CHAPITRE XVII
Attitude irréprochable de Pôle vis-à-vis de Rome malgré ses difficultés avec Paul IV.
L'histoire des relations entretenues par Réginald Foie -avec Rome au cours de sa législation en Angleterre doit faire l'objet d'une étude particulière. En ces matières, plus encore qu'en ce qui touche à la réorganisation du culte catholique romain dans le royaume de Marie Tudor, la personnalité du cardinal Pôle se manifesta dans ce qu'elle avait de désintéressé, d'élevé, d'idéaliste et de véritablement apostolique.
La somme des documents conservés à ce sujet est importante, car les correspondances s'échangèrent nombreuses entre Londres et Rome du jour où Foie débarqua ■en Angleterre.
Ce fut d'abord une ambassade solennelle composée de Carne, le représentant de la reine à Rome, de Thirlby, évèque d'Ely et de Montagne, parent de Réginald Foie, qui fut chargée de porter à Jules III les hommages de l'Angleterre et de lui demander la ratification des diverses mesures adoptées par le Cardinal pour amener la cessation du schisme. Cette ambassade ne parvint à Rome qu'après la mort du Pape Jules III, survenue le 23 mars 1555 (I).
Comme son successeur, Marcel II, n'eut qu'un règne
(1) L'itJDéraireet les actes de celte ambassade ont été retracés, d'après les Papiers d'Etat de la Collection Ilarléienne publiés par Lord Ilardwick en 177S, par Miss C. M Antony. T'te Last National Embassy to Home. Cf. The Month, juillet et août 1910, pp. 4GyDCt 140-14G.
«phémère de quelques jours et mourut le 1®"" mai 1555 frappé d'apoplexie après les fatigues de la semaine sainte et des fêtes pascales, Marie Tudor caressa le projet de faire nommer pape son cousin Réginald. Elle voyait à la fois dans une semblable élection la récompense des vertus du cardinal et l'intérêt de l'Eglise anglaise. Pour donner à ses désirs une réalisation possible, la reine écrivit aussitôt à Gardiner, au comte d'Arundel et à Lord Paget, tous trois alors à Calais pour y ménager la paix entre la France et l'Espagne. Elle leur demanda de s'entremettre pour décider le cardinal de Lorraine, le connétable et les autres ambassadeurs français à se déclarer en faveur de la candidature de Pôle. En même temps, Marie Tudor expédiait un messager spécial à son cousin, l'Empereur Charles-Quint, et le suppliait de déterminer les Cardinaux, ses partisans, à élire comme pape Réginald Pôle (1).
Charles-Quint répondit favorablement à cette requête en envoyant à Rome sans retard un de ses agents. De son côté, Henri II ne s'opposa pas cette fois au choix qui semblait devoir porter sur le cardinal anglais (2). L'idée même qu'il se faisait des vertus à exiger du pontife romain devait l'incliner vers Pôle, universellement connu comme homme debien et dévie exemplaire. Aussi lorsque le Légat Farnèse partit pour l'Italie, il avaitpuproposer à l'agrément d'Henri II une liste de trois candidats formée des noms de Pôle, de Caraffa et de Morone (3). Pôle se
(i) Cl. PaUayicim, Istoriadd Concilio di Tventa, I. 13, cap. 12, n 8; Ciaconius, op. cit. t. III, p. 809; Burnet. Hist. of the Reformation, t. II. p. 28 ^
(2) Cf. Noailles. Ambassades, t. IV. p. 301.
(3) N'est-ce pas Henri II qui lors du précédent conclave avait ainsi spécifié à son ambassadeur .i Rome, de Lansac, ce qui correspondait à ses vues : « C'est le tout que d'avoir un pape homme de bien et de bonne vie exemplaire ; car étant tel il ne faut point avoir peur qu'il fasse autre oITiceque de père commun et universel pour restaurer rEi,'iiscet la religion en leur première splendeur, ce que tous les princes chrétiens, oubliant leurs passions et affections, doivent uniquement désirer » ? Ribier, op. cit. t. II. p. 606.
trouvait en pruniière ligne, car des deux autres, Caraffa se trouvait trop ûgé et Morone n'avait pas l'appui de Charles-Quint.
Pourtant les événements se précipitèrent de telle sorte que les désirs communs de Marie Tudor, de Charles- QuinL et d'Henri II ne purent se réaliser. Les cardinaux, en effet, se réunirent en conclave immédiatement après la mort de Marcel II et, sans attendre l'arrivée des agents des souverains, ils écartèrent la candidature du cardinal Pôle sous un double motif. Ils prétendirent que de Londres, Pôle aurait les plus grandes difficultés pour venir à Rome etajoutèrentque l'élection d'un Anglais de si haute naissance pourrait porter ombrage au roi Philippe.
