‹ Un problème de l'évolution; la théorie de la récapitulation des formes ancestrales au cours du développement embryonnaire (loi biogénétique fondamentale de Haeckel)Chapitre 28 sur 111 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

et trouve son expression la plus claire et la plus précise dans la loi générale que j'ai appelée loi fondamentale du développement organique ou, brièvement, « loi biogénétique fondamentale ».

Cette loi peut être exprimée ainsi: L’histoire du germe est un abrégé de l’histoire de l'espèce; ou en d’autres termes, l’ontogénie est une récapitulation de la phylogénie..... La nature causale du lien qui unit le développement du genre à celui de l’espèce est fondée sur les faits d’hérédité et d’adaptation. Quand on a bien compris cette proposition et quand on a saisi son importance pour la formation des organismes, on peut faire un pas de plus et dire: La phylogenèse est la cause mécanique de l’ontogenèse.

La chaîne des formes qui constitue la série des ancêtres des animaux supérieurs et de l’homme est toujours un tout bien lié que l’on peut représenter par les lettres de l’alphabet A,B, C, D, E, etc. jusqu’à Z. Cependant, par une contradiction apparente, le développement individuel ou l’ontogénie de la plupart des organismes ne nous présente que des fragments de cette série, si bien que l'on pourrait représenter l’'enchaînement lacunaire des formes par A, B, D, E, H, K, M, etc. ou, dans d’autres cas, par B, D, H, L, M,N, etc. Souvent encore, pour conserver l’image de l'alphabet répété, nous verrons une ou plusieurs lettres des formes souches remplacées par des lettres d’un même son, mais appartenant à un autre alphabet, un & ou à à la place des lettres romaines correspondantes. Ici l'expression de la loi biogénétique a

été changée ou faussée, tandis que dans les cas précédents elle était raccourcie [p. 7-8].

En fait, il existe toujours un certain parallélisme entre les deux séries de développement, mais il est troublé parce que la plupart du temps, dans le cours de l’ontogénie, beaucoup de choses disparaissent, qui ont existé dans la chaîne et réellement vécu... Cette reproduction de la phylogénie dans l’ontogénie est rarement complète et correspond rarement à toute la série des lettres de l’alphabet. Dans la plupart des cas ce résumé est très incomplet et changé, troublé ou faussé par des causes que nous apprendrons plus tard à connaître. À cause de cela, nous ne sommes pas en état de donner, avec le seul concours de l’ontogénie, une description détaillée de toutes les formes qu’ont traversées les ancêtres de chaque organisme. Mais l’anatomie comparée permet de jeter un pont par dessus ceslacunes. Aussi est-il très précieux de connaître un grand nombre de formesinférieures, qui sont reproduites encore maintenant dans le développement de l'Homme {p. 8]. (Ici l’auteur énumère certaines de ces formes, mais comme nous les citerons plus loin toutes, nous passons et nous arrivons aux définitions suivantes).

Nous appelons processus palingénétiques (ou répétitions de l’histoire des germes) tous les phénomènes qui, dans le développement individuel, ont été fidèlement transmis de génération en génération par l’hérédité conservatrice et qui permettent par conséquent de conclure à l'existence de processus corres-

CHAPITRE II 61 pondants dans l’histoire phylogénétique des êtres Cp. 91-

Nous appellerons par contre processus cénogénétiques (ou troubles de l’histoire du germe), tous les phénomènes de cette évolution que l’on ne peut pas ramener à un semblable héritage de très anciennes formes de la souche, et qui au contraire sont survenus plus tard par adaptation des embryons ou des formes jeunes à certaines conditions de leur développement. Ces phénomènes cénogénétiques sont des apports étrangers, qui ne permettent aucune conclusion immédiate à des processus correspondants dans l’histoire de l'espèce, et bien plus masquent et faussent la reconnaissance de celle-ci [p. 10].

Nous devons regarder comme palingénétiques: la formation des deux feuillets germinatifs primaires et de l’intestin primitif, l’'ébauche insegmentée du tube nerveux dorsal, l'apparition d’une corde dorsale simple, la formation passagère des arcs branchiaux et des fentes branchiales, des reins primitifs, etc. [p. 10].

Sont au contraire cénogénétiques: la formation du sac vitellin, de l’allantoïde et du placenta, de lamnios et du chorion, en général des différentes enveloppes de l’œuf et de leurs vaisseaux, en outre Pébauche paire du cœur, la séparation précoce de la plaque vertébrale et de la plaque latérale, la fermeture secondaire de la paroi ventrale et de la paroi intestinale, la formation du cordon ombilical, etc. [p.11].

Nous devrons donc donner à notre loi biogénétique fondamentale cette signification plus précise :

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« le développement du germe (ontogenèse) est une répétition resserrée et abrégée du développement de l'espèce (phylogenèse). Cette répétition est d'autant plus complète que le résumé originaire du développement (palingenèse), a été mieux conservé par une hérédité constante, par contre la répétition est d'autant plus imparfaite que, par l’adaptation, un trouble du développement a été introduit plus tard (cénogenèse) ». Les troubles cénogénétiques ou falsifications reposent, pour la plus grande part, sur un déplacement des phénomènes, qui a été causé lentement par l'adaptation aux conditions d’existence des embryons, lesquelles ont été changées dans le cours de plusieurs milliers d'années. Ce déplacement peut affecter aussi bien le lieu où se produisent les phénomènes que l’époque de leur apparition (hétérotopie et hétérochronie) [p. 11].

Comme exemples d’hétérotopie on peut citer le fait des cellule sexuelles qui, nées d’abord dans l’un des feuillets primaires, émigrent dans le mésoderme chez les animaux supérieurs de même que les canaux de Wolff situés originairement dans la peau.

Les hétérochronies changent l’ordre d'apparition des organes, l’accélèrent ou le retardent. Comme exemples d'accélération ou d’augmentation de précocité, on peut citer l'apparition précoce du cœur, du cerveau, des fentes branchiales, de l’œil; comme modèles de retard, la formation tardive du canal intestinal de la cavité du corps, des organes sexuels [PS 'TS# é

HAECKEL a rassemblé ses idées sur les rapports des

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