‹ Un proces de corruption sous la terreur; l'affaire de la Compagnie des IndesChapitre 59 sur 94 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

l'arrestation de fabre d'eglantine

Depuis le jour où rinterrogatoire de Delauiiay avait obligé les commissaires enquêteurs à examiner de près le décret de liquidation de la compagnie des Indes, le rôle de Fabre d'Eglantine leur était apparu de plus en plus suspect. En chargeant le seul Amar de continuer l'instruction, par leur arrêté du G nivôse, ils avaient déjà exclu Fabre de la connaissance des nouveaux témoignages à recueillir.

Fabre était déjà soumis à l'enquête des Jacobins, depuis le 3 nivôse, pour ses responsabilités dans l'arrestation des meneurs hébertistes. Se sentant perdu, il crut de bonne