Le nom de Pôle fut ainsi rejeté par suite de manœuvres habiles dont l'origine est mal éclaircie et, dès le 19 mai, jour de l'Ascension, les membres du Sacré-Collège donnèrent par acclamation comme successeur au pape défunt un vieillard de 79 ans, doyen des cardinaux, Gianpietro Caraiïa, qui prit le nom de Paul IV (1).
Or, si le nouveau pontife était d'une vertu et d'un zèle épouvés, il était d'un tempérament inflexible et tenace. Tout et tous devaient céder devant ses rancunes.
Des raisons particulières de famille l'engagèrent dans une lutte contre les Colonna, qui avaient de grandes possessions dans le royaume de Naples et une guerre ne tarda pas à s'ensuivre entre les troupes de Philippe d'Espagne, représenté à Naples par le duc d'Albe, et celles du Pape. Paul IV envenima rapidement la querelle en sollicitant l'entremise d'Henri II auprès de qui il dépêcha un de ses neveux, Carlo Caraffa, condottiere sans conscience et sans mœurs, qu'il avait eu la faiblesse d'élever au cardinalat (2).
(1) Cf. Coggiola, / Farnesied il conclave di Paolo IV dans les 67«(/i 67or/t.< du prof. Crivclluci, Pise. an. IX, 1900, fasc. 7 et suiv. L'élection de CaralIa parait bien avoir été le résultat de rinfliience du cardinalAlessaudro Faruese.
(2) Au sujet de la politique auli-cspagnole de Paul IV. Cf. Coggiola, 1 Faniesi e ïL Duculoiit rarina e Piacmza durante il ponU'Iicalo di Vaolo IV, raiina 1*J0G et Doai Aiicel. La quention deSiantcel la poiitiijue du cuidmal Caratfa, Maredsous, 1905. extr. de la Revue bénédictine. — Eu ce qui coucerne la noniiua-
On put se croire revenu aux tristes luttes qui avaient désolé l'Italie cinquante ans auparavant et la paix de l'Eglise se trouva tout à fait compromise. ^lieux que personne Réginald Pôle saisit la fausse situation que la guerre entre le Pape et le roi Philippe créait à l'Angleterre, que des liens si récents venaient de rattacher à Rome, Aussi, dès le début des hostilités, qui mettaient aux prises les troupes pontificales et espagnoles, essaya-t-il de s'interposer pour amener les deux belligérants à une médiation.
L'obéissance respectueuse, qu'il devait à Paul IV en qualité de Légat du Saint-Siège et d'archevêque de Cantorbéry, ne l'empêchait pas d'avoir vis-à-vis de Philippe, le mari de la reine, des devoirs étroits de fidélité et il avait le plus grand désir d'arriver à une conciliation. Il écrivit donc au Pape, son ancien ami, et tenta de lui persuader que rien ne pouvait être plus préjudiciable aux intérêts du christianisme, notamment en Angleterre, qu'une lutte entre la papauté et ses souverains. Il s'ingénia, après cet exorde, à développer les raisons qui militaient en faveur d'un accord complet entre les deux gouvernements et fit appel aussi bien aux sentiments qu'à l'intelligence de Paul IV pour lui montrer les dangers politiques etreligieux que son attitude vis-à-vis de Philippe d'Espagne risquait de provoquer. (1)
Le Pape, tout d'abord, parut satisfait de cette démarche et remercia son Légat de lui avoir écrit. Mais bientôt son antipathie invincible pour l'Espagne reparut. Il se persuada que la lettre de Pôle n'était qu'une censure de sa conduite, dédaigna les conseils de prudence qu'elle contenait et plus que jamais il prépara contre Philippe laguerre qui, dans son esprit, devait chasser les Espagnols du territoire napolitain {2).
lion regrettable de Carlo Carafla au cardinalat, cf. Dom Ancel, La disgrâce et le procès des Carafla, Mared-ous, 1909 et Duruy, Le Cardinal Carlo Caraffa, Paris, 1882.
(1) Quirini. t. V. pp. 20-22 et cf. Lettre adressée au roi Philippe. 6'rtL of State Papers, Venetian, t. VI, n.8i8.
(2) Né à Capriglio, près de Béuévent, en 1476, Paul IV n'avait jamais pardonné aux Castillans et aux Catalans de s'être emparé du royaume de Naples et il avaittoujours souhaité de pou-
Henri II, qui avait d'abord prêté simplement ses hommes d'armes au Pape, rompit lui-même avec l'Espagne, le 25 janvier 1557, la trêve que le cardinal Pôle avait justement contribué à négocier à Vaucelles quelques mois plus tôt (1).
Cet état de guerre détermina Philippe II à revenir auprès de sa femme après une longue absence de près de deux ans. Le cœur ne dictait en rien ce voyage en Angleterre, qu'entraînait la seule préoccupation politique d'engager la nation anglaise dans une guerre d'origine purement espagnole. Par là, Philippe II allait à rencontre des promesses formelles que Gardiner avait obtenues de lui lorsque, dans le contrat de mariage de Marie Tudor, il avait été stipulé que le gouvernement de la reine resterait neutre dans les querelles personnelles de son époux.
