‹ Un proces de corruption sous la terreur; l'affaire de la Compagnie des IndesChapitre 46 sur 94 · Le débat du lô [riinaire à ta Convention · texte numérisé non relu

Le débat du lô [riinaire à ta Convention

Amar. — Nous devons le dire. Il est important de prendre des mesures pour arrêter ces folliculaires aux gages des ennemis de la république ; ces hommes perfides et ambitieux qui, par des opinions exagérées dans les tribunes, aux sociétés populaires, cherchent à se mettre entre le peuple et vous. Ces audacieux seront démasqués. Ils tremblent aujourd'hui. Vos comités feront leur devoir, nous ne respectons personne (on applaudit).

Quand la Convention s'est inmiortalisée en faisant

(1) Il est remai-qualjle que le cumité de Salut publii; fit droit sur le champ au désir manifesté par Danton. Le 6 frimaire, Barère écrivait en son nom au comité de Sûreté générale p(jur provoquer une réunion des deux coniiliés le soir même, et cette réunion avait pour objet d'établir les bases du rapport sur l'affaire. (Tuetey. Répertoire, t. XI, n° ^8.)

périr des tyrans qui abusaient de leur caractère et de leurs moyens pour tuer la liberté ; quand nous avons eu le courage et l'énergie de démasquer les conspirateurs qui étaient au milieu de nous, laisserons-nous des particuliers sans mission, sans autorité, usurper celle du peuple ? Non, quelle que soit leur exaltation, nous dévoilerons leurs manœuvres.

Nous vous devons jour par jour compte de notre conduite. Le Comité vous doit la vérité, il vous la dira. Comptez toujours sur le itatriotisme qui anime vos comités de Salut public et de Sîireté générale. La calomnie s'est attachée au premier, composé des meilleurs patriotes de la Montagne ; on persécute le comité de Sûreté générale. On veut vous perdre en vous divisant. Nous déjouerons toutes ces intrigues, les preuves arrivent tous les jours ; mais, pour mettre de l'ordre dans ce travail, et vous présenter un résultat digne de vous, il faut nous donner le temps nécessaire, voilà tout ce que nous demandons (on applaudit).

Merlin de Thionville. — La république est impérissable, le peuple est immortel ! Les comités font leur devoir, la Convention sauvera la liberté. Quoi ! lorsque le despote est tombé sous nos coups, nous n'écraserions pas ces vils intrigants qui veulent se mettre à sa place ! Représentants du peuple, marchez à grands pas dans la carrière que la -Révolution vous a ouverte. Les comités de Salut public et de Sûreté générale ont fait arrêter deux de nos collègues avec lesquels, moi troisième, dans l'Assemblée législative, j"ai travaillé à la destruction de la tyrannie. Je demande (ju'il soit permis à leur collègue de démontrer leur innocence, et, pour y parvenir, que chacun de nous ait la liberté de les aller voir au Luxembourg en montrant sa carie de député. Ils ne sont point dénoncés mais dénonciateurs et les coupables machinent encore impunément.

Montant. — Je no sais pas par quel motif nous serions déterminés à rendre un décret particulier pour Bazire et

(lliabut. Ils furent mes amis : je suis prêt à leur rendre mon estime et mon amitié dès que leur innocence sera clairement démontrée ; jusqu(e-!là je nvoppose à toute mesure particulière. Si vous adoptez aujourd'hui celle que Merlin vous propose, il m'est difficile de trouver un iiidlif plausible pour vous cmix'cher de permettre à tous les citoyens de Paris de voir ceux de leurs amis qui sont détenus. L'égalité doit être la base de toutes nos lois. Je ne crois pas que nous puissions, avant un examen aj)profondi de la conduite de Hazire et ntiabot, rendre le décret qui nous est proposé, car, je le répète encore, ils ne sont à mes yeux que de simples individus, jusqu'à ce que le rapport du comité de Sûreté générale et les pièces qu'il nous soumettra aient fixé notre opinion. Je demande la question préalable sur la proposition de Merlin.

Merlin, de Thionville. — Je dois faire observer à Montant que Bazire et Chabot ne sont pas dénoncés, mais dénonciateurs. Il ne peut être défendu à personne de voir des dénonciateurs.

Aniar. — Je dois annoncer à la Convention que le comité de Sûreté générale, professant, Jes principes de l'égalité la plus parfaite, n'a jamais entendu rien faire préjuger en faveur ou à la charge de qui que ce soit. Il veut s'éclairer avant tout et se diriger par les vues sévères de cette justice qui fonde les républiques et dont l'exercice continu est la garantie de la liberté et de la sûreté du peuple. Je ne pense pas que la motion de Merlin puisse être adoptée. Bazire et Chabot ont été mis au secret par mesure de sûreté générale, dans la crainte que l'obsession qu'ils pourraient essuyer de la part de quelques intéressés ou de quelques prévenus ne parvînt à tes faire dévier plus ou moins de l'exacte vérité. Voilà le motif que j'oppose à la proposition de iMerlin. Au reste, nous verrons demain les prisonniers pour conférer avec eux, et nous ferons le rapport de ce que nous aurons recueilli dans nos entretiens avec eux.

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Merlin retire sa motion. La ('convention l'écarté en passant à l'ordre du jour. {Moniteur du 16 frimaire an 2.)

Ce débat du 15 frimaire témoigne nettement des préventions que nourrissait Amar contre les démagogues qui se rattachaient au parti hébertiste. C'était contre eux qu'il faisait porter tout l'effort de son enquête, conformément aux directions du précis que lui avait remis Fabre d'Eglantine. De l'affaire financière il n'avait pas dit un mot.

Il n'avait repoussé que faiblement l'intervention de Merlin de Thionville en faveur de Basire et de Chabot. Les témoignages graves que les débuts de l'enquête avaient permis de recueillir contre celui-ci ne semblaient pas avoir fait d'impression sur lui. Il se défendait d'avoir unie opinion.

Mais il est à remarquer aussi qu'Amar avait protesté contre luie manœuvre qui avait été tentée, à T'en croire, pour diviser les deux comités. Il avait parlé d'une persécution contre le comité de Salut public. Ce qu'il n'avait pas dit, mais ce qui se réalisa la semaine suivante, c'est que les Indulgents, c'est que les amis de Chabot, rêvaient déjà de renouveler le comité de Salut public, pour en exclure l'élément hébertiste ou simplement terroriste. La manœuvre, tentée le 22 frimaire, faillit réussir. Elle n'échoua le lendemain que par le refus de Robespierre de s'y associer (D.

Les dénonciations de Chabot et de Basire étaient, dès l'origine, exploitées par un parti.

(1) Voir les séances de la Convention des 22 et 23 frimaire et les notes de Kot)espierre contre les Dantonistes.

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