‹ Un prince anglais, Cardinal-Légat au XVIe siècle Réginald PoleChapitre 44 sur 48 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

X,es derniers jours de Marie Tudor et de Réginald Pôle.

La santé de Réginald Pôle n'avait jamais été ti'ès robuste. Une vie agitée, des soucis de toutes sortes et peutêtre surtoutles difficultés récemnientsuscitées par Paul IV achevèrent de miner les forces du cardinal au grand chagrin de son fidèle entourage, qui put s'attendre bientôt à une issue fatale.

Quant àlui, il ne se fit pas longtemps illusion sur son état. Dans le courant du mois de septembre 1558, en écrivant au roi Philippe pour lui recommander les gens de sa maison épiscopale, il l'entretint, en effet, de la gravité de sa maladie, « une fièvre quarte, qui, dit il, vu son âge et sa constitution, l'inquiétait sérieusement ». (1)

L'affection dont il souffrait était vraiment dangereuse. Bien qu'il n'eût pas encore atteint la soixantaine, Réginald Pôle ne devait pas en triompher. Sous l'action de la fièvre incessante, il ne tarda pas à s'affaiblir de jour en jour davantage. Aussi, dans la pensée que sa fin pouvait être proche, voulut-il, le 4 octobre 1558, rédiger son testament.

Suivant l'usage courant, il ne s'agit pas dans cet acte des seules stipulations matérielles concernant une répartition des biens du testateur; tout l'cxorde contient des considérations religieuses. Mais, en dehors des formules traditionnelles dans les textes de cette nature, Réginald Pôle semble avoir voulu imprimer un caractère tout spécial à l'énoncé de ses dernières volontés.

(1) Cal of State Papers, Venetian, t. VI. nn. 1264-1265.

C'est ainsi qu'avant d'en venir à la question des legs, il commença par déclarer solennellement son attachement inviolable à la foi, héritage de ses ancêtres, et il insista ensuite sur sa filiale obéissance « à l'Eglise de Rome, mère et maîtresse de toutes les Eglises». Dans ce même testament, un développement particulier est donné au paragraphe où Pôle confesse qu'uni au Pontife romain il a toujours vécu et veut mourir dans l'Eglise catholique. Malgré les attaques injustifiées dont il avait été l'objet, il s'attacha à témoigner de sa vénération et de son respect pour le Pape Paul IV et implora sa bénédiction. Mais si ce sont là des sentiments d'humilité, il ne faut, par contre, y voir aucune bassesse, car Pôle, avec dignité, prend soin de certifier en même temps que, dans ses ambassadesouses autres emplois, il n'apas conscience a d'avoir jamais poursuivi d'autre fin que l'honneur de Dieu et l'intérêt de l'Eglise >■> (1).

C'étaient en même temps une proclamation de sa bonne foi constante et la dernière protestation officielle contre les menées de ses adversaires. De plus, non content d'avoir défendu auprès du Pape l'orthodoxie d'Aloys Priuli contre les insidieuses calomnies venues de Rome, le cardinal voulut encore donner à cet inséparable ami un nouveau gage d'affection. Il le choisit comme principal héritier et indiqua, en attribuant à chacune d'elles un cadeau de 50 livres, les personnes qui devaient l'aider dans sa tâche d'exécuteur testamentaire (2).

L'intention de Pôle avait été de laisser la majeure partie de ses biens à Priuli et de faire simplement quelques legs de peu d'importance et quelques dotations aux serviteurs qui, lors de son départ de l'Italie, l'avaient suivi en \n-

(1) Cf. Ti'stamentum Card. Poli dans Philipps.op. cit. t. II. pp. 274 etsuiv.; cf. également Quirini, op. cit. t. V. pp. 181-187.

(2) A citer, parmi ces légataires : le trésorier de Pôle, Henry Peniiing; Nicolas Healb, archevêque d'York et chancelier d'Angleterre; TomasTliirlby.évèqued'Ely ; Edouard llastiiigs.chanibellan de la reine, parent des Pôle; Boxai, secrétaire de la reine ; Edouard Walgrave, chancelier du duché de Lancaslre ; Cordel, mallre des rôles; Henry Cole, vicaire général

de l'archevêché de Cantorbéry. 'festamentum Card. Poli op. cit.

gleterre, Mais, averti de ce dessein, Priuli refusa gêné reusement et obstinément l'héritage. Il ne s'était pas attaché au cardinal Pôle, déclara- t-il, pour obtenir des honneurs séculiers et des avantages temporels et seule l'amitié avait été son guide.