Sans mesurer les remords qui devaient l'envahir, la reine Marie, par affection pour Philippe, accepta d'aider les Espagnols dans leur lutte contre le Pape et leur céda une troupe auxiliaire de cinq mille fantassins et de mille cavaliers. Il fut convenu que cette petite armée serait payée par le royaume anglais durant quatre mois et elle fut placée sous le commandement du comte de Pembroke, de Lord Grey et de Lord Montague. Une déclaration de guerre fut envoyée en même temps par un roi d'armes à Henri II qui, immédiatement, retira son ambassadeur.
Philippe II, satisfait de 1 orientation politique qu'il
voir rendre à son pays l'indcpendance. Cest ainsi qu'étant encore cardinal, il avait poussé Paul 111 à proUtcr d'une révolte de ses compatriotes contre les cruautés et les vexations du duc d'Albe pour débarrasser Naplcs du joug des Espagnols, a L'Italie, dit-il un jour, est un instrument à quatre cordes naturellement d'accord: Home, Naples, Milan et Venise. Malheur à Alphonse d'Aragon et à Louis Sforza, duc dcMilan, qui, par leur division, ont détruit cette admirable harmonie »
(l)Le cardinal Pôle, délégué par la reine Marie, avait eu la satisfaction d'être le médiateur d'une trêve, signée dans l'abbaye de Vaucelles, près Cambrai, le l'y février li)5G, entre le roi de France, Charles Quint et son lils Philippe. La rupture au bout de ciuelques mois de cette trêve conclue pour o ans ne put qu'allectcr très douloureusement le cardinal.
avait imposée aux Anglais, quitta l'Angleterre le 7 juillet 1557 pour n'y plus revenir.
Au cours de cette année 1557, la position de Réginald Pôle vis-à-vis de la Papauté s'était trouvée de plus en plus délicate et le ressentiment particulier du Pape à l'égard du Légat ne tarda pas à se manifester dans des conditions très douloureuses pour celui qui avait consacré ses efforts à la réconciliation entre Rome et l'Angleterre.
Lorsque le Cardinal avait appris le retour de Philippe II sur le sol anglais, il s'était pourtant retiré aussitôt dans sa ville archiépiscopale de Gantorbéry pour bien marquer son intention, en tant que Légat du Pape, de ne pas paraître à la cour d'un prince ennemi. Il se contenta de faire au roi une visite personnelle et privée et il est difficile de dire quelle conduite plus judicieuse il pouvait tenir dans les circonstances extraordinaires où la politique temporelle de son chef spirituel le plaçait. Tout le désir de Pôle était que l'Angleterre, réconciliée avec Rome après tant de difficultés, pût rester en dehors d'un conflit où l'unité de la foi pouvait courir de si grands risques.
Or, Paul IV, très irrité des échecs militaires infligés à ses troupes par les soldats de Philippe II, ne sut pas tenir compte au cardinal anglais de son attitude réservée et pleine de circonspection. La confusion du temporel et du spirituel se faisait dans l'esprit de ce vieillard colérique qui, au printemps de 1556, aurait voulu lancer l'excommunication religieuse contre son ennemi laïque, le roi d'Espagne, pour le déclarer déchu de tous ses droits. L'entourage du Pape parvint à le dissuader de ces mesures extrêmes dont les efTets auraient sans doute été désastreux pour le monde catholique, mais on ne put empêcher Paul IV de rappeler ses légats et ses nonces de tous les Etats de Philippe (1). Cette décision, prise le 9 avril, eut pour résultat de mettre un terme à la mission du cardinal Pôle en Angleterre. Il cessait, de ce jour, d'être Légat a latere.
Effrayé des conséquences de cet acte, l'ambassadeur
(1) Cal. of Slate Papers, Venetian, VI, n. 856.
anglais à Rome, sir Edouard Carne, en avertit immédiatement sa souveraine (1), Marie Tudor lui ordonna de représenter sans tarder au Pape l'alarme universelle qu'une pareille nouvelle avait produite en Angleterre et de demander le retrait de cette disgrâce qui, susceptible de provoquer des troubles sérieux parmi le peuple, portait atteinte à la dignité comme à la vertu de Pôle. Dans les instructions qu'elle envoya à son ambassadeur, Marie Tudor ne manqua pas de souligner l'étrange façon dont le Pape reconnaissait les services que le Légat et les souverains anglais avaient précisément rendus à la papauté en ramenant tout un royaume à son obéissance spirituelle.
Paul IV comprit-il la grave erreur politique qu'il avait commise ?
Il fit bien dire à Marie Tudor qu'il répugnait à sa haute dignité de revenir sur un acte public, sur une décision prise en consistoire, mais, jouant diplomatiquement sur les mots, il ajouta n'avoir jamais prétendu enlever au cardinal Pôle son titre de Légat-né, qui appartenait à tout archevêque de Oantorbéry. Seule la fonction spéciale de Légat a latere était retirée au cardinal, qu'il avait le dessein de rappeler à Rome pour l'y employer à des affaires importantes.
