CHAPITRE IV
dans les vertèbres où ces muscles ont leurs attaches, et dans l’occiput où ils s’insèrent.
» Pour que les dents puissent couper la chair, ilfaut qu’elles soient tranchantes, et qu’elles le soient plus ou moins, selon qu’elles auront plus ou moins exclusivement de la chair à couper. Leur base devra être d’autant plus solide, qu’elles auront plus d’os, et de plus gros os à briser. Toutes cescirconstances influeront aussi sur le développement de toutes les parties qui servent à mouvoir la mâchoire.
» Pour que les griffes puissent saisir cette proie, il faudra une certaine mobilité dans les doigts, une certaine force dans les ongles, d’où résulteront des formes déterminées dans toutes les phalanges, et des distributions nécessaires de muscles et de tendons; il faudra que l’avant-bras ait une certaine facilité à se tourner, d’où résulteront encore des formes déterminées dans les os qui le composent ; mais les os de l’avant-bras, s’articulant sur l’humérus, ne peuvent changer de forme sans entraîner des changements dans celui-ci. Les os de l’épaule devront avoir un certain degré de fermeté dans les animaux qui emploient leurs bras pour saisir, il en résultera encore pour eux des formes particulières. Le jeu de toutes ces parties exigera dans tous leurs muscles de certaines proportions et les impressions de ces muscles ainsi proportionnés, détermineront encore plus particulièrement les formes des os.
» Il est aisé de voir que l’on peut tirer des conclusions semblables pour les extrémités postérieures
qui contribuent à la rapidité des mouvements généraux, pour la composition du tronc et les formes des vertèbres, qui influent sur la facilité, la flexibilité de ces mouvements ; pour les formes des os du nez, de l'orbite, de l’oreille, dont les rapports avec la perfection des sens, de l’odorat, de la vue, de l’ouïe sont évidents. En un mot, la forme de la dent entraîne la forme du condyle, celle de l’omoplate, celles des ongles, tout comme l'équation d’une courbe entraîne toutes ses propriétés ; et de même qu’en prenant chaque propriété séparément pour base d'une équation particulière, on retrouverait, et l'équation ordinaire, et toutes les autres propriétés quelconques, de même l’ongle, l’omoplate, le condyle, le fémur, et tous les autres os, pris chacun séparément, donnent la dent ou se donnent réciproquement, et en commençant par chacun d’eux, celui qui possèderait rationnellement les lois de l’économie organique pourraitrefaire tout l’animal»[p.98-102](1).
(1) Il ne faut pas oublier cependant que les corrélations, si étroites qu'elles soient, ne sont pas absolues et nécessaires jusque dans les moindres détails. Elles comportent des degrés, la coordination est plus ou moins parfaite, il y a une certaine laxité dans le type d'«animal fonction » réalisé ; et cela se comprend aisément, car une corrélation trop serrée, une différenciation poussée à l'extrême, ne seraient guère compatibles avec les multiples conditions de vie que rencontre tout être vivant, même très spécialisé. Mais ces réserves, jointes à celles indiquées plus haut (p. 91), étant faites, l'idée de corre-
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