M^C</VV
Extrait d'une lettre h Vaiiieur.
ÉVÊCIIÈ Ver;>diUes, le 7 mars 1922.
de VERSAILLES
Mon cher Père,
Combien je félicite VAction Populaire, qui, de concert avec M. de Gigord, a bien voulu se faire la coéditrice de V admirable vie du Père Lenoir, aumônier des marsouins, « preneur d'âmes » I Avec le sens chrétien et le sens social , la g^rande maison de VAction Populaire possède éminemment le sens de l'opportunité, et, à l'heure présente, el-le nous rend le plus signalé service en dressant devant la France entière la rayonnante figure du Père Lenoir.
Ce héros de la grande guerre appartient à la Compagnie de Jésus, mais aussi il est un peu mon diocésain. Il a fait une partie de ses études dans notre chère école Saint- Jean de Versailles, et ses vénérés parents ont dans notre ville leur résidence habituelle. L'Evêque de Versailles veut être des premiers à saluer le Père Lenoir et à féliciter l'écrivain distingué qui vient d'écrire sa vie. Cela ne lui revient-il pas de droit?
Que de leçons dans cette vie si courte et si pleine I
Voilà un homme, un prêtre, un jésuite qui a été en même temps le plus humble religieux et l'aumônier le plus entreprenant, qui a su allier la plus parfaite obéissance aux plus hardies initiatives. A l'heure même où nous célébrons le troisième centenaire de la canonisation de saint Ignace, n'est-il pas intéressant de constater que le fondateur de la Compagnie de Jésus a trouvé le secret de former dans son Institut des âmes également vaillantes et contenues, des héros et des saints, qui se subordonnent librement à une règle austère sans rien abdiquer de leur personnalité, qui décuplent leurs
qualités naturelles en les soumettant aux exigences de la vocation religieuse?
\'oilà un homme, un prêtre, un jésuite qui, dans le tumulte de la grande guerre et le fracas des batailles, a su veiller non seulement à sa sanctification personnelle, mais encore à la préservation et à la sanctification des jeunes séminaristes qu'il a rencontrés et coudoyés à chaque pas dans les ambulances et dans la tranchée. A Theure même où le recrutement du clergé préoccupe vivement Topinion, où la question des vocations sacerdotales est une question vitale, angoissante pour le peuple chrétien, et pour les Évêques en particulier, quoi de plus émouvant que Taffection du Père Lenoir pour les jeunes séminaristes, que sa délicatesse à les protéger et à les diriger?
Voilà un homme, un prêtre, un jésuite qui a mené de front le service des âmes et le service de la patrie, qui a aimé Dieu et la France jusqu'à en mourir, qui a été auprès de nos soldats l'excitateur du courage militaire et l'apôtre de l'Eucharistie. En présence d'une telle vie et d'une telle mort, comment ne pas toucher du doigt Texcellence et la puissance du divin Sacrement de nos autels, l'alliance de la bravoure et de la foi, du patriotisme et de la religion, l'importance de la sainteté pour le relèvement des âmes et pour le salut de notre cher pays?
Mon cher Père, c'est à vous, c'est à votre plume évocatrice et séduisante, à votre cœur si profondément sacerdotal et si ardemment apostolique, que nous devons tous ces enseignements.
Je vous remercie, je vous félicite et je bénis les éditions successives de votre beau livre, qui vont continuer puissamment l'apostolat du saint Père Lenoir.
Cordialement vôtre en N.-S.,
•j- Charles, Evêque de Versailles.