Cette dernière déclaration était particulièrement grave. Elle visait directement Pôle dont le Pape, irréductible dans ses idées, voulait contrecarrer l'influence. La politique pontificale qui se poursuivit montra bien à quels dangers Réginald Pôle se serait trouvé exposé s'il avait à ce moment quitté l'Angleterre.
En avertissant le gouvernement de Marie Tudor de ses intentions de rappeler Pôle à Rome, le Pape, pour témoigner, disait-il, de l'affection qu'il portait à la reine, s'engageait à créer un autre cardinal, qui résiderait en Angleterre, avec le titre et l'autorité de Légat. De fait, peu après, le 14 juin 1557, l'aul IV donna la pourpre à un vieux franciscain anglais, William Peto, et l'investit en
(1) Au sujet de la lettre de sir E. Carne à Marie Tudor, cf. Buraet, op. cit. t. II, p. 315 et Cal. of State Papers Foveign, of the reign of Mary, Londres, 1861, n. i;92.
même temps de la charge de Légat en remplacement de Réginald Pôle (1).
Avant même que la notification ofïîeielle de cette décision pût être connue en Angleterre, Marie Tudor en fut avertie par le soin de son ambassadeur à Rome, sir Edouard Carne. Navrée des conséquences fâcheuses de cette nomination d'un vieux moine, très impopulaire dans le pays, la reine s'employa à faire revenir le Pape sur sa résolution et chargea sir Edouard Carne de présenter à Paul IVune lettredans laquelle les nécessités du maintien de Pôle en Angleterre comme Légat étaient de nouveau exposées (2).
A cette lecture, le Pape laissa paraître une extrême exaspération et ne voulut d'abord en rien faire droit h la requête formulée au nom de la reine par l'ambassadeur anglais. Après un long silence, Paul IV, qui cherchait évidemment à maîtriser sa violence, finit par affirmer comme précédemment que l'affaire était de grande importance et promit d'en faire Tobjct d'une conférence avec les cardinaux.
Le seul résultat de cette réunion cardinalice fut un
(1) Quirini, op. cit. V. p 444. — Cf. également Cal. of State State Papevs Forcign, oftiiereign of Mary, 1. cit. n. 319, n. 327. En ce qui concerne Peto, Cf. Cal. ofSiale Papers, Vcnetian, VI, n. 1420. — William Peto, né dans le Warwickshire, avait été le confesseur de Catiierine d'Aragon et de Charles-Quint. Réfugié dans les Pays-Bas pour échappera la tyrannie d Henri VIII, il était venu à Rorne comme chapelain du cardinal Pôle et CaraOa avait été fortement impressionné par son austérité. Mais en 1do7, c'était un vieillard, impropre à toute existence active, a tout juste bon à réciter des oremus dans sa cellule » du couvent de Grecnwich. Sa nomination en remplacement du cardinal Pôle causa une grande surprise même dans les milieux romains. Peto, plus que tout autre d'ailleurs, parait avoir eu conscience de son incompétence et il supplia le Pape de lui permettre de refuser un fardeau trop lourd pour ses épaules faibles et décrépites, cf. Doni Ancel, L'aclivité réformatrice de Faut IV, dans Revue des Queatiom Historiques, juillet 1909, p 94, n 2.
(2) Marie Tudor ne manqua pas surtout de témoigner sa surprise de voir le pape destituer sans raison un légat que luimême avait confirmé dans ses fonctions et qui avait accompli de si grandes choses qu'on pouvait en toute vérité lui attribuer le retour de l'Angleterre à l'obéissance due au Saint-Siège. (Lettre de Marie Tudor du 5 août 1557).
ordre formel adressé à Pôle de se rendre sur le champ àllome pour y répondre aux accusations lancées contre lui par l'Inquisition. Cette mesure, pleine d'injustice, trahissait une fois de plus la passion du vieux pontife qui, pour triompher de ses ennemis politiques et imposer sa volonté, n'hésitait pas à recourir d'une façon dangereuse et inconsidérée aux armes spirituelles dont il disposait. Malgré les apparences d'entente qui s'étaient rétablies otriciellement entre eux après leur grand différend au sujet de la théorie^de la justification par la foi, ;le cardinal Pôle et le cardinal Caratïa avaient, en fait, depuis 1542, conservé des idées diamétralement opposées sur les moyens à employer pour rattacher les hérétiques à la communion romaine. Le cardinal anglais avait ramené un royaume à l'obédience pontificale en usant surtout de douceur et de persuasion, tandis que le cardinal théatin avait décidé Paul III à réorganiser le tribunal de l'Inquisition.
Aussi, sous rinl'luence du mécontentement et de la passion politique, les soupçons que jadis le cardinal Caraffa avait manifestés contre l'orthodoxie de son ancien ami s'emparèrent à nouveau de l'esprit du Pontife.
