‹ Un prêtre marié: Charles PerraudChapitre 5 sur 39 · JEUNESSE · texte numérisé non relu

JEUNESSE

rencontra des condisciples qui devaient être pour lui des amis de toute la vie : l'abbé Eugène Bernard, mort curé de Saint-Jacques du Haut-Pas, et l'abbé Henri Perreyve, mort professeur en Sorbonne. Toutelois son principal ami devait être son frère, Adolphe-Louis, son aîné de trois ans. Rarement deux frères Ss'aïmèrent autant, mais dans cet échange de sentiments, Charles, le plus tendre de Cœur, se sacrifia toujours.

Après avoir achevé ses humanités, Charles fit son droit avec Perreyve. La science juridique ne les passionna pas. Perreyve, le jour même de sa première communion, avait résolu de se consacrer à Dieu. A l’âge de dix-neuf'ans, Charles Perraud crut entendre, lui aussi, lappel d’en-haut, et il forma le projet de devenir prêtre. Un peu plus tard, quand son frère prit la résolution d'entrer dans une congrégation, il pensa que c'était là aussi qu'il devait exercer ‘son ministère sacerdotal. Mais les parents des deux amis voulurent mettre à l'épreuve ces jeunes vocations, et ils ne leur permirent pas de réaliser immédiatement leur désir. Ce ne

fut due le 1* novembre 1853 que Charles obtint la permission d'aller rejoindre son frère à l’'Oratoire restauré, rue du Regard. Perreyve y entrait avec lui.

Après son ordination sacerdotale, le 19 novembre 1857, ses supérieurs appliquèrent Charles Perraud à l’éloquence sacrée pour laquelle il semblait doué. De 1860 à 1870, il prèêcha beaucoup, en province (1) et à Paris. Malgré ses succès, son bonheur religieux ne

devait pas être de longue durée. Il eut la dou-

nes os

leur d'être séparé de Perreyve. Quoique la rè-

gle de l'Oratoire ne fût pas austère, la frêle . constitution de Henri ne put s’en accommoder.

Il alla terminer ses études théologiques à

. Rome et rentra dans le Clergé parisien. Il devint successivement et rapidement second au-

mônier du collège Saint-Louis, vicaire à Saint- Thomas-d’Aquin et enfin professeur d'histoire ecclésiastique à la Sorbonne.

* Le travail et un amour très pur, mais très

(1) A la Rochelle, à Orléans, à Grenoble, à Reims, à Lyon, etc...

était devenue une ravissante jeune fille. " ;

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pétait avec désespoir : « Il n’y a donc au

\ lique en se mariant ! » Sur son lit de m demanda TR TNeSS à revoir la petite

| fut que plus désolée. Il s'éteignit le 1865, à l'âge de trente-quatre ans. |

Le principal écrivain de l'Oratoire,

L'ORATOIRE dd

Perraud ne pouvait s'empêcher de blâmer ce silence. « Il a montré, disait-il, Perreyve heureux dans son célibat. Il trompe ainsi ses lecteurs et particulièrement les jeunes gens qui entrent dans le sacerdoce. (1) »

Hélas ! à cette même époque, Charles Perraud commençait à comprendre que lui aussi, en acceptant la loi ecclésiastique, « s'était chargé d'un fardeau trop lourd (2). » Il craignit que le principal motif de sa vocation n’eût été le désir inconscient et inconsidéré de lutter dans l’amour de l'idéal avec Henri Perreyve et avec son frère. Une profonde mélancolie le

. Saisit et lui rendit la vie de communauté into-

lérable. En octobre 1866, il quitta la maison des Oratoriens pour vivre à part, avec le Père Gratry (3).

(1) 11 est intéressant de lire le livre de Gratry à la lumière de cette appréciation, notamment les passages consacrés à la question de l'erreur dans la vocation (pages 53-60), à la transfiguration de l'amour (pages 77-88), à la fin de Perreyve, mort dans une « joie sacrée » (page 85), et cependant dans la « terreur » (p. 213). Gratry n'en écrit pas moins à propos de sa mort : « Il faut être absolument vrai en toutes choses, et surtout ici. » —. Son livre n’est pas une biographie, mais une effusion.

(2) Lettre au Père Hyacinthe, 1* mai 1870.

(3) Dans un tranquille et bel appartement de la rue Barbet-de-Jouy, n° 34.

Dans cette retraite, dont ses prédications le faisaient sortir assez fréquemment, Charles Perraud ne trouva pas la paix. Aux approches du Concile du Vatican, une grande effervescence dogmatique et absolutiste s'empara des catholiques et, comme il était sentimental et libéral, elle le fit beaucoup souffrir. Il se sentit plus mal à l’aise que jamais dans un clergé positif et autoritaire. Quelques épisodes lui montrèrent qu'il n’y était guère à sa place. Le mercredi saint de 1869, il prononça un sermon pacifiste qui lui fut très reproché (1). Un peu plus tard, il fut blâmé publiquement, ainsi que le Père Gratry, par le supérieur général de l'Oratoire, pour avoir assisté à la Conférence de la paix (2).

(1) L'Evangile de Paix. Discours prononcé à Saint- Roch, le 24 mars 1869.

Ce discours fut prononcé en dehors de la station du carême, dans l'intérêt d'une œuvre qui n'avait pu (rouver place durant la station pour un sermon ét pour une quête.

(2) Cette conférence eut un grand retentissement. On

croyait qu’elle pourrait empêcher la guerre qu’on disait * imminente. Le 12 juin 1869, deux semaines avant la con- ‘ férence, Charles Perraud écrivait à M. Frédéric Passy: « Vous savez qu’on annonce la guerre pour dans trois semaines. Je voudrais pouvoir parler et écrire partout

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