Lellre de Pereira à Hobespierre
Tu as obtenu ce que tu mérites, la confiance de tes concitoyens ; ta dénonciation contre moi aux Jacobins m'a fait obtenir plus ({ue ce que je mérite : la prison à Sainte- Pélagie. On a trompé ta justice. Je n'ay d'autre regret que celui de penser à la peine que lu ressentiras d'avoir mis la désolation dans l'âme d'une mère et de m.es deux enfans qui sçavent que je n'ay jamais suivi que tes principes et qui, pour mon bonheur, les ont adoptés ainsi que tout ce qui m'entoure. Hébert, dans le conseil général de la Commune, le 2 frimaire, paraît me faire entrer dans un complot à dénoncer les patriotes. Absent depuis six semaines dans le Nord, chargé d'une mission par le ministre des affaires étrangères, je ne pouvois pas agir à Paris contribuer à une pareille horreur. Je mets au deffi tout homme qui oseroit avancer que la moindre de mes actions ni propos depuis la Révolution ne fussent Iles mêmes que tu avouerois toi-même. On doit donc les passer au creuset et à l'eau forte,'voilà ma demande. Tu m'as tué, c'est ma seule consolation, mon cher Robespierre. Faismoi interroger et je suis assuré que tu seras mon deffenseur officieux et que tu me rendras la vie. Robespierre, fais pour Pereyra ce que Pereyra fairait [sic) pour Robespierre s'il était à sa place. Salut et fraternité.
De la prison de Sainte-Pélagie, le 5 frimaire, deux de la République.
(1) Archives nationales. F'' 4672. Sur Proli, Dcsfieux, Pereira, voir mes livres La Révolution el les Etrangers et Danton et la Paix.
Mais Robespierre ne voulait rien entendre. Pereira et Desfieux étaient les amis de Proli et raction souterraine de Proli hantait les imaginations.
Proli restant introuvable, on interrogea ses proches, ses relations. Le 4 frimaire, l'ancien agent de change Pierre Boucher déclara qu'^ avait reçu plusieurs fois Proli à sa table avec des patriotes comme Saint-Just, Bentabole, Chaudrou- Housseau, Fabre d'Eglantine, Richer de Sérizy, Dubuisson, Desfieux, Pereira, mais il affirma qu'il ne connaissait ni Batz, ni Benoît, ni Simon, ni Duroy, ni Boyd (D.
Un autre banquier, iNicolas-Joseph-Joachim de Busscher, bruxiellois comme Proli, interrogé le 6 frimaire, déclara qu'il avait rencontré Proli, il y avait une dizaine d'années, chez l'ambassadeur d'Autriche Mercy-Argenteau, et que depuis il s'était lié avec lui et cela d'autant plus naturellement que Proli logeait comme iui au Palais-Royal. Il reconnut qu'il voyait aussi Proli le soir, chez Desfieux, et qu'il rencontrait . à ces réunions les agents de change Lafaye et Coindre, le député Bentabole et Pereira. Mais il eut l'imprudence d'avouer qu'il connaissait Sainte-Foy, l'oncle de Talon, ancien agent de la liste civile, le banquier Tassin qu'on soupçonnait d'inlelligences royalistes. Le lendemain, De Busscher était perquisitionné. On découvrait dans sa correspondance des lettres de Gemsonné, Vergniaud, Guadet, Grangeneuve, de Catherine IL Immédiatement il était écroué à Sainte-Pélagie et dénoncé a l'accusateur public (2).
Le 7 frimaire, l'agent de change Jean-Claude Moynat révélait simplement que Proli avait composé un discours que Desfieux avait prononcé à une cérémonie en Tlionneur de Marat.
Tout cela n'avait que de très lointains rapports avec la dénonciation de Chabot et de Basire ^eit avec l'affaire en suspens. De sa retraite, Proli essayait d'émouvoir les Jacobins en sa faveur. Il se prétendait la victime des vengeances particulières du peintre Sambat, grand ami de Fabre d'Eglantine, qui vivait, disait-il, avec la femmie d'un émigré, une dame Violet, qui ne lui pardonnait pas quelques plaisanteries qu'il avait faites sur son compte. Il rappelait que son dénonciateur Chabot
(1) Archives nationales, W 76.
(2) kl., W 7(i l'I F' 466'f. De Busscher fut remis en libertJé le 4 vendémiaire an 3.
1*76 l'affaire de la COMÏ'AGNIE des INDES
avait fait autrefois son éloge. Il se défieiidait d'être autrichien, il était belge, il étalait ses services patriotiques. Il invoquait l'appui d'Hébert et de Bentabole (D. S'ambat répliquait à Proli aux jacobins le 11 frimaire. L'affaire allait-elle se dissoudre en une pluie de récriminatdons personnelles ?
Plus sérieuse et plu^ digne d'attentioj;i était la déclaration que reçut le comité de Sûreté général', à la date du 13 frimaire, sur Cliabot et Desfieux et leurs relations avec un tripot mal famé tenu par les dames de Sainte-Amaranthe.