L* ARRESTATION DE FABRE D'ÉGLANTINE
Desmoulins et coopéré à ses numéros. 11 prétendit qu'il ne connaissait Philippeaux et Bourdon de l'Oise que pour les avoir vus en public. Son apologie fit mauvaise impression, sans doute parce qu'il n'osa pas revendiquer nettement la responsabilité d'avoir fait incarcérer Vincent, Ronsin, Mazuel et les meneurs hébertistes qu'il avait dénoncés dans le secret des comités dès le début d'octobre, li parut plaider les circonstances atténuantes. Un citoyen l'interrompit par le cri : A la guillûtitie ! Robespierre réprimanda ce citoyen. Fabre roinit la parole, mais l'assemblée, peu satisfaite de ses expiica lions, s'écoula peu à peu.
Kubespierre, ce jour-là, avait pris possession des Jacobins. Il avait flétri les fripons partagés en deux camps. Il avait démasqué Fabre. Si on veut connaître toute sa pensée, il faut compléter son discours du 19 nivôse par le rapport qui a été trouvé dans ses papiers et que Courtois a publié après le 9 Ihermidor sous le titre inexact de « Discours sur la faction l'"abre d'Eglantin.j », titre inexact,, car il y est question aussi (le la conspiration des ultras (D. Robespierre y a crayonné un portrait terrible de Fabre d'Eglantine, dont je ne veux extraire que ce court passage : « Un motif plus puissant enfure le portait à cabaler contre le comité de Salut public ei. eonîre le ministre de la guerre [qui avait révocjué son frère le général l''abre-l''ond] ; sans compter le désir astaioieux de placer à la tète des affaires ses amis et lui-môme, il était tourmenté par la crainte de voir la main sévère des patriotes (li'chirer le voile qui couvrait ses criminelles intrigues pt sa Cl implicite dans la conspiration dénoncée par Chabot et Hasire. »
L'arrestation de Fabre d'Eglantine traîna quatre jours oncnre après le discours où Robespierre l'avait exécuté aux .Jacobins. Il est probable qu'un dernier incident triompha enfin des hésitations des comités.
T.e IS nivAsp. 1p comité de Sûreté générale avait ordonné rjirreslation d'un publiciste, Jacques-Marie Boyer-Brun, qui rédigeait les Annales de la République et le Journal des Spectacles. Originaire de Nîmes, Boyer-Brun avait connu Fabre
(1) Rapport (\o r.ourtnis. die nivôse a,n III, au nom do la commissinn chnrffw' do l'oxamon des papitT.s IrnuvAs oliez Robespiorro, pp. lî>^-,'ll.
d'Eglantine dans cette ville, une divine d'années auparavant, alors que Fabre y dirigeait la troupe de comédie. Fabre avait repris ses relations avec Boyer quand il était venu à Paris, bien qu'il sût que Boyer, très catholique, était de cœur avec les royalistes. Alors qu'il était procureur de la Commune de Nimes, il avait publié dans le Moniteur du 27 octobre 1790 une longue diatribe contre les Jacobins et les protestants de son pays et les avait nettement accusés d'avoir massacré un grand nombre de catholiques désarmés au cours des troubles religieux dont Nîmes avait été le théâtre. Au début de nivôse, quand les Hébertistes avaient repris l'offensive contre les Indulgents, Fabre avait fait venir Boyer et quelques autres Nlmois qui habitaient Paris et il leur avait demandé de rédiger pour lui des notes contre les fédéralistes du Gard. Boyer, aidé de son ami D'Hours, de la veuve Gaz et de sa fille, d'un certain Espérandieu, s'était mis à la besogne avec joie. Il s'était fait documenter par un ex-chanoine du nom de Seguier, Les notes, qui arrangeaient de la belle façon les protestants du Gard et qui mettaient en cause Voulland, avaient été remises à Amar, sur les conseils de Fabre, qui comptait sans doute par ce moyen semer la division parmi les membres du comité de Sûreté générale, en les mettant en défiance contre Voulland, leur collègue. Mais Fabre obtint de cette manœuvre un résultat tout différent. Amar, après avoir lu les notes accusatrices, convoqua à son domicile, 28, rue Neuve-des-Mathurins, les témoins de Fabre, D'Hours, la veuve Gaz et sa fille, et Boyer. Il les garda de 9 heures à minuit. C'était le 17 nivôse. Il fut probablement édifié par ce qu'il apprit, car, dès le lendemain, il faisait signer au comité un mandat d'arrestation contre ceux qu'il venait d'entendre. Le mandai ne fut exécuté que le 23 nivôse par l'agent Héron. Ce jour même, rendez-vous avait été pris chez te restanratetir à la mode, Méot, entre Fabre et ses agents, Espérandieu et Boyer, qu'il avait invités à dîner en compagnie des députés lîiivèie et Poiiltier. Il est probable que, du 18 au 23 nivôse, une filature avait été organisée par les soins de la police qui connaissait le rendez-vous pris chez Méot (D.
(1) Voir, aux archives nationales, les dossiers F' 4615 et F'' 4428 (interrogatoices de Jacques-Marie Boyer, d'Hours. Avo\"e Paviet, femme Costard, maîtresse de Boyer. Boyer père, Margu<'ritte Oas ''ou Gaz), etc.