CHAPITRE V
du mésoderme (le néphrotome pour RaBL) et forme des bourgeons d’abord bien distincts, les sclérotomes, qui se placent d'emblée en dedans de la protovertèbre dont la lame médiale se transforme tout entière en muscles. Chez les Amniotes, l’évolution de la protovertèbre est donc un peu différente de ce qu’elle est chez les Poissons. Il se forme en outre chez eux de très bonne heure une quantité de mésenchyme énorme par rapport à ce qu’elle est chez les Poissons, — faisant prévoir limportance future du squelette mésenchymateux par opposition à celle de la corde. — En un mot le développement des deux squelettes montre, dès le début, des différences frappantes et elles ne font que s’accentuer avec l’âge. Toutes ces différences sont dues à la cénogenèse, dirat-on? Soit, mais alors le parallélisme n’est qu'idéal, les termes seuls qui désignent les différents stades en les schématisant se correspondent, les stades eux-mêmes ne se répètent point. Nous verrons d’ailleurs plus loin que la succession de ces stades a sa raison d’être dans la nature même et dans les propriétés des tissus quilescaractérisent, et qu’elle peut s'expliquer tout naturellement sans la moindre répétition de la phylogenèse.
Mais voici un autre exemple; on sait que le cœur de l'Homme est d’abord représenté comme celui des Poissons par un simple tube courbé en anse et subdivisé en trois loges consécutives, l’oreillette qui reçoit le sang du sinus veineux, le ventricule et le bulbe. Chez les Amniotes, le cœur se dédouble par
112 UN PROBLÈME DE L'ÉVOLUTION cloisonnement de ses cavités et comprend un cœur droit et un cœur gauche. Le cloisonnement commence à s’opérer chez les Poissons pulmonés (Dipneustes) et chez les Amphibiens, il porte d’abordsur l'oreillette. Chez les Reptiles, le ventriculecommence à se diviser à son tour par une cloison. Cette cloison achevée, le ventricule unique primitif est partagé en deux ventricules complètement distincts. Dans la plupart des Reptiles, la cloison ne se développe pas complètement et les deux ventricules communiquent plus ou moins largement entre eux par un orifice appelé orifice interventriculaire. Or, dansle développement ducœur des Mammifères on observe un stade où les deux ventricules communiquent entre eux par un orifice interventriculaire. Naturellement on a regardé cette disposition comme représentant le stade reptilien du cœur des Mammifères, mais c’est une comparaison bien superficielle, comme vont le faire voir les observations suivantes, empruntées aux belles études de À. SABATIER (1873).
Il y a bien chez les Reptiles un orifice interventriculaire, mais leur cœur est en même temps disposé d’une manière particulière. Tandis que chez les Mammifères, le bulbe se divise seulement en deux troncs continuant l’un le ventricule droit (artère pulmonaire), l’autre le ventricule gauche (aorte), il se divise en trois chez les Reptiles : une artère pulmonaire et deux crosses aortiques, l’une droite et l’autre gauche. L’extrémité ventriculaire de ces crosses s'ouvre pour toutes deux dans la partie droite