CHAPITRE II
des Oiseaux du même genre, ou de genres prochealliés, ont souvent leur premier et mêmeleur second plumage semblables, ainsi que nous le voyons dans les plumes tachetées du groupe des Merles. Dans la tribu des Chats, la plupart des espèces sont rayées ou tachetées par lignes ; et la fourrure des Lionceaux ou des jeunes Pumas est parfois très distinctement rayée ou tachetée » [p. 614]. Si l’on peut considérer chaque embryon «comme un portrait plus ou moins effacé de la commune forme-mère de chaque grande classe d’animaux » [p. 628] c’est que les «variations survenues à une phase quelconque de la vie de l’individu sont héritées par sa postérité à un âge correspondant»[p. 613].
Quelques années plus tard (1864), FRiTz MüL- LER(1) fut amené à reprendre la question du parallélisme des formes embryonnaires et des états adultes des animaux inférieurs, et trouva l’importante correction qu’il convenait d'apporter à l’absolutisme de cette loi, correction qui seule pouvait lui permettre de persister en face des progrès des connaissances embryologiques. Désirant éprouver la justesse des vues de DarwIiN en les appliquant à un groupe déterminé d’animaux, et en essayant d’établir l’arbre
(1( Frirz MüLLer. Für Darwin (1864). — Les citations que nous donnons de cet ouvrage sont empruntées à la traduction française de DeBray in Bulletin scient, du département du Nord, t. XV, 1883,
généalogique de ce groupe, il choisit pour cela les Crustacés. Après avoir étudié leur développement et leurs formes larvaires, il les considère au point de vue dela théorie de DARWIN, estimant que sice dernier avait déjà examiné les conclusions qui résultent de ses hypothèses pour le domaine de l’embryologie, il était cependant nécessaire de poursuivre les choses un peu plus loin qu'ilne l’avait fait.
Il fit remarquer d’abord que les modifications par lesquelles les jeunes s’éloignent de leurs parents peuvent se produire à un âge plus ou moins avancé. Les descendants atteignent un nouveau but, soit en s’'écartant tôt ou tard du chemin qui mène à la forme paternelle, soit en parcourant ce chemin, à la vérité sans le quitter, mais au lieu de s'arrêter à la forme paternelle, en continuant à s'avancer au delà » [p. 29]. « Dans le premier cas, l’histoire du développement des descendants ne coïncidera avec celle des parents que jusqu’au point où leurs chemins se séparent, elle n’apprendra rien sur leur organisation à l’état adulte. Dans le second cas, le développement des parents tout entier sera parcouru aussi par leurs descendants, et tant que l’origine d’une espèce reposera sur ce second mode de perfectionnement, le développement historique de l'espèce sera représenté dans son histoire de développement ». Ainsi, « dans le court laps de temps de quelques semaines ou moins, les formes changeantes des embryons et des larves reproduiront devant nous, plus ou moins complètement, plus ou moins fidèlement, l’image des variations par