‹ Un problème de l'évolution; la théorie de la récapitulation des formes ancestrales au cours du développement embryonnaire (loi biogénétique fondamentale de Haeckel)Chapitre 58 sur 111 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ne se confond pas avec une simple adaptation fonctionnelle parce qu’elle n’entraîne pas, au moins au début et dès son apparition, des changements de fonction en rapport avec sa haute portée morphologique. Lorsque, par exemple, apparaît le cou chez les Amniotes, cette région spéciale qui prendra chez les Oiseaux et chez la plupart des Mammifères une si grande importance est si restreinte chez les Reptiles inférieurs qu’elle ne leur donne sûrement pas un nouvel avantage. Mais cependant elle a une valeur morphologique de premier ordre, parce qu’elle est liée à une foule d’autres dispositions que nous exposerons plus loin.

D'ailleurs, le type Vertébré n’est pas changé parce qu’un cou est apparu; la structure des appareils et leurs rapports essentiels restent les mêmes, mais l’ensemble de l’organisme présente un groupement nouveau de ses différentes parties. L'ordre de superposition des systèmes nerveux, squelettique et digestif reste ce qu’il était, rien n’est pour ainsi dire changé dans les rapports des organes vus sur une coupe transversale, mais il n’en est plus de même si l’on regarde la distribution, le long de l’axe longitudinal du corps, des viscères contenus dans la cavité générale et la disposition corrélative des diverses sections de cette dernière. Les subdivisions du cœlome (péricarde et péritoine) sont autrement disposées chez les Amniotes que chez les Ichthyopsidés, et cet arrangement nouveau des parties internes entraîne des modifications importantes dans leur structure, en

même temps qu’il permet la formation de régions mieux séparées les unes des autres, plus indépendantes et douées par suite d’une plus haute valeur fonctionnelle.

(a) Pour étudier l’architecture des Vertébrés, examinons d’abord un embryon de Sélacien, de Torpille par exemple, au stade K de BALFOUR, c’est-à-dire au moment où toutes les fentes branchiales sont formées (voy. fig. 1, pl. I). Le choix de cet exemple se justifie par les caractères mêmes de ce groupe, qui est évidemment très primitif. Cet embryon possède une tête dans laquelle les vésicules cérébrales sont déjà bien indiquées, une bouche, une région branchiale, un tronc et une queue. Immédiatement en arrière de la région branchiale et à la face ventrale du tronc est attaché un large conduit qui mène sur la vésicule ombilicale (cordon ombilical). Voyons sur ce petit animal les rapports de la cavité viscérale avec l'extrémité antérieure. Celle-ci est constituée essentiellement par le cerveau et par les arcs branchiaux. Le cerveau présente déjà la courbure apicale; les organes des sens, œil et oreille, sont encore très peu développés. Les arcs branchiaux sont limités strictement à la paroi latérale de l'extrémité céphalique. Ils forment comme des bandes successives découpées dans l'épaisseur de cette paroi par les fentes branchiales. Les deux moitiés, droite et gauche, du premier arc semblent se réunir entre elles sur la ligne médiane ventrale et former ainsi la paroi ventrale du corps en arrière de la bouche, mais en réalité cette

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