Dans sa lettre de convocation à Pôle, il dit vouloir connaître ses sentiments sur certains points do théologie controversés. En réalité, l'arrière-pensce du Pape, il est difTicile d'en douter, était d'infliger à Réginald Pôle le même sort qu'à son ami, le cardinal Morone enfermé au château Saint-Ange sous le soupçon d'hérésie. Deux cardinaux vénitiens, Pisani et Cornaro, avaient, paraît-iU dans le plus grand secret, prévenu l'ambassadeur Navagero que telle était bien l'intention de Paul IV^ (1).
Pour détruire les effets de cet appel À Rome de son^ cousin Réginald, la reine Marie résolut de recourir à un expédient diplomatique déjà employé par Charles- Quint quelf|ues années auparavant et elle donna des ordres pour qu'aucun messager venant de Rome n'abordât en Angleterre. Elle crut, de cette façon, éviter do se metire
(1) Cal. of State Papers, Venelian,\l. n. 914.
en opposition directe avec le Pape, tout en empêchant Pôle de répondre à la convocation pontificale et de recevoir notification ofïîcielîe de son remplacement par Peto dans la charge de Légat (1).
Après avoir pris d'urgence cette mesure, Marie Tudor continua sa polémique ardente avec Rome et s'efïorça surtout de défendre l'orthodoxie de son cousin. Elle sut même rappeler à propos les amples louanges décernées par le Pape en consistoire au cardinal Pôle lorsqu'il l'avait proposé pour le siège de Cantorbéry et elle ajouta que, si des faits récents avaient pu faire suspecter certaines théories du cardinal, elle ne manquerait pas, conformément aux anciennes lois du royaume d'Angleterre, de porter la cause devant les évoques anglais pour que. après enquête et procès, Réginald fût acquitté ou condamné.
La reins, on sexprimant ainsi, prouvait son intention: formelle de sauvegarder les intérêts de la religion et manifestait ea même temps sa volonté qu'on n'attaquât pas injustement l'innocence de l'ancien Légat.
Bien que menées secrètement, les négociations de Marie Tudor avec Paul IV transpirèrent vite au dehors. 11 n'en pouvait guère être autrement et quelque chose en vint aux oreilles du cardinal Pôle. Son attitude fut alors tout de suite celle à laquelle il fallait s'attendre. Lorsqu'il eut quelques soupçons d'avoir été dépouillé par le Pape de son titre de Légat, il se refusa obstinément à continuer ses fonctions, malgré l'absence de notihcation ofïîcielîe. Les objurgations de la reine et de son Conseil furent impuissantes à modifier la ligne de conduite que lui dicta sa conscience. Il défendit à ce moment qu'on portât désormais devant lui la croix d'argent et quitta les autres insignes de sa dignité, comme s'il ne voulait plus
(1) C'est en usant de ce stralaj>ème qu'avisée par desrapports privés delà nomiuation de Peto et du rappel de Pôle, la reine Marie ne recul jamais la notitication officielle de ces décisions. Le bref potitillcal destiné à Pôle ue lui parvint pas et celui qui était destiné à Peto n'arriva pas non plus à son adresse. Cf. Beccalelli, Vila Ueg. Poli dans Quirini, V. p. 380.
s'occuper que de radministration de son propre diocèse de Cantorbéry.
Pourtant la mesure prise si malencontreusement par Paul IV à son endroit lui allait au cœur. Tout modeste qu'il fût, il se rendait bien compte du rôle qu'il avait joué lors de la cessation du schisme anglican et il ne pouvait sans douleur voir ses efforts méconnus et son œuvre compromise. Cédant à l'émotion qui l'étrcignait, il rédigea d'une plume vive une apologie de sa conduite pour l'adresser au pape. C'était opposer un éclatant démenti aux accusations mensongères qui l'atteignaient si injustement.
Mais les mouvements naturels d'ardeur étaient toujours suivis chez Pôle d une sérieuse méditation. Après avoir relu son premier texte, il en trouva le ton trop acerbe, trop violent, et, dans un esprit de soumission et de charité, il jeta au feu son manuscrit en se souvenant du texte biblique : «Vous ne découvrirez pas l'ignominie de votre père. » (1)
Cotte décision, toute d'humilitc.ne rempècha pas néanmoins d'expédier au Pape son chancelier Nicolas Ormanetto pour se renseigner sur les intentions de Paul IV, l'assurer de son désir de s'y conformer et lui remettre en même temps une lettre, rédigée cette fois sans acrimonie, dans laquelle le cardinal exposait la situation religieuse du royaume anglais et se plaignait avec non moins d'énergie que d'éloquence de la conduite du Pape à son égard. (2)
Cette lettre, suivant une habitude à laquelle Pôle céda toujours sa vie duraril, avait pris les proportions d'un véritable volume et, ]>oi'.r mieux défendre sa thèse, le cardinal crut nécessaire d'établir point par point sa défense. Espérait-il de bonne foi convaincre le Pape alors qu'il avait tant de raisons pour connaître l'entêtement de l'irascible vieillard ? Ce plaidoyer figure en bonne place
(1) « Non deteqes verenda palris tui » Genèse.
