai dans l’édition des nouveaux sermons d’Augustin, sous le numéro V (Fratres carissimt), Gubernator, Ambroise, Sulpice, Sévère, Théodore Campedonèse, Filastre. Isidore de Peluse, et d’autres.

Eusèbe, d'Alexandrie, en parle dans son sermon contre les astrologues, en ces termes : « Simon le Magicien a voulu également monter au Ciel. » On en retrouve des allusions dans la constitution apostolique, dans les écrits de Massinius, de Cedrenus, de Glika, d’'Hinemarus, de Nicetus Coniatus.

Nous en trouvons une source historique ancienne dans le livre II d’un ouvrage d’Arnobius, intitulé : Adversus gentes, ou nous lisons ceci: « Viderat enim (Roma) cursum Simonis Magi, et quadrigas igneas Petri ore difflatas et nominato Christo evanuisse Viderat, inquam, fidentem Diis falsis et ab eisdem metuentibus proditum, pondere præcipitatum suo, et cruribus jacuisse perfractis: post deinde perlatum Brundam; cruciatibus et pudore defedsum, et altissimi culminis se rursum præcipitasse fastigio. »

Sur le même sujet, nous lisons dans l'Histoire ecclésiastique contemporaine d’Henri-Jules Wouters (Louvain MDCCCLXIII, quatrième édition). : « S. Cyril. Hierosol. aliique tradiderunt Simonen Magum, ut, Neronem imperatorem populumaue romanum deluderet, arte Magica volare tentasse sed. S. Petri oratione e sublimi fuisse dejectum. Id. reipsa factum esse existimant Beti. (Hist. eccl. t. IX, chap. I”, p. 13; Barone et Tellemont.) ».

Dans un commentaire d’un auteur sur la lettre de saint Paul aux Romains (chap. 8), cité dans les

œuvres de saint Ambroise, nous trouvons également ce témoignage : « Neque si virtus ab aliquo facta fuerit, sicut dicitur facta a Simone Mago, qui dicitur in ære sursum, ut populum Christi scandalizzaret volasse, fidem nostram deberet imminuere. »

Saint Ambroise dans son Esamerone, livre IV, nous dit que : « Petrum Simonem alta cœli magico volalu petentem dissoluta carminum potestate disfecit, et stravit. » Sulpice Sévère, dans son histoire, écrivait ceci : « Étenim tam illustris illa adversus Simonum Petri et Pauli confessio fuit, qua cum magiricis artibus, ut se denuo probaret duobus suffultus Dæmoniis evolasset, orationibus Apostolorum fugatis. Dæmonis delapsus est in terram et popula inspectante diruptus est. » ;

Dans la Maxima Bibliotheca Veterum Petrum, Lyon 1677, vol. III, nous lisons que saint Maxime, dans sa 5° homélie sur la naissance des saints apôtres Pierre et Paul, s’exprime en ces termes : « Hoc mirum, quod Magus (Simon) iste præsente Apostolo per ærem aliquandiu volitaverit hac patientia Petri fecit; permisit enim illum sublimius ascendere ut altius caderet. Voluit enim in excelsum levari ad conspectum omnium, ut ruentem illum de excelsis cculi omnium perviderent. » |

Enfin, dans un fragment grec trouvé au Laurentie de Florence, nous lisons ceci: « Deinde in cœælum (Simon) se fecit ascendere... »

Les écrivains paiens contemporains semblent faire allusion au vol de Simon. Ainsi Suétone, par son aventure d’Icare, qui en s’efforçant de voler, tombe et éclabousse Néron de son sang (Ner. 13) :

« … 1psumque cruore respersit. Nam perraro præsidere, cæterum accubans, primum parvis foraminibus, deinde toto podio adaperto spectare consuerat. »

Certains auteurs, tel que Patrizi ( De Evang. I, I. c. IT, 35), trouve impossible que Simon ait pu se donner en spectacle public à l’occasion de son vol : « Ecquis credat Simonem qui virtus Dei magna qui magna potentia amabat vocari scenicam personam induisse… » Si l’on se place à l’époque de Néron, cette merveille n’a pas raison d’être.

