Déclaratiun de Pierre Chrétien
COMITÉ DE SÛRETÉ GÉNÉRALE ET DE SURVEILLANCE DE LA CONVENTION NATIONALE
Du 13 du mois frimaire, l'an 2 de la République,
S'est présenté le citoyen Pierre Chrétien, délégué par la Convention nationale aux Isles du Vent, demeurant actuellement grande maison Vauban, riie de la Loi, lequel nous a déclaré que la notoriété indique que la femme ii^" Amaranthe tenait depuis longtems une partie de jeux de hazard, et que sa maison, placée au n° 50 du Palais-Royal, était le réceptacle de tous les plus madrés contre-révolutionnaires et escrocs, que, quelques temps après l'entrée de l'Assemblée Législative et à l'époque où le citoyen Chabot, l'un de ses membres, eut acquis le crédit du patriotisme, Desfieux, qui était un des principaux souteneurs de la banque S*^ .Amaranthe, s'empara de lui afin d'assurer, plus particulièrement et plus positivement sans doute, tous les projets qui se concertaient dans cette maison ; qu'à cette même époque, Chabot commença ses liaisons avec Desfieux, fut passer des soirées chez lui et bientôt après fut manger la soupe très souvent chez la S*^ Amaranthe ; la même notoriété indique que les orgies et les tripots qui se faisaient chez cette femme ont
(1) Réponse de Proly, belge uni, aux calomnies répandues contre lui par la temme d'un émigré et par deux de ses acides.
été très souvent dénoncés aux comités de Sûreté générale de l'Assemblée Législative et de la Convention nationale, mais que toutes ont restées sans effet, parce que Chabot, qui était alors membre du comité de Sûreté générale et qui avait des espions au nom et à la solde de la S*^ Amaranthe qui environnaient régulièrement ce comité, la faisait avertir de cesser sa partie pour deux ou trois jours, on assure même que le fils de la S'^ Amaranthe était un de ses espions ; le déposant affirme que Desfieux lui a dit à lui-même que la S'^ Amaranthe avait des gens à sa solde afin de sçavoir ce quïl pouvait se passer de contraire à ses intérêts, et cette déclaration n'a été faite par Desfieux au déposant qu a raison de ce que ce dernier lui disait qu'il le regardait comme un intrigant et indigne de la confiance publique. La même notoriété assure que la S'^ Amaranthe a marié sa fille avec ,1e fils de Sartine, ex-ministre de la marine ; que ce Sartine était un des souteneurs du tripot de la S*® Amaranthe, sa belle-mère ; que Desfieux allait très souvent avec lui manger chez la ii^" Amaranthe et la recevait chez lui tous les soirs, avec Proli, Pereyra et Dubuisson, elle assure encore que ledit Sartine avait son domicilie dans la même rue et dans le voisinage de celui de Desfieux ; il est aussi de notoriété que le citoyen de service auprès de Desfieux allait tous les mois, au nom de ce dernier, recevoir chez la S*^ Amaranthe tantôt deux mille livres, tantôt cent louis, et quelquefois mille écus ; ce qui faisait croire que cette variation prenait sa cause dans la variation de produit de la banque, et sur le reproche qui en ont {sic) été fait à Desfieux par des hommes qui le suspectait {sic , il a répondu que c'était le prix de la livraison du vin qu'il avait fait à cette maison dans chaque mois. Desfieux a également répondu aux reproches qui lui étoient faits d'aller manger souvent chez la S** Auiaranthe et d'y avoir introduit Chabot de la manière suivante :
Je n'ai jamais été manger non plus que Chabot chez
cette femme, mais j"ai très souvent mangé dans sa maison avec Augane, son ami, qui prenait de moi le vin de Bordeaux nécessaire à la consommation de la maison S*^ Am.aranthe et, quoique je sçu bien qu'il y avait un tripot dans cette maison, ce n"était pas un m.nlif pour m'empêcher d'y aller, attendu que je mangeais dans un salon séparé de celui oîi était la partie de jeu et que là j"étais seulement avec Augane sans que la S*^ Amaranthe jiarùt jamais.
Le déclarant affirme que cet Augane est un cy-devanl chevalier de S* Louis et qu'il vit avec la S*-* Amaranthe depuis plusieurs années. (Archives nationales,
Chrétien.
Si les comités avaient voulu tirer au clair les relations de Chabot et de Desfieux avec la Sainte-Amaranthe, ils l'auraient fait arrêter et l'auraient confrontée avec Chrétien et avec Cheibot et Desfieux. Mais ils avai'ent probablement leur siège fait. Ils ne donnèrent aucune suite pour l'instant à la dénonciation de Chrétien. La Sainte-Amaranthe resta en liberté jusqu'au 18 nivôse, date à laquelle elle fut incarcérée avec son fils, son gendre Sartine, sa fille, etc. (D.
Bien des indices laissent croire que les comités témoignaient de l'indulgence à Chabot et aux siens.
Un petit parent et ami de Chabot, Glandy, receveur des postes à Saint-Geniez, avait été trouvé chez Chabot au moment de son arrestation. Il avait sous'trait aux policiers trois lettres qu'ils voulaient saisir en disant qu''eilles lui appartenaient. Il en avait déchiré une en miettes. Il fut cependant laissé en liberté jusqu'au 14 frimaire. La sœur de Chabot, qui était venue assister à son mariage, se trouvait à Paris. On ne l'interrogea pas. Elle put circuler librement.
De sa prison, Chabot écrivait lettres sur lettres aux comités, à Robespierre, à Danton, à Merlin de Thionville, pour protester contre son arrestation, contre sa mise au secret, pour demander aide et protection.
(1) Archives nationales, F'' /iTT'i*'.
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