‹ Un problème de l'évolution; la théorie de la récapitulation des formes ancestrales au cours du développement embryonnaire (loi biogénétique fondamentale de Haeckel)Chapitre 44 sur 111 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Dans les pages que nous venons derapporter, les corrélations décrites par CuviEr sont exclusivement des corrélations fonctionnelles, c’est-à-dire des adaptations de plus en plus parfaites et de mieux en mieux harmonisées entre elles pour le perfectionnement des fonctions, et cela ne doit point nous étonner étant donné la nature de son esprit et la conception qu’il se faisait du rôle de l’anatomie comparée, aussi propre disait-il àexpliquer la physiologie des animaux et à donner « la théorie générale de leur fonction » qu’à nous faire connaître leur propre nature (Rapport histor., etc., p. 301). Les corrélations ainsi comprises n’exigent point un nouveau mode de transformation des organes, elles résultent de différenciations ordinaires, mais qui, au lieu d’être indépendantes les unes des autres et 1solées, sont liées entre elles et se déterminent réciproquement. Mais à côté de ces corrélations il en existe d’autres, d’une tout autre nature, et que la définition donnée par HAECKEL dans sa Morphologie générale, permet de prévoir.

« De même que dans un organisme, dit-il (t. I, p. 158), toutes les parties ont entre elles et avec le tout des rapports fixes déterminés par la forme

lation doit être conservée, car elle est des plus fécondes, et permet seule de comprendre d’une façon complète, ces modèles d'organisation par excellence que représentent les Verté brés,

de l'organisme, de même dans les cristaux les parties élémentaires sont disposées entre elles et par rapport au tout dans des rapports fixes réglés par des différences de cohésion dans certains axes. Ce rapport nécessaire des parties entre elles et au tout est causé, dans l’organisme comme dans le cristal, par les fonctions physiques et la constitution chimique de ces matériaux ». L'importance de la forme de l’organisme pour la détermination de celle des parties est ici bien mise en lumière, et la comparaison avec les cristaux fait encore mieux comprendre ce que l’on peut entendre par corrélations architecturales. Mais avant d'entrer dans l'examen de ces dernières, il faut encore signaler d’autres acceptions, très employées aujourd’hui, mais d’une façon peu heureuse, du terme corrélation.

Déjà CuviER avait remarqué des corrélations dont il ne pouvait saisir la raison fonctionnelle. « Je doute qu’on eût deviné, dit-il (1830, p. 104), si l'observation ne l’avait appris, que les Ruminants auraient le pied fourchu et qu’ils seraient les seuls qui l’auraient: je doute que l’on eût deviné qu’il n’y aurait de cornes au front que dans cette seule classe; que ceux d’entre eux qui auraient des canines aiguës manqueraient pour la plupart de cornes, etc. ».

Depuis, ces exemples de corrélations inexpliquées se sont beaucoup multipliés. DARWIN a fait remarquer que les chats blancs pourvus d’yeux bleus sont généralement sourds; que les chiens sans poils ont la dentition imparfaite ; les pigeons pattus ont une

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CHAPITRE TV 07 membrane entre leurs orteils extérieurs; ceux qui ont le bec court ont de petits pieds et ceux qui ont un long bec de grands pieds (Origine des Espèces, éd. fr. définitive, 1882, p. 12-13). Des faits analogues considérés comme des corrélations sont journellement signalés par les observateurs et ils forment actuellement un chapitre important de la biologie. Mais beaucoup de ces prétendues corrélations ne méritent peut-être pas ce titre. « Autre chose, dit BERGSON (L'évolution créatrice, p.72), est un ensemble de changements solidaires, autre chose un système de changements complémentaires, c’est-à-dire coordonnés les uns aux autres de manière à maintenir et même à perfectionner le fonctionnement d’un organe dans des conditions plus compliquées ».

Toutefois, quelque difficulté que l’on puisse rencontrer pour décider dans certains cas si des phénomènes relèvent bien des corrélations, ilexiste d’autres cas où la réponse est facile et où la marque de la corrélation est indéniable.

Aïnsi la tête, la région branchiale et la cavité viscérale des Vertébrés offrent entre elles des relations différentes suivant les groupes et ces relations,que l’on peut considérer comme un des traits caractéristiques de l’architecture générale des Vertébrés, entrainent dans la constitution des différents organes des modifications très importantes et qui ne relèvent que d'elles. On pourrait penser que cette architecture elle-même dépend du fonctionnement, et que par suite les corrélations que nous lui attribuons rentrent

ainsi dans le cadre des corrélations fonctionnelles. Mais il ne paraît pas en être ainsi et cette architecture ne se laisse pas assez facilement relier à des changements de fonction pour qu’on puisse accepter cette dernière idée et combattre notre thèse. L’architecture de l'être futur se dessine, en effet, de si bonne heure chez l'embryon, elle est en rapport avec tant de modifications simultanées qu’on ne peut aisément chercher son origine dans un simple changement fonctionnel, et qu’elle paraît avant tout liée à une série de phénomènes embryologiques dont, il est difficile de déterminer les causes et l’enchaînement. Aussi ne parlerons-nous pas plus longuement ici de cette architecture des Vertébrés et des raisons qui nous la font admettre, renvoyant pour cela à un prochain chapitre spécialement consacré à l’embryologie, et nous nous contenterons de donner deux exemples typiques de Pinfluence de l'architecture d’un organisme sur la forme de certains organes.

Le cœur des Cyclostomes est constitué uniquement, comme celui des véritables Poissons, par un sinus veineux, une oreillette et un ventricule uniques, mais ces parties sont tout autrement disposées que chez les Poissons, et cette différence morphologique ne peut être attribuée ni à un perfectionnement, ni à une régression, mais uniquement à des conditions nouvelles dans la disposition de la loge où se trouve enfermé le cœur.

Chez les Poissons, le cœur est placé dans une

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