(2) Nicolas Orinanclto jouissait de la confiance du cardinal Pôle à qui il avait été reconiniaiidé par Jules III comme uu homme de grand bon sens et de singulière habileté dans les affaires ecclésiastiques. Après la mort de Hégiiiald Foie. Ormanetto devait prendri^ part aux travaux du concile de Trente. 11 lut créé évoque de Padoue en IjIO et mourut en 1577.
dans les œuvres de Réginald Pôle. Comme dans ses autres écrits, le cardinal s'y révèle ami passionné de la vérité, dialecticien averti et chrétien convaincu autant que fervent. Les raisons ne lui manquaient pas pour se justifier. Il sut cependant se maintenir dans dejusteslimites et sa conclusion était un modèle d'humilité puisqu'il insistait surtout sur la nécessité de conserver, pour le bien de la religion, un Légat en Angleterre et se disait prêta s'effacer si le choix du Pape se portait décidément sur un autre que lui. (1)
Une semblable attitude, pleine de déférence et de soumission, était faite pour apaiser le tempérament le plus vindicatif. Ormanetto, le messager de Pôle, fit de son mieux à Rome pour servir son maître, mais il fut aidé plus encore par les circonstances que par la justice de sa cause. On venait, en effet, d'apprendre à la cour pontificale la défaite décisive de l'armée française à Saint-Quentin. Rappelé par Henri II, le duc de Guise avait dû quitter l'Italie pour défendre Paris menacé tandis que les troupes pontificales cédaient à la pression des Espagnols. Force fut au Pape de traiter alors avec le duc d'Albe qui, entré à Rome le 20 septembre 1557, prit occasion de sa visite au Pontife pour parler en faveur du cardinal Pôle, lequel, de son côté, s'empressa de profiter de cette entente entre Philippe II et Paul IV pour les féliciter tous deux d'avoir enfin conclu la paix (2).
Les nécessités impérieuses de la politique obligèrent le Pape à dissimuler ses sentiments. Malgré la persistance certaine de son mécontentement, il se décida à proclamer une fois encore le cardinal innocent de tout soupçon d'hérésie et alla même jusqu'à reconnaître que les calomnies lancées sur le compte de Réginald Pôle étaient le fait de la malveillance et de l'envie.
Ormanetto, enquittant Rome, put donc croire être arrivé à un résultat décisif, puisque Paul IV, dans l'au-
(1) Quirini, op. cit. V. p. 27. Cf. également Dixon, Hulory of the Churcli of Enqland from the abolition of the roman juridic- Uon, Londres, 1884-1900, t. IV. pp. 674-673.
(2) Cal. of Slate Papers, Venetian, t. VI. n. 1042 ; n 992.
dience de congé qu'il lui accorda, avait promis d'envoyer bientôt en Flandre son neveu, le cardinal Caraiïa, pour y terminer son dilTérend avec le roi et Réginald Pôle,
C'était cependant là une simple manœuvre diplomatique et Pôle ne tarda pas à savoir le peu de sincérité qui l'accompagnait. En effet, tandis qu'il faisait ces déclarations bienveillantesauchancelierde Pôle, le Pape, dans ses conversations privées avec ses amis, témoignait toujours de la même défiance à l'égard de la doctrine du cardinal anglais. Bien plus, il chargea son neveu, envoyé en mission auprès de Philippe II, d'obtenir l'extradition de son ancien Légat. Pour arriver à ce résultat, le cardinal Carlo Caraiïa était autorisé à montrer aux ministres du roi les documents qui prouvaient la culpabilité de Pôle et il devait en même temps leur donner l'assurance des raisons sérieuses qui avaient dicté au Pape cette résolution.
Paul IV ne désarmait donc pas vis-à-vis du cardinal anglais. Par tous les moyens il cherchait à l'atteindre et comme, pour l'instant, il lui était quasiment impossible de le condamner publiquement sans se déjuger, il résolut de le frapper indirectement en déchargeant sa colère sur un de ses plus chers amis, Aloys Priuli, ce gentilhomme vénitien qui, depuis les jours lointains de leur rencontre à l'Université de Padoue, avait voué à Réginald Pôle un culte d'amitié sans égal. Paul IV savait en quelle estime le cardinal tenait ce fidèle compagnon. Cela ne l'empêcha pas de refuser outrageusement à Priuli la confirmation d'un siège épiscopal que Jules III lui avait promis à la requête de la Seigneurie de Venise. Lorsque l'ambassadeijr vénitien intervint à ce sujet, le Pape, d'un ton cassant et acerbe, soutint que Priuli était un hérétique et « qu'il appartenait à l'exécrable école et à la famille apostate du cardinal d'Angleterre. » (1)
Réginald Pôle, tant qu'il s'était agi de ses seuls inté-
(1) A la requête de la Seigneurie de Venise, Aloys Priuli avait clé nommé par Jules III à la coadjutorerie.avec droit de succession, de l'important évêché de Brescia. Paul IV refusa de confirmer ce choix. Cf. Cal. of State Papers, Venetian, VI, nu. 1173^
rets, avait pu faire preuve de désintéressement et de modestie. L'injustice commise à l'égard d'un ami très cher le fit sortir de cette réserve où, par humilité, il aurait voulu se tenir. Il ne put s'empêcher de prendre en termes éloquents la défense de Priuli et par là même en vint à exposer ses plaintes personnelles contre les attaques insidieuses dont lui et ses amis étaient sans cause l'ohjet à la cour pontificale.
