Quirini, op. cit. t. 1, p. 182, et pp
seins du roi, que si le peuple en avait eu connaissance, il eût Ole malaisé de le convaincre du contraire. » (1)
L'heure était particulièrement grave pour la politique religieuse d'Henri VIII. Depuis quelques mois le roi subissait rinHurnce de Thomas Cromwell, qui devait être pendant dix ans son âme damnée
Ce Thomas Cromwell était celui-là môme qui avait conseillé à Réginald Pôle de suivre les conseils de Machiavel. Après la disgrâce de son maître Wolsey, il avait eu rhabileté de se rendre utile aux hommes de tous les partis. Nommé membre du parlement, grâce au duc de Norfolk, il était devenu, en 1530, secrétaire du roi. Au cours d'une audience demandée au souverain pour se défendre contre les menées d'un ennemi, il sut se montrer si flatteur. si éloquent, qu'Henri VIII le fit immédiatement son conseiller privé, bien que cette nomination dût rester secrète pendant quatre mois. Comme Thomas Cromwell pressentait que l'avenir prochain était à la favorite, Anne Boleyn, et à sa famille, il se dévoua, sans plus tarder, à leur cause. C'est lui qui passe pour avoir le premier suggéré au roi l'idée de s'affranchir, lui et son royaume, du joug de Rome au cas où le Pape ne consentirait pas à sanctionner son divorce. Le schisme récent de nombreux princes allemands pouvait lui servir de modèle. (3).
Pôle a lui-môme raconté l'entrevue entre Cromwell et Henri VHI qui amena celui ci à se déclarer chef suprême de l'Eglise d'Angleterre. H affirme tenir de la meilleure source tous les détails de sa narration. Son récit adopté par tous les historiens est plein de précisions. Il peut ainsi se résumer:
1. Strype. Mémorial of Cranmer, Londres, 1848-1854. .Vpp. n. 1. Lettre au comte de Wiltsliire.
2. -G. Conslant, dans un article paru dans le Corre,<pu>Hl'i)it du 10 septembre 1910, sous le titre : Le schiawe d'Annie terre sous Hetiri Mil, ses causes et son histoire en dehors du divorce rojial, a clairement démontré que le divorce ne fut que lu cause accidoiilelle du schisme, tant le conflit était ancien déjù en Auj^detcrre entre 1 l-lglise et l'Klal. i'oiu- |>ratiqut>r la hrcchc par où son! passés successivement lescliismoel l'iiérésic, Henri VllI sut liahilemenl jouer auprès de son peuple de l'argunjeut do ualioiiaiité.
Cromwell avait sollicité une audience du roi. 11 se jeta aux genoux du prince et lepria d'excuser sa présomption, mais sa conscience l'obligeait à lui donner un conseil au sujet du divorce, cette préoccupation constante du monarque. Henri VIII l'encouragea à parleret Cromwell lui dit: c Sire, vous avez pour vous le texte du Lévitique, la sentence des Pères, les décisions des universités, l'opinion des théologiens, tout ce qui peutrassurerla conscience la plus timorée. Le Pape seul, depuis deux ans, refuse son approbation. Mais étes-vous tenu de vous soumettre à ses caprices ? Pourquoi n'agiriez-vous pas comme les princes allemands ? Ne pouvez-vous pas avec l'autorité de votre Parlement vous déclarer chef de l'Eglise dans votre royaume ? » La question du divorce serait ensuite aisément résolue.
Ce conseil, on le devine, ne pouvait que plaire au souverain, prêt à briser tous les liens qui bridaient encore ses paosions. Semblable suggestion était singulièrement plus d'accord avec ses désirs que le langage d'un Réginaid Foie !
Cromwell reçut donc tous pouvoirs pour dresser un plan de lutte contre Rome. Il s'agissait tout d'abord d'intimider le clergé anglais pour l'amener peu à peu aux concessions souhaitées. Cromwell rechercha, dans les archives des lois du royaume, un vieux statut de la fin du XIV'' siècle (1393) qui interdisait, sous peine grave, d'accepter la charge de légat du lîape et de prêter serment à l'évêque de Rome. Ce texte, habilement utilisé, allait servir ses desseins.
Vers la fin de décembre 1530, tout le clergé anglais était cité par l'avocat général, et par ordre royal, pour se justifier d'avoir participé à la violation des statuts de Richard II. faute dont Wolsey s'était rendu coupable. C^tte injuste accusation, première conséquence pleine d'intérêt pour un prince dépensier, entraînait la conliscation de tous les biens de l'Eglise d'Angleterre. EfTrayé de la ruine, le clergé s'imposa de 100.000 livres sterling pour obtenir le pardon d'un crime qu'il n'avait pas commis. Le roi, à qui l'argent ne suffisait pas dans cette affaire, rejeta l'offre et fit signifier aux deux chambres ecclésiastiques
qu'il n'accepterait la somme et n'accorderait le pardon qu'à de certaines conditions. Il fallait que, suivant son désir, le clergé signât cinq articles dont les deux premiers étaient ainsi conçus: « I. Nous reconnaissons que tsa Majesté est le protecteur particulier, le seul et suprême seigneur et. autant que le Christ le permet, le chef suprême de l'Eglise et du clergé d'Angleterre. » «II. Le soin des âmes sera confié à sa Majesté. » Le tl février 1531, ces articles furent adoptés. L'addition « autant que le Christle permet » faite à l'article premier avait été suggérée par Fisher. évêque de Rochester, ou par Warham. archevêque de Cantorbéry.
L'importance de cette ré.solution du clergé était des plus graves. La passion du roi avait amené le schisme avec Rome. Le 14 février, Chappuys. l'ambassadeur d'Espagne à Londres, analysait très justement cette situation en écrivant à Charles-Quint: «Le clergé a été obligé d'accepter le roi comme chef de l'Eglise, ce qui, en fait, est la même chose que s'il avait été déclaré Pape d'.\ngleterre. » (1). Le 21 février, il ajoutait: «Anne Bolf^yn et son père sont la principale cause de la proclamation de la souveraineté du roi sur l'Eglise... Il n'y a personne qui ne blâme cette usurpation, excepté ceux quienoiit étéles promoteurs. Le Chancelier — More — en est si mortifié qu'il désire par-dessus tout donner sa démission. L'évèque de Rochester, Fisher, en est très malade de dcsM[)pointement... Et l'on peut tenir pour certain, puisque les prélats n'ont pas osé résister à la volonté royale et ont ainsi détruit l'autorité du Pape, que si on leur ordonne de poursuivre l'alYaire du divorce ils feront ce qui leur sera ordonné. » (2).
Il n'est pas indifférent de savoir ce que Ri'ginnld put faire dans ces circonstances si décisives.
D'après Burnet, il aurait, en sa qualité de doyen d'Exe-