Sous le règne de Néron, la vieille Rome, la reine antique, la grandiose et magnifique cité qui avait vaincu le monde, l’acropole élevée à la sculpture et à la structure des lois, Rome, qui personnifie la lumiere et la civilisation dans l’univers entier, dans tous les siècles et à travers toutes les générations, ne pouvait plus produire dans ses temples, au Forum, au Sénat, qu'un Néron, un empereur qui sapait la morale et dégradait la dignité et la gloire impériale, qui conduisait son char à travers les applaudissements du peuple, et tout en distribuant des honneurs et des largesses, provoquant l’émulation des chevaliers de toute la noblesse, s’inscrivait parmi les chanteurs, jouait la comédie, revêtait le le masque qui le représentait et faisait revêtir à l’heroine, celui qui reproduisait le visage de sa maïitresse. Les personnages les plus marquants de Rome venaient sur la scène et se donnaient en spectacle : « Exhibuit autem ad ferrum » nous dit Suétone : « Quadringentos Senatores, sexcentosque

equites Romanos, et quosdam fortunæ atque existimationis integræ; en tüisdem ordinibus confectores , quoque ferarum et varia arenæ ministeria… Ludis, quos pro æternitate imperti susceptos appeluri Maæimos voluit, ex utroque ordine et sexu plerique, ludicras partes sustirerunt. Notissimus eques Romanus elephanto supersedens per catadromum decucurrit. Non nobilitas cuiquam, non ætas, aut acti honores impedimento quominus Græci, Latinive histrionis artem exercerent, usque ad gestus modosque haud tifiles. Quin et fæminæ illustres deformia meditart…. »

Le vertueux sénateur Peto Traseus, célébre par les hautes fonctions qu’il assumait avec une grande dignité, prenait part à des jeux de jeunesse; la très noble octogénaire Elia Catullia dansait sur la scène, et l’histrion Pavide, ami de Néron, obtenait le droit de cité en s’arrogeant dès le début, le titre de camarade de tous les praticiens (1).

Lorsque Néron devait réciter sur la scène, ce qu’il faisait avec force gestes expressifs et avec une voix théâtrale, les consuls faisaient publier l’annonce suivante :Nioben se cantaturum per Cluvium Rufum consularem pronunciavit. » (2).

Or, en présence d’un tel triomphateur, de tous ces spectacles théâtraux, d’un Néron, d’un empereur, qui disait, ainsi que nous le raconte Denis Chrysostome (Oratio XX), que rien n’était impossible de ce qu'il ordonnait; on ne peut pas admettre que Simon le Magicien ait pu prétendre, un instant, s'opposer

(1) Tacire, Ann, XIV, 14, 15, 20; XV, 32. SENÈQUE, ep. 100: FABIEN, notice sur Simon le Magicien.

(2) SUÉTONE, Ner. 12.

aux désirs et aux ordres de Néron, et en encourant la colère de celui-ci.

Racontons, maintenant, les circonstances qui entourèrent le vol de Simon le Magicien et décrivons le lieu où il eut lieu.

D’après les Acta Petri cum Simone (Leipzig 1891, p. 83), les Romains ayant entendu dire que Simon le Magicien devait monter, en volant, à travers les régions élevées du ciel, se réunirent en foule le long de la voie sacrée, pour le voir. Il s’éleva dans le ciel sur un cadre de feu, puis, peu après, il tomba, se cassant les jambes en trois endroits.

À en croire un récit postérieur, atribué à Pseudo Marcellianus, l’ascension aurait eu lieu au Champde-Mars, en présence de Néron, d’une grande multitude de spectateurs et des apôtres Pierre et Paul. La Voie sacrée n'aurait pas été le lieu de l’ascension, mais bien le lieu de la chute de Simon, et son corps se serait brisé en quatre morceaux : « Cecidit in locum qui via sacra dicitur, et in quatuor partes fractus quatuor silices adunavit. » (1) page 11,

Selon la tradition romaine enfin, le vol aurait eu lieu, en un endroit appele « Santa Maria », ou plus vulgairement « S. Francesca Romana », en face de l'entrée principale du Palatin. Cette tradition, comme l'indique Joseph Francus (2), est très ancienne, puisque le pape saint Paul I" fit construire une église en ce même endroit: « In quo loco usque hactenus (encore de nos jours, avant 767), eorum

(1) DucHEsxE : Le forum Chrétien. Rome, Guggianini, 1899, (2) Simon Pierre et Simon le Magicien, Rome 1898, p. 213.

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