Cal. of Slate papers, Henry VIII, t. V u
nêtes gens comme son cousin Henry Courtenay, marquis d'Exeter, qui, en le recevant, lui dit avec mélancolie : « Votre départ du royaume en ce moment montre en quel misérable état nous nous trouvons. C'est une honte pour nous tous, nobles, de permettre que vous vous absentiez alors que votre présence nous serait si profitable. Dans rimpuissance où nous sommes de trouver un remède à cette situation, nous prions Dieu de le fournir lui-même. »
Réginald Pôle quitta l'Angleterre probablement au pi intemps de 1532. Pour lieu de résidence, il avait fait choix de la villeéloignée d'Avignon, en terre papale. La capitale du Comlat-Venaissin dont l'Université, fondée en 1303, sous le règne de Charles II, comte de Provence, avait de très amples privilèges, conservait encore un grand renom de science. Le célèbre professeur de droit, André Alciate, n'y enseignait plus, il est vrai, depuis trois ans, mais son successeur, Giovanni Ripa, était un érudit universel en qui Pôle trouva un maître distingué. De même le savant doyen d'Avignon, Castellani, fut pour lui un ami. Sous sa sage direction, Pôle, qui avait à cette date trente-deux ans, put s'appliquer avec ardeur à l'étude de la théologie et compléter ainsi le cycle des connaissances acquises en Angleterre, à Padoue et à Paris.
Sous le beau ciel de la Provence, dans un site pittoresque, Avignon était une ville célèbre à juste titie et Pôle, soustrait aux influences dissolvantes de la cour d'Henri VIII, pensait y vivre des jours paisibles. Pourtant, ni le gracieux Palais des Papes, ni les riches maisons des Cardinaux, ni les cent clochers de la ville sonnante, comme l'appelle quelque part Rabelais, ni les pieuses madones cornières, ni le vieux pont de Saint-Bénézet, ni li,'S curieux remparts de la « Rome des Gaules » ne purent le retenir. Le climat de la ville, avec son froid mistral et ses fiéquentsorages(ljseniblacontraireàsa constitution délicate, plus habituée aux brumes de l'Angleterre qu'à la chaleur d'un été en Provence. Aussi, après un séjour de quelques
1. Acenio ventosa cum venlo fastidiosa, sinevento venenosa, dit un vieux proverbe local.
mois à jx'iiic, l'oie se di'eid;i-t il à aller s'établir de nouveau à l'.iiiDiic où l'air avait été plus favorable à sa santé et où il avait j.idis reçu un si bienveillant accueil des habilanis.
Coinini- i'aijx^ntras, (I)le siège épiscopalde Giacomoou Jacolio Sailolilo, se trouvait proche d'Avignon, il s'y arrêta au cours (lu voyage pour y faire la connaissance personnelle de l'émint'nl prélat italien avec qui leur ami Bembo l'avait mis précédenmient en relations épistolaires. La réception fut exlréineint^rii cordiale. Une intimité qui ne devait finir qu'à la Mjort mèuie de Sadoleto, en 1547, s'établit tout de suite entre le \ isiteur et son hôte, en dépit d'une grande différence dâiri* Ces deux esprits généreux étaient laits pour S(^ comprendre (2). L'évêque adjuira la piété et la modestie de son jeune ami, ainsi que peu après il l'écrivit en ces lernu-s à Bonamico : « Lorsque Réginald est passé par Carpeulr.is. son séjour a été de si courte durée qu'à peine ai-je eu le loisir de le voir et pourtant j'ai découvert en lui de tels et de sl divers mérites que non seulement je me suis pris d'affection pour lui, mais qu'il m'a inspiré la plus haute vénération. Son esprit, sa probité, son érudition le rendent .li'^ne de notre estime, mais ce qui est plus admirable eneoPH, c'est que de si rares qualités soient jointes à une si noble extraction. » (3) Et, sadressant à Pôle luimême, il n'Iusitait pas à s'exprimer ainsi : «Je veux vous révéler mcsseiitimentsintimes. Jaiétési frappé par votre maintien, votre conversation, votre valeur et votre mo-
1. Carpeiilras, charmante capitale du Conitat A'enaissin, dans un silo pitf()ios(]ue, sur une colline de la rive gauche de l'Auzon. Au XVr sièi-le. elle était ceinte de remparts et sa calbédrale S. Sillieiii venait d'être achevée (piclt|iies années avant le passage de Polo l.')0o-1519).
2. Giaoomo Sadoleto. fds d'un professeur de droit de Ferrare, était né à Modaiie en 1 ^77. il acheva ses études à Home auprès du caitliiial Oliviero C.aralla. Ki\[vt' dans l'état ecclésiaslicpie. il lit conna ssance de Fregoso et de Homho et (ut choisi avec ce dernier par Léon X pour le poste de secrétaire.