INTRODUCTION. IX
cœurs, ce n'est plus la formation d'une Ligue contre les « barbares » ou le succès de quelque révolution démocratique ; c'est le choix de l'architecte auquel sera confiée l'entreprise nouvelle et audacieuse de lancer dans les airs la coupole de Santa Maria dei Fiori; c'est l'applaudissement du peuple émerveillé quand Ghiberti a terminé les portes du Baptistère; c'est une harangue de Manetti ou d'iEneas Sylvius, écrite dans un latin cicéronien et débitée en grand apparat; c'est la nouvelle que le savant Poggio a retrouvé un traité perdu de Quintilien ou un livre de Tacite. Les gouvernements mettent leurs diplomates en campagne pour se disputer des manuscrits, et le roi de Naples stipule, comme condition de la paix conclue avec Florence, la cession d'un bel exemplaire de Tite- Live. Princes ou magistrats républicains, tous se font honneur de grouper autour d'eux une clientèle d'humanistes et d'artistes. Ce n'est pas seulement affaire de goût : c'est calcul de politique. Pour acquérir la faveur du peuple et le consoler de la liberté supprimée, il faut embellir sa cité, enrichir ses bibliothèques, lui fournir l'occasion d'entendre quelque professeur fameux. Tous les ambitieux savent que le mécénat est le meilleur moven de s'élever et de se maintenir. Les