CHAPITRE JT
des Tuniciers, comme dans bien des autres branches de l’arbre zoologique : 1° des formes qui ne sont que la continuation ou l’exagération de l’état larvaire de la classe (Appendicularia); 2° des formes à embryogénie explicite et régulière (Ascidia); 3° des formes à embryogénie abrégée et condensée (certaines Molgœula) ; ou, d’une façon plus générale, chez les Vertébrés : 1° Téléostéens, 2° Batraciens, 3° Sauroïdes et Mammifères ».
Dès ce moment, A. Giarb employait donc des termes spéciaux bien choisis pour distinguer les différentes formes d’embryogénies, et désignait comme embryogénie explicite ou « dilatée » [p. 457] et embryogénie condensée, les formes du développement que HAECKEL ne caractérisera que bien plus tard sous les noms de palingenèse et cénogenèse. Les idées de GIARD se propagèrent très vite en France, grâce à ses travaux et à son enseignement, puis aussi au court mais substantiel chapitre: « Principes généraux de la biologie», qu’il publia comme introduction a la traduction française des «Eléments d'anatomie comparée des animaux Invertébrés, par HUXLEY » (1877). Ce livre répandit parmi les étudiants d’alors la notion d’embryogénie dilatée et d'embryogénie condensée qui devint ainsi classique en France, bien avant l’introduction des mots cénogenèse et palingenèse (1).
(1) Voyez aussi, pour le développement des idées de A. GIARD
Comme on l’a dit plus haut, HAECKEL développa constamment la théorie de la récapitulation à laquelle il attribua une valeur de plus en plus grande et dont il fit bientôt la «/oi biogénétique fondamentale » (2) (Natürliche Schôpfungstheorie, 7e édition, 1889). La 4° édition de son Anthropogénie, 1891, contient l’exposé détaillé de ses idées, que nous résumerons fidèlement.
L’ontogénie et la phylogénie, dit HAECKEL (Anthropogenie, IVe édit. allemande, p. 6 et suivantes), sont dans la plus étroite dépendance et l’une ne peut être comprise sans l’autre. Ce n’est que par l’union intime et par le complément réciproque que se prêétent ces deux divisions de la science, que la biogénie ou histoire du développement organique s'élève au rang d’une science naturelle philosophique. Car leur connexion n’est pas simplement extérieure et superficielle, mais profondément intime et causale. Cette importante connaissance est une acquisition récente
sur toutes ces questions, Controverses transformistes, par A. GIARD, Paris 1904.
(2) L'expression «loi biogénétique fondamentale » se trouve déjà dans différents passages des œuvres de HAECKkEL antérieures à 1889, et notamment en tête de la page 5 de l'édition française de l'Anthropogénie (1877), et dans l'Histoire de la Créalion naturelle, p. 441, mais c'est seulement en 1889 que HAECKEL lui accorda toute sa valeur et en fit la loi essentielle du développement.