‹ Un prêtre marié: Charles PerraudChapitre 17 sur 39 · MON BIEN CHER AMI, HAL · texte numérisé non relu

MON BIEN CHER AMI, HAL

Votre lettre m'afflige profondément. Je n vous aimerais pas comme je vous aime, Si j ne vous parlais en toute franchise et sincérité Pardonnez-moi donc et écoutez-moi. |

mettre en lutie avec l'Eglise, et vous ne voyez pas que vous vous mettez en lutte avec Dieu

rêves, cela était mieux peut-être, eu égard au: hésitations et aux défaillances de votre cara tère. Ce à quoi je vous ai poussé uniqueme) c'est à prendre une décision. Ce que j'ai

. damné et ce que je condamne encore, c'est cet

état malsain, C’est ce marasme coupable, selon moi, où je voyais se consumer deux âmes.

Plaise à Dieu ! que vous n'y retombiez pas

bientôt, pour ne plus en sortir. Quand vous

êtes parti de Paris, sans avoir le courage de votre acte, et sans vouloir pour lui le caractère de légalité et de dignité qu’il y fallait, je ne vous ai pas caché ma tristesse, ni ménagé mon blâme. Je craignais, comme il est arrivé, que Dieu ne bénit pas une telle conduite (1). J’espérais toutefois dans vos réflexions, et bientôt

(1) Madame Duval était tombée malade à Bruxelles. — Le 23 avril 1907, à propos de cette lettre que je venais de lui faire relire, M. Hyacinthe Loyson m'écrivait :

« Il serait absurde de faire remonter à Dieu la responsabilité du martyre incessant et stérile que subirent mes deux amis. Il ne serait même pas juste de l’attribuer uniquement à la loi du célibat ecclésiastique.

« Si Charles Perraud, dominé par la force des préjugés « catholiques » dont il ne pouvait se déprendre, se croyait lié par l'obligation du célibat, il fallait qu'il s'y résignât vaillamment, sans chercher à l’éluder par un mariage secret qui ne pouvait lui donner ni la paix de l'âme, ni la joie du cœur. Si, au contraire, comme il le

“pensait au fond, il était dans son droit d'homme et de

chrétien en épousant celle qu’il aimait honnêtement, il devait mettre sans hésiter la loi de Dieu au-dessus de celle des hommes. La vérité est que les souffrances atroces dans lesquelles s’est consumée sa vie fut l'œuvre d’une volonté trop faible pour un acte de devoir difficile, peut-être même héroïque. a

« J'ai blâmé mon ami : je l’ai plaint surtout : je ne l'en ai pas moins aimé, je dirai presque vénéré. »

une lettre de vous venait me confirmer dans mes espérances. Vous m'y parliez « de devoirs nouveaux que vous avez contractés devant Dieu et qui priment tous les autres devoirs qui d'un jour à l’autre peuvent s'aggraver encore et devant l’accomplissement desquels, coûte que coûte, Vous ne reculerez pas ».

Et voilà qu’à quatre ou cinq jours de distance, tout cela semble oublié ! Vous perdez la tête et le cœur devant A'opposition de vos amis que vous deviez prévoir, et que vous allez justifier ; et vous vous disposez à ren-

trer à Paris, comme un écolier, après une es-

capade ! Et quelle escapade !

Au lieu de soutenir et d'éclairer votre amie, en lui cachant vos propres troubles, vous ajoutez vos faiblesses au poids de ses faiblesses, et vous contribuez à abîmer dans de folles terreurs cette conscience encore mal éclairée !

Et c’est là ce qu'on appelle la morale catho-…

lique, la conscience sacerdotale, en ne s'aper- + Le

cevant pas que l'on ne peut pas faire une plus grande injure à l'Eglise et au sacerdoce !

Je resterai votre ami jusqu’à la fin, rien ne

me séparera de votre pauvre âme, victime de.

sa propre faiblesse, mais si droite et si généreuse ! Comptez sur mon affection jusqu'à la

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