Comme il se trouvait à l'abri du besoin lui-même, il insista pour que la fortune de Pôle fût distribuée plutôt aux nécessiteux du diocèse et se refusa formellement à la recevoir. En souvenir d'une inaltérable affection, il accepta seulement le diurnal et le bréviaire dont Réginald Pôle se servait quotidiennement. A ce titre, ces livres parurent si précieux à Priuli qu'il en fît depuis usage lui-même jusqu'à sa mort. Le dévouement si désintéressé que Pôle rencontra ainsi dans son entourage immédiat devait être pour lui la plus douce des consolations alors que sa faiblesse, au lieu de s'atténuer sous l'action des remèdes et des soins, augmentait chaque jour.

Préoccupé de rendre compte àlareinedes affaires dont il était chargé, le cardinal, le 4 novembre, lui envoya son chapelain et écrivit ce jour-là la dernière lettre qui ait été conservée de lui. C'estun adieu touchant qu'il adresse à sa cousine, s'excusant de « laisser de côté les soucis de ce monde pour reporter ses pensées sur celui où il va bientôt aller ». Dans sa reconnaissance pour la politique religieuse instaurée par Marie Tudor depuis son avènement, il suppliait « le Tout-Puissant de bénir la reine pour son honneur, son propre bien et celui du royaume », sans paraître soupçonner alors les bouleversements profonds que l'Angleterre allait justement connaître.

Après avoir de cette manière pris congé de sa souveraine dans les premiers jours de novembre 1558, Réginald Pôle ne songea plus qu'à se préparer à la mort, à ce suprême passage, disait-il, d'un monde à un autre. Il apporta à cette action son calme coutumier, sa sérénité habituelle. Détournant entièrement son esprit des affaires temporelles, il s'appliqua, malgré sa fièvre et son épuisement, à le fixer sur les choses de l'éternité. C'est ainsi que sans cesse des passages de la Bible oude quelque autre livre de piété étaient lus à sa demande et il avoua,

rapporte-t-on, y trouver un réel adoucissement à ses souffrances.

Plus que jamais, Réginald Pôle, au cours de cette dernière maladie, fut pour tous un exemple accompli de résignation et de douceur, à en croire ses biographes contemporains. Il avait toujours été très pieux, mais son entourage fut tout spécialement édifié des sentiments de dévotion profonde qui l'animèrent alors à la réception de la communion quotidienne. Lorsque, brisé par la fièvre, il n'eut plus la force de se lever, il voulut quand même assister avec le plus grand respect à la messe célébrée dans sa chambre et, à l'élévation de l'hostie, suprême effort auquel il s'obligea, il se fit dresser sur ses genoux en signe d'adoration. L'approche de la mort ne l'effrayait pas ; elle lui semblait si certaine que lui-même, la veille de son décès, il demanda à recevoir l'Extrême-Onction pour bénéficier des grâces que confère ce sacrement.

Tandis qu'à Lambeth, la résidence londonienne des archevêques de Cantorbéry, le cardinal Pôle vivait ainsi ses derniers jours dans le recueillement, la reine Marie agonisait à Saint-James, le palais royal. Il semble qu'étroitement associées, ces deux existences aient dû fatalement se terminer en même temps. Entretenue depuis quelques semaines dans l'illusion d'une prétendue grossesse par les femmes de sa maison qui ne voulaient que la flatter, Marie Tudor avait négligé de consulter ses médecins. L'hydropisie, reconnue trop tard, ne put être enrayée. Sa santé était d'ailleurs ruinée par ses mortifications et les immenses chagrins de toute sa vie. Le dégoût que le roi Philippe, son mari, avait manifestement conçu pour elle et la perte de Calais, repris par les Français, brisèrent ses dernières énergies. Le 13 novembre, on dut prévenir le cardinal du peu d'espoir qu'il y avait désormais de voir sa cousine se rétablir. Comme il était luimême si gravement atteint, on avait pris, dans son entourage, de grands ménagements pour lui donner ces fâcheuses nouvelles. On voulait, grâce à ces précautions, lui rendre l'épreuve du décès moins inattendue. Lorsque, le 17 novembre 1558, Marie Tudor mourut, on crut bien faire de différer l'annonce de ce deuil à Réginald Pôle,

mais un Italien de sa maison, ignorant sansdoute le secret à garder, lui en parla.

