X INTRODUCTION
papes eux-mêmes, près d'un siècle avant Léon X, se préoccupent déjà de faire travailler les artistes et d'attacher à leur cour, par des fonctions ecclésiastiques, les humanistes parfois les moins dévots et les moins austères. Ainsi, partout, ce spectacle, vraiment nouveau et extraordinaire, d'une nation entière qui semble ne vivre que pour le dilettantisme littéraire et artistique. En même temps que le secret de la beauté, on se flatte d'avoir retrouvé celui du bonheur. Répudiant dédaigneusement ce qu'on appelle la tristesse du Moyen âge, les pensers sévères de renoncement et de pénitence, les visions et les terreurs de Tau-delà, on prétend y substituer une sorte d'allégresse épicurienne, la joie de vivre, et de cette Italie, que son Dante, au milieu des dures épreuves des siècles précédents, nommait une « hôtellerie de douleur » , on rêve de faire un palais en fête, où tout sera plaisir pour l'esprit et les sens.
Tel apparaît à première vue ce charmant Quattrocento^ tel on se plaît généralement à le peindre. Est-il donc là tout entier? N'y découvre-t-on rien autre que ce dilettantisme un peu païen? Il faut se méfier, en histoire, de ceux qui ne voient qu'une face aux événements ; les choses sont d'ordinaire plus complexes. A regarder avec quelque attention