‹ Un prêtre marié: Charles PerraudChapitre 10 sur 39 · MONSEIGNEUR · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR

Si je n'étais fort malade et incapable d'écrire une lettre, je vous aurais déjà, depuis bien des jours, adressé mon hommage de bienvenue.

Je veux, du moins aujourd'hui, Monseigneur,

Lé

vous dire simplement ce qui, ce me semble, n'avait pas besoin d'être dit, savoir que j'accepte comme tous mes frères dans le sacerdoce, les décrets du Concile du Vatican. Tout ce que, sur ce sujet, avant la décision, j'ai pu écrire de contraire aux décrets, je l’efface.

Veuillez, Monseigneur, m'envoyer votre bénédiction et prier pour moi.

A. GRATRY, Prêtre du diocèse de Paris.

A peine eut-il envoyé cette adhésion qu'il éprouva le besoin de l'expliquer à ceux qui avaient admiré son opposition. Le 28 novembre, il écrivait à M. Legouvé, son collègue à l'Académie Française :

J'ai combattu l'infaillibilité inspirée, le décret du Concile repousse l'infaillibilité inspirée. J'ai combattu l’infaillibilité personnelle, le décret pose l’infaillibilité officielle. Des écrivains de l'école que je crois excessive, ne Woulaient pas de l’infaillibilité ex cathedra comme étant une limite trop étroite : le décret pose l'infaillibilité ex cathedra. Je craignais presque l'infaillibilité scientifique, l’infaillibilité politique et gouvernementale : or, le décret me

. pose que l'infaillibilité doctrinale, en matière de foi et de mœurs.

Tout cela ne veut pas dire que je n'ai pas commis d'erreurs dans ma polémique. J'en ai commis, sans doute, et sur ce sujet et sur d’autres, mais dès que je connais une erreur, je l’efface et ne m'en sens point humilié (1).

(1) Cette lettre a été publiée pour la première fois intégralement par le Père Ingold dans Demain, 22 février 1907. Le Père Chauvin et le Cardinal Perraud dans leurs Vie de Gratry n’en avaient donné que la partie la moins intéressante.

Dans la Revue inlernationale de Théologie, avril 1907, M. le Docteur E. Michaud apprécie ainsi ce document :

« Sur ces déclarations parfaitement respectables, d’autant plus respectables qu'elles étaient d’un mourant, déprimé par la maladie et par les conseils d'amis débilitants, on peut remarquer : 1° qu’il a pris indifféremment les mots « décision » et « décret », et qu'il n’a prononcé ni le mot « définition », ni le mot « dogme »; ce n'est donc à ses yeux, qu'une décision de décret ; — 2° que le mot « effacer », employé à dessein pour caractériser sa « soumission » au décret n’est nullement synonyme de rétracter, encore moins de réfuter; — 3° qu'il insiste sur ce que l'infaillibilité « doctrinale en matière de foi et de mœurs », n’est ni scientifique, ni politique, ni gouvernementale, ni inspirée, ni personnelle, mais simplement officielle et limitée par l'ex cathedra et il se garde bien d'indiquer les conditions de l'ex cathedra — 4° que son unique intention a été de ne pas «se séparer de l'Eglise »; il ne dit pas du pape, ni de la papauté, ni même de TEglise romaine, mais seulement de l'Eglise. Gratry confondait-il l'Eglise tout court avec le pape et avec la papauté ? Certainement non. Avec l'Eglise romaine ? Peutêtre. Peut-être n'avait-il pas encore, comme c'était en- .core le cas ordinaire en France en 1871, étudié à fond les causes de cette distinction. En tout cas, la confusion, en soi, est grave, et aujourd'hui elle n’est plus de mise. I1 est évident que l'Eglise romaine n’est qu'une Eglise particulière, qu’elle n’est même pas l'Eglise catholique d'Occident, donc qu'elle n’est pas l'Eglise catholique. »

LS Le LT NE

Le 9 janvier, il adressait spontanémet mots à Dœllinger, qui ne lui avait pas ‘NES depuis sa rétractation (1) :

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