Avec feu, Pôle, dans cette lettre, présenta l'orthodoxie de sa doctrine et, à ce titre, ce document est de première importance pour établir avec impartialité le rôle qui revient au cardinal d'Angleterre parmi les grands réformateurs catholiques du XVP siècle épris d'idéal et de foi (1).
Après s'être porté garant des sentiments élevés de son ami, Réginald Pôle place le débat sur le terrain strictement religieux et dit plaider la cause de Priuli avec autant moins de réserve qu'il a conscience de ne travailler que pour le service de Dieu et l'utilité d'un grand diocèse. Il fait remarquer que son témoignage ne peut être suspecté. « Les actes publics accomplis en faveur de la religion, proclame-t-il avec une légitime fierté, n'ont-ils pas un tout autre poids que les paroles de gens qui n'osent produire contre lui ni faits, ni gestes, ni pai'oles, tout simplement parce qu'ils n'ont rien à produire. »
Ce qui est particulièrement à relever dans cette longue lettre, c'est la tristesse profonde que Pôle ressent de Tinjustice des accusations qui ont pesé sur lui et ses amis. Il a conscience du trouble qu'apportent dans les milieux anglais les mesures prises contre lui par l'autorité pontificale et se désole de voir ses adversaires hérétiques utiliser avec bonheur cette occasion pour disperser loin. du pasteur le troupeau qu'il avait eu la consolation de rassembler. Ce sont de véritables cris de supplication que Pôle adresse au Pape pour l'amener aune vue claire de la situation et, à plus de trois siècles de distance, ces
(1) Cf. Quirini up. cit. t. V. pp. 31 etsuiv. La lettre de Pôle, datée de Greenwich, le 30 mars 1538, trop longue pour être reproduite en simple note, fait l'objet d'un appendice à la lin du volume.
pagesconservent une sincérité d'expression, une vigueur de iMisonnement qui en caractérisent toute la valeur.
Pôle n'oubliait jamais les devoirs que dicte une amitié sincère et profonde. C'était là la cause de sa lettre, mais cet incident a une portée plus générale et montre de quelle respectueuse et franche liberté il usait envers ses supérieurs dans la défense des questions religieuses.
Cette lettre fut rédigée le 30 mars 1558. Le même jour, Réginald Pôle écrivit au cardinal de Trani, ami personnel du Pape, et le pria d'intervenir pour sauver sa réputation et aplanir les ditïîcultés que les décisions arbitraires de Paul IV créaient en Angleterre (1). Là, comme dans le texte précédent, le cardinal Pôle sait trouver les mots les mieux choisis pour dépeindre l'injustice dont il est l'objet. Il en appelle au jugement du Pape qui, d'un seul mot, dit-il, « peut fermer la bouche de ceux qui l'outragent et le calomnient et faire tomber tous les bruits scandaleux qui circulent contre lai ». Cette parole de justice et de paix Pôle ne devait pas l'entendre. Ses diverses lettres, semblc-t-il, restèrent sans effet.
Un tempérament entier et partial comme celui de Paul IV ne pouvait être fléchi. Le Pape, dominé par sa passion politique, était incapable de comprendre, de soupçonner même les délicatesses qui se cachaient dans l'àme de Pôle, toute de mansuétude et de bienveillance. Sans se livrer ouvertement à aucun acte public hostile contre le cardinal d'Angleterre, il garda, la chose est certaine, jusqu'à la fin de son pontificat, les mêmes sentiments
(I) Eu s'adressaut au cardinal de Trani, Réginald Pôle disait à la fois son désir de justice et son besoin de consolation et d'appui. « Je revendique, dit-il, cette consolation et l'attends du pontife comme une faveur particulière Cela ne peut paraître étrange, puisque j'ai conscience d'avoir toujours travaillé avec le même zèleetau milieu de bien des diflicultés pour les intérêts de l'Eiflise. Le pape m'a accablé de tristesse à ce point que si la Providence ne m'avait en même temps comblé de ses bénédictions j'aurais infailliblement succombé sous le fardeau, .le ne serai complètement sati^faitque lorsque sa Sainteté m'aura consolé. On ne saurait imaginer tâche plus digne pour le représentant du Christ que de consoler un de ses lils.» Quirini, op ctt, V.p 02.
d'aniniosité à son endroit. Pôle en souffrit et le désir de se disculper ne le quitta pas. Néanmoins, cédant aux conseils de ses fidèles amis, il demeura en Angleterre où ses devoirs archiépiscopaux le retenaient. Il échappa ainsi aux rigueurs qui l'attendaient à Rome s'il avait persisté dans son dessein d'aller se justifier lui-même auprès de Paul IV, car le seul résultat de son déplacement eût été de le livrer entièrement à la vengeance inconsidérée du vieux pontife.