Maitre de lui, comme à l'ordinaire, pour dominer ses impressions les plus vives, le cardinal resta d'abord quelques instants silencieux, puis s'adressant à l'évêque de S. Asaph et à Priuli, qui a noté les termes mêmes de ses réflexions, il remercia la Providence de tout ce qu'elle lui avait apporté et il se plut à faire remarquer à quel point l'existence de sa cousine et la sienne offraient entre elles de conformité. Unis par les liens dusangetde l'amitié, n'avaient-ils pas connu les mêmes jours d'adversité pour partager, après l'avènement de Marie, les mêmes joies et les mêmes tristesses ?

Après avoir parlé de la perte immense que faisait la nation anglaise, Pôle, écrit Priuli, eut les larmes aux yeux tant il prononçait avec énergie et conviction l'éloge de la reine défunte, puis, moribond lui-même, il demeura de nouveau silencieux, plongé dans ses prières et ses méditations, se demandant peut être avec angoisse vers quelles orientations religieuses le royaume allait incliner sous un nouveau règne. En apparence il était alors calme et paisible, pourtant, malgré son courage et sa résignation, ce coup avait été trop fort pour son organisme déjà si ébranlé et des préoccupations s'emparèrent probablement de lui à l'idée des troubles que pouvait attendre l'Angleterre. Un accès de la fièvre qui consumait le cardinal survint plus violent que tous les précédents. Persuadé que sa dernière heure arrivait, il manifesta le désir de garder à sa portée le rituel qui contenait les prières pour les agonisants et il put encore réciter, suivant sa coutume, l'ofTice des vêpres, mais deux heures avant le coucher du soleil son épuisement devint absolu et il rendit doucement l'âme. Sa fin, rapporte Priuli, fut si placide qu'elle ressembla plus à un sommeil qu'à une mort (1). Ce fut le vendredi 18 novembre 1558, vingt deux heures après sa cousine

(1) Cal. of State Papers, Vend, t, VI. n. 1286. Lettre de Priuli à son frère le doge Lorenzo. de novembre 1558. — « Cosi se ne passô quietamente in compagnia degii angioli »■ Cf. Beccatelli, Vita, éd. Morandi .. p. 321.

Marie, qu'il expira. II avait vécu exactement cinquantehuit ans, huit mois et quinze jours.

Son corps, placé dans un cercueil de plomb, fut déposé dans une chambre du Palais de Lambeth, transformée en chapelle ardente et tendue de draperies noires. Sur un autel dressé dans cet appartement, quatre messes au moins furent dites chaque jour pour le repos de son âme et les- funérailles solennelles, dans la cathédrale de Cantorbéry, n'eurent lieu que le 10 décembre. Ce fut alors un grand concours de prêtres et de fidèles. Des panégyriques furent prononcés en anglais et en latin, puis, suivant son désir, Réginald Pôle fut enseveli dans une chapslle de l'abside de l'église connue sous le nom de « Couronne de S. Thomas », avec pour.toute épitaphe ces simples mots : « Depositum cardinalis Poli » (1). Il devait être le dernier des archevêques de Oantorbéry enterrés dans la cathédrale. Sa tombe a toujours conservé sa pauvreté primitive, mais les catholiques anglais voudront peut-être un jour élever à celui qui fut une de leurs plus pures gloires un monument de reconnaissance plus imposant en souvenir de ses vertus et de ses mérites. Au moment même où Pôle disparaissait, une ère nou- ■ velle s'ouvrait pour l'Angleterre. Elisabeth Tudorn'allaitelle pas suivre une politique religieuse toute différente de celle de sa sœur Marie ? On est tenté de se livrer à des conjectures sur le rôle que Réginald Pôle aurait pu avoir sous le règne d'Elisabeth. Connu et aimé pour sa science et sa sagesse, aurait-il conservé longtemps dans les conseils du gouvernement l'autorité que la reine Marie n'avait cessé de lui reconnaître ? Aurait-il surtout pu maintenir l'Angleterre en union avec Rome, cette grande œuvre de toute sa vie, ou bien, victime des ministres protestants dont Elisabeth devait s'entourer, aurait-il dû prendre une fois encore, comme au temps de sa jeunesse, le chemin de l'exil pour ne pas avoir, dans le royaume devenu schismatique, à renier sa foi catholique?

