CHAPITRE V
bryon, un rudiment de crosse gauche (1),il y aurait donc ici un rappel de l’état reptilien, mais les choses ne sont pas aussi simples qu’elles le paraissent, si l’on veut continuer la comparaison. En effet, chez les Oiseaux où il y a deux ventricules, la crosse aortique droite s’ouvrant dans le gauche, l'artère pulmonaire dans le droit, cette disposition peut très bien se déduire de celle des Reptiles avec la disparition de la crosse aortique gauche. Mais chez les Mammifères, où les deux ventricules sont également distincts, l'aorte qui représente la crosse gauche s’ouvre également dans le ventricule de même nom, de sorte que son orifice ventriculaire a dû se transposer, ou bien la cloison ventriculaire des Oiseaux n’est pas homologue à celle des Mammifères, et celle-ci est une formation nouvelle, ne dérivant pas directement de celle des Sauropsidés.
On voit combien les choses sont plus compliquées qu’on ne l’imagine, et cependant les rapprochements opérés sont si peu approfondis, que l’on compare généralement le trou interventriculaire au pertuis de Panizza qui n’est pas interventriculaire mais interaortique. Cette confusion soigneusement évitée il y a longtemps déjà par SABATIER, qui a longuement établi les homologies de l’orifice interaortique et signalée récemment par HOCHSTETTER (1901, p. 37) se retrouve encore dans le Précis d’embryologie de
(1) Voyez HocnsTETTER 1901-03, p. 102.
116 UN PROBLÈME DE L'ÉVOLUTION Osc. HERTWIG (1906) et dans le Traité d’embryologie de R. BONNET (1907).
En réalité, il n’y a point dans l’évolution du cœur des Mammifères de répétition du cœur reptilien. Le cœur d’un Mammifère n’est pas un cœur de Reptile complètement cloisonné, mais un autre cœur, il n’a Jamais deux crosses aortiques et la ressemblance apparente que ses deux ventricules imparfaitement séparés présentent momentanément avec les ventricules communiquants des Reptiles est due simplement au mode de développement de la cloison, qui ne se fait pas brusquement et d’un seul coup, mais d’une manière progressive.
Un dernier exemple fera bien voir combien le parallélisme est souvent insuffisamment établi. Il y a quelques années (1902), Miss FLORENCE SABIN a décrit le développement du système lymphatique des Mammifères de la manière suivante: en quatre points du système veineux, à l'embouchure des veines des membres sur les veines cardinales, se forment des diverticules creux qui émettent un certain nombre de {troncs lymphatiques lesquels se ramifient abondamment et fournissent tous les vaisseaux lymphatiques de l’économie. L'auteur n’a pas hésité à regarder ces diverticules initiaux comme représentant les cœurs lymphatiques antérieurs et postérieurs de la Grenouille et leur conserve ce nom bien qu’il reconnaisse dans un travail plus récent (1905, p. 356) qu’à aucun moment de leur développement ils ne possèdent de paroi musculaire ! Pourquoi cette dénomination ?
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CHAPITRE V 117 Parce que lorsque FL. SABIN a cru observer l’origine du système lymphatique sur quatre points distincts du système veineux placés à peu près comme les cœurs des Batraciens anoures, pleine de confiance dans la loi biogénétique, elle a conclu que ce devait bien être la véritable origine de ces vaisseaux, puisque ce stade du développement reproduisait l’état permanent d’un Vertébré inférieur. Et une fois entrée dans ce cercle vicieux, la théorie confirmant les observations embryologiques qui à leur tour venaient à l’appui de la théorie, elle n’a plus aperçu les points faibles d’une observation qui paraissait concorder si bien avec les idées régnantes. Naturellement ses lecteurs ont fait comme elle et cité cette ontogenèse du système lymphatique comme une nouvelle preuve, inutile d’ailleurs, tant on en voyait partout, de cette grande vérité que l’ontogenèse répète la phylogenèse. Moi-même j'ai répété cet exemple comme d’autres, dans le résumé d’Embryologie de l’Anatomie humaine de TESTUT.
Si nousrevenons à notre exemple, voyons — sans nous préoccuper d’ailleurs de l'exactitude des données de FL. SABIN et sans exposer les recherches ultérieures très discordantes de LEwWIS (1906) qui nie [p. 110] la présence de cœurs lymphatiques chez les Mammifères, — jusqu’à quel point on était fondé à chercher dans les premiers stades du développement du système lymphatique des Mammifères une disposition semblable à celle des Grenouilles. On peut d’abord supposer que le système lympha-
VIALLETON. Problème évolution. 8
tique ne s’est pas formé d’emblée avec les caractères qu’il offre aujourd’hui chezles Batraciens, il a dû être précédé par des formes plus simples que l’on peut entrevoir en songeant au système lymphatique des Sélaciens. Ensuite, il faut remarquer que la présence de cœurs lymphatiques antérieurs paraît très particulière aux Amphibiens anoures; elle ne se rencontre pas chez les Reptiles dont la majeure partie des lymphatiques débouchent directement dans les jugulaires sans l’intermédiaire des cœurs axillaires, tandis qu’il existe en arrière des cœurs postérieurs. L'existence de cœurs axillaires n’est donc pas un fait général, une propriété fondamentale du système lymphatique, elle est peut-être en rapport chez les Anoures avec la forme irrégulière des vaisseaux lymphatiques qui est très défavorable à la circulation de la lymphe et nécessite des organes propulseurs particuliers. Voici donc encore un cas de parallélisme qui, vu de près, se montre absolument sans valeur.
La vraie nature de ces séries embryologiques sera mieux comprise sinous examinons maintenant quelle signification il convient d’attribuer aux organes embryonnaires des animaux supérieurs, comparativement aux mêmes organes développés dans les animaux inférieurs. OscAR HERTWIG a insisté sur ce sujet dans son article déjà cité (1906). « Les généalogies, dit-il[p 168], comprennent un nombre d’autant plus grand de stades qu’elles sont plus éloignées de leur point de départ ; par conséquent, les formes finales