Dans toute cette affaire, il n'est même pas nécessaire de prendre la défense de Pôle tant la vérité est évidente et parut même éclatante à tous les contemporains impartiaux du cardinal.
Si l'ancien Légat d'Angleterre, arbitrairement privé de son titre par le Pape, avait vécu plus longtemps, il aurait vu réparer par le successeur de Paul IV l'injustice qui l'avait atteint. Il eût, en effet, partagé sans nul doute le sort de ses amis, le cardinal Morone et le pieux évêque de Modène, iEgidio Foscarari. Ces prélats avaient été enfermésparPaul IV au château Saint- Ange pour les mêmes motifs de suspicion d'hérésie qui auraient amené l'internement de Réginald Pôle s'il avait eu l'imprudence de se rendre à Rome,
Dès 1559, Pie IV délivra les prisonniers et leur cause, par ses ordres, fut à nouveau examinée attentivement par le tribunal de l'Inquisition. A la suite de cette enquête, leur innocence apparut en tous points complète. Le Pape se plutà déclarer solennellement leur orthodoxie, démontrée, dit-il, par tous leurs actes, par tous leurs discours et par l'opinion constante de tous les gens de bien. Il reconnut en même temps que leur arrestation avait été faite sans jugement régulier, à la suite d'un procès nul et inique. (1)
(1) Morone était de Milan. ClL-ment VII le tit évêque de Mor dène. Envoyé comme nonce en Allemagne par Paul III en lo42, il fut fait cardinal en juin de cette année. Légat à Bologne, président du concile de Trente, Jules III le désigna comme légat à la Diète d Augsbourg. Il était ami intime de Réginald Pôle. Interné, comme nous l'avons dit, au château Saint-Ange par Paul IV, il refusa de sortir de prison par simple faveur, pro-
C'était une condamnation formelle de la politique religieuse du Pape défunt. Cette déclaration do Pie IV venge ainsi olTiciellement quoique indirectement la mémoire du cardinal d'Angleterre. Son orthodoxie ne saurait être contestée partout esprit de bonne foi. Si ses derniers rapports avec la Papauté valurent à Réginald Pôle des heures douloureuses, il eut justement le mérite de s'élever de son mieux au dessus des querelles et des inimitiés personnelles pour respecter dans l'autorité du Pontife romain la base même do cette Eglise catholique universelle dont il ne cessa jamais d'être en Angleterre le partisan le plus déterminécomme le défenseur le plus autorisé. Sans doute le jugement terrible de IhistorienRanke : « Si Paul IV s'était imposé la tâche d'empêcher l'œuvre de la restauration catholique, il n'eût pas agi autrement », est exagéré ; il n'en reste pas moins certain que ce Pape par son rigorisme, son manque de largeur de vues, son inflexibilité et son entêtement a tout au moins fourni les prétextes et les raisons apparentes de la reprise et de la consommation du schisme anglican. C'est ce dont convenaitloyalement son successeur, Pie IV : « Nous avons, disait cePontife, perdu l'Angleterre, qui auraitpuêtre conservée, si on avait mieux soutenu le cardinal Pôle. »
testant avec hardiesse qu'il préférait sa réputation à sa liberté et qui! voulait qu'on lui rendit justice. Pie V le réhabilita et l'envoya terminer heureusement le coDcile de Trente en 1363. Ce qui achève de le disculper de tout soupçon, c'est qu'à la mort de Pie iV, saint Charles Borromée lui donna sa voix au Conclave. Déjà, dans unconelave précédent, il avait eu '^S voix. Morone mourut pieusement \o 1 ' décembre 1580 à Rome, à l'âge de 72 ans. — Quant à Foscarari (lol2 loGo), il entra chez les Dominicains et tut nommé évôipiede Modène en 1330. 11 laissa une réputation de sainteté, ne soulïrit jamais, dit-on, qu'une parole immorale ou mal sonnante fût prononcée en sa présence et combattit à outrance le désordre des mœurs. Gomme Pôle et Morone. il tut le confident de .Iules 111, comme eux aussi, il fut la victime d'accusations anonymes auprès de Paul IV et interné. Mais, au temps de Pie IV, il fut rappelé h Rome après avoir pris part aux travaux du Concile do Trente et devint membre de la Commission de l'Index et du Rréviaire. Cf. Quétif et Llchard, Scriptorcs Ordinis Prœdicaturuvi. t. II, p. 184.