(1) John Morris, S. J. The tombs of the archbishops in Canterbury Cathtdral, Cautorbéry, 1890. pp. 29-30.

Ces questions restent insolubles. Il serait oiseux de chercher à y répondre, mais les décès simultanés de la reine Marie et du cardinal Pôle causèrent, de toute évidence, aux intérêts de l'Eglise catholique romaine en Angleterre le plus grand préjudice. Ce fut l'opinion de tous ceux qui savaient l'action bienfaisante de Réginald Pôle pour maintenir la concorde religieuse dans son pays. Les témoignages d'estime et d'affection rendus à sa mémoire par ses nombreux amis ne sauraient être tous rappelés. Il est pourtant curieux, à titre d'exemple, de reproduire le jugement que porta sur Pôle Paolo Sadoleto, le neveu de son vieil ami, l'ancien évoque de Carpentras. Le 4 juillet 1559, ce prélat exprima en ces termes ses condoléances à Priuli : « Nous avons appris l'hiver dernier la mort de cet homme distingué. Tout d'abord ce ne fut qu'un vague bruit, mais bientôt nous sûmes qu'il était mort paisiblement, entouré de l'estime générale, pres-

qu'en même temps que sa bonne et chère souveraine

En somme il apparaitavec la plus grande évidence que le cardinal Pôle a confondu tous ceux qui s'étaient appliqués à abaisser et à calomnier un caractère inaccessible pourtant aux reproches et il l'a fait avec une telle modération qu'il changera les cœurs de ses adversaires, s'ils sont susceptibles d'être touchés. Pour nous c'est la plus salutaire des leçons. Quelle admirable profession de foi il a écrite dans son testament. Elle ne fait que confirmer ce qu'il a toujours cru ».... « Je chérirai toujours la mémoire du cardinal Pôle, ajoute Sadoleto, et je prierai Dieu, non pas pour le repos d'une àme qui, je n'en doute pas, a déjà été admise aux joies du ciel, mais pour mériter le jugement que durant sa vie et à ses derniers moments il a daigné porter sur moi en me rangeant parmi ses plus chers amis » (1).

Cette amitié fidèlement gardée par Pôle aux gens

(1) Philipps, op. cit. t. II. pp. 279-281 .—Paolo Sadoleto (1508-1569), devenu évêque de Carpentras en 1547, hérita delà mansuétude de son oncle, l'ami du cardinal Pôle, et protégea les protestants de Carpentras et des environs tout comme les Juils établis aans son diocèse.

qu'il estimait expliquerait, à elle seule, l'impérissable souvenir que le cardinal laissa dans tant de cœurs. Mais de tous ses familiers, ce fut encore Priuli qui vraisemblablement ressentit le plus grand deuil. Ne vivaientils pas l'un et l'autre dans l'intimité la plus complète depuis plus de Hb ans? Cette mort modifia au reste si profondément l'existence de Priuli qu'après avoir distribué les biens du cardinal aux divers légataires, il quitta l'Angleterre. Comme si la vie n'avait désormais plus aucun intérêt pour lui, il devait mourir quelques mois à. peine après son ami Réginald. Il n'eut même pas le temps de mettre à exécution son projet d'écrire la biographie du cardinal (1). C'est fort dommage car il eût ainsi laissé une source précieuse de renseignements pour donner de Pôle l'esquisse la plus vivante, la plus ressemblante.

A défaut de cette description détaillée, quelques portraits,, heureusement conservés, permettent néanmoins de se représenter ce que fut le grand prélat anglais (2). L'expression de douceur y reste dominante dans un visage où des traits fatigues contrastent généralement avec l'acuité

(1) On sait que Priuli avait l'intention de rédiger une biographie de Pôle par une de ses lettres, datée de Londres le 13 juin 1559, adressée à Beccatelli. Cf. Quirini, op. cit. t. V. p. 350. Il mourut vingt mois après le cardinal.

(2) Parmi les portraits de Réginald Pôle il y a lieu de signaler un tableau, conservé aujourd Lui à Pétrograd, dû àSébastiano del Piombo et faussement attribué à Raphaël, où le cardinal est représenté de face, le visage orné d'une longue barbeonduleuse. Cette peinture passe pour avoir été faite sous le Pontificat de Paul III. Dans un autre portrait, resté à Lambeth. on voit Pôle, assis, une feuille de papier à la main. Lord Aruiidel of Wardour possèdeenlin un précieux petit portrait du cardinal Pôle attribué à tort au Titien et qui a été gravé par Lodge. C'est celui que nous reproduisons en tête de cet ouvrage. Divers autres portraits se trouvent à Lambeth. à la National Gallery de Londres et dans la collection du duc de Devonshire. à Hardwik Hall. Deux gravures anciennes publiées l'une dans les Icoiiesde Reusner, Bùle 1580, l'autre dans V llerwologia. 1620, sout également à signaler dans celte brève énumération. M. le comte de Hennezel d'Ormois nous informe que sa famille possède plusieurs portraits gravés du cardinal dont le plus beau, nous dit-il, est l'œuvre de Nicolas Larinessin et reproduit le tableaa attribué à Raphaël.

toute particulière de petits yeux de couleur « gris-bleu », Si, pour illustrer ces peintures, Priuli avait laissé de son ami un de ces portraits moraux, alors si goûtés des littérateurs, il n'eût pas manqué, c'est certain, d'insister sur cette lassitude, cette fatigue qui se lut de bonne heure sur la figure de Pôle et dénota l'épuisement précoce d'un organisme débilité par une existence trop active.

Ame ardente dans un corps peu robuste, Réginald n'avait, en effet, jamais songé à ménager sa santé et la vie d'ascétisme à laquelle il s'astreignit de son mieux, malgré les nécessités de sa haute situation sociale, ne put qu'accentuer encore son état maladif. S'il faisait servir pour ses hôtes une table somptueuse et abondante, comme son rang l'y obligeait, il pratiquait lui-même, disent ses familiers, la sobriété la plus grande. Levé pourtant tous les jours avant l'aurore pour prier et méditer, il n'épargna pas sa peine. II dépensa ainsi sans compter ses forces au service de l'Eglise et de son pays sans qu'un reproche d'ambition personnelle ait jamais pu à bon droit lui être adressé.

Cet ensemble si harmonieux de vertus et de mérites permet justement à Réginald de rester, dans l'histoire politique et religieuse du XVP siècle, une des figures les plus attachantes. Son souvenir mérite d'être conservé avec reconnaissance pour l'œuvre de pacification et d'apostolat à laquelle il se dévoua toujours si absolument.

Critiqué et combattu seulement par des esprits jaloux et étroits, il fut l'objet de très beaux éloges de la part du plus grand nombre de ses contemporains. Quelque temps à peine après sa mort, un de ses admirateurs traduisit en des lignes qui ont gardé toute leur valeur, son appréciation sur Réginald Pôle.

« C'était un homme d'une vertu, d'une piété, d'une science si singulières, il était tellement estimé de tous les honnêtes gens que ceux qui lui refusaient leur approbation ne méritaient pas d'être rangés parmi ces honnêtes gens. Je ne saurais trop me féliciter d'avoir été admis dans cette intimité. Je n'en finirais jamais si je voulais vous raconter tout ce que je sais de son intégrité, de sa

sainteté de vie, de sa patience dans l'adversité, cette vertu

qui est la marque propre du vrai chrétien Il semblait

un être d'un ordre supérieur plutôt qu'un homme » (1).

Cette lettre du cardinal Girolamo Serii)andi à l'archevêque de Valence, Thomas de Villeneuve, résume en quelques phrases la longue carrière de Réginald Pôle à qui elle peut tenir lieu d'oraison funèbre. Elle forme la conclusionlogique de cette étude composée en vue de mettre davantage en lumière celui à qui ses amis décernèrent si heureusement le beau surnom de « cardinal angéli- <iue ». (2]

(1) Quirini op. cit. t. IV. Préf. L'auteur de cette lettre, Seripandi, assista comme général de l'ordre de Saiut-Augustiu au Concile de Trente. Nommé archevêque de Salerne, il devait mourir en 1563, après avoir été créé cardinal en 1561 par Pie IV.

(2) Il semble que Sadoleto fut le premier à écrire de Pôle .• anon anqlus sed anqelus vocelurn. Lettre adressée àPriuli le 4 juillet 1559. Cf Quirini, Epist. t. V. p. 343.

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