‹ Un problème de l'évolution; la théorie de la récapitulation des formes ancestrales au cours du développement embryonnaire (loi biogénétique fondamentale de Haeckel)Chapitre 39 sur 111 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Depuis longtemps l'anatomie comparée s'occupe de sérier les organes des animaux vivants ou fossiles, en tenant compte des différents degrés de complication qu’ils peuventprésenter. De telles séries peuvent être établies aussi bien pour les appareils ou les systèmes que pour les organes isolés. Ainsi, le squelette axial, le système nerveux, les organes urinaires donnent lieu à des séries anatomiques de ce genre tout aussi bien que le cœur, l’oreille interne ou même des organes d'importance beaucoup moindre.Nous appellerons organes à développement progressif ceux qui permettent de dresser de semblables séries, dont nous donnerons brièvement quelques exemples.

Le squelette axial de l'Amphioxus est constitué uniquement par une corde dorsale élastique, sur laquelle s’appuie un système de membranes formant du côté dorsal une gaine pour le système nerveux central (canal rachidien), et du côté opposé une gaine semblable pour la cavité viscérale ou les vaisseaux (canal hæmal). Cette disposition constitue ce que l’on appelle un squelette membraneux.

Chez les Cyclostomes des pièces cartilagineuses apparaissent à des intervalles réguliers, dans la paroi du canal rachidien, au point où elle s’attache à la corde Chez d’autres Poissons des pièces analogues se développent aussi du côté ventral de la corde, mais les pièces ventrales et les pièces dorsales du même côté restent séparées les unes des autres par un intervalle totalement dépourvu de cartilage et où la corde se montre seule. Le squelette

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axial est alors formé simplement par la corde sur laquelle les cartilages représentent des rudiments d’arcs vertébraux, qui précèdent ainsi le corps de la vertèbre. Cette disposition s’observe chez les Ganoïdes cartilagineux et chez les Dipneustes. Chez les Sélaciens le cartilage partant des arcs vertébraux rudimentaires s’étend tout autour de la corde, qu’il revêt d’anneaux successifs métamériques comme les arcs eux-mêmes. Chacun de ces anneaux forme le corps d’une vertèbre. La corde s’atrophie plus ou moins complètement au niveau du corps vertébral, mais persiste entre les vertèbres, et comme l’étranclement qu’elle subit du fait du corps est plus marqué au centre de ce dernier qu’à ses extrémités, les corps des vertèbres ont la forme de sabliers. Sous cet état, le squelette est dit squelette cartilagineux.

Chezles Amphibiens, le corps des vertèbres devient osseux de bonne heure (squelette osseux), des apophyses articulaires naissent sur les arcs dorsaux, mais la corde persiste longtemps et a toujours une grande importance

Chezles Amniotes au contraire la corde disparaît de très bonne heure, l’ébauche cartilagineuse de la vertèbre l’emporte de beaucoup sur elle et les vertèbres ossifiées offrent une complication très grande. Pourtant, si l’on examine les corps vertébraux des Reptiles fossiles on voit que la corde y garde encore une grande importance, de même que dans le curieux Reptile actuel Hatteria, et l’on peut en somme dresser une série très complète de colonnes présentant les degrés

CHAPITRE IV 11 les plus réguliers de transformations, depuis les Vertébrés primitifs jusqu'aux Mammifères actuels.

Le système nerveux central présente de même un perfectionnement graduel dans sa partie céphalique. Le cerveau antérieur des Poissons osseux a une voûte purement épithéliale, ne renfermant point de tissu nerveux. Chez les Amphibiens ce tissu y apparaît, mais les hémisphères cérébraux sont encore peu développés. Il en est de même chez les Reptiles où ces hémisphères ne reçoivent et n’émettent que des fibres en rapport avecles fonctions olfactives, formant un cerveau purement olfactif. Chez les Mammifères l'écorce cérébrale est infiniment plus compliquée et renferme toujours des centres pour chacun des sens spéciaux, tact, ouïe, vue, en dehors de ses parties olfactives encore très développées chez les inférieurs. La surface cérébrale s’accroît beaucoup et se plisse pour pourvoir à cette augmentation. Les associations entre les hémisphères se multiplient graduellementet la voie par laquelle elles s’établissent constitue une commissure importante, le corps calleux, quigrandit progressivement des Marsupiaux jusqu’à l'Homme,en passant par une série d’étapes intermédiaires, bien établies par les auteurs.

L'appareil urinaire est représenté d’abord par un petit nombre de tubes glandulaires ouverts dans la cavité générale, c’est le pronéphros, qui fonctionne chez les larves des Cyclostomes, des Amphibiens et même à l’état adulte chez certains Téléostéens. Plus tard, il est suivi par un organe plus volumineux dont

les tubes ne communiquent plus avec la cavité du corps, au moins pour la plupart d’entre eux, le corps de Wolff ou mésonéphros, qui fonctionne toute la vie chez les Ichthyopsidés. Enfin, le mésonéphros est remplacé à son tour chez les Amniotes par le rein définitif, dont aucun tube ne communique plus avec la cavité générale et qui a tout à fait perdu la constitution segmentaire que le mésonéphros présente à son origine.

Les mêmes gradations s’observent dans des organes isolés. Le cœur des Vertébrés est d’abord tubulaire, en forme d’anse, comprenant deux cavités ou chambres principales successives, l'oreillette et le ventricule. Chezles Amphibiens l'oreillette se divise en deux cavités bien distinctes, au moins chez les Anoures, et destinées l’une à recevoir le sang venu du poumon, l’autre celui du reste du corps. Chez les Reptiles le ventricule commence à se diviser et se divise même chez les Crocodiles en deux ventricules séparés. Il en est de même chez les Oiseaux et chez les Mammifères, où il y a toujours, chez l’adulte, deux oreillettes et deux ventricules distincts.

L’oreille interne présente chez les Myxinoïdes un seul, chez les Pétromyzontes deux, chez touslesautres Craniotes trois canaux semi-circulaires: un antérieur sagittal, un postérieur frontal, un externe horizontal. Chezles Poissonsla vésicule auditive simple sesépare enunutricule portant les canaux semi-circulaireset un saccule avec un petit renflement, la lagena. Celle-ci devient plus grande et mieux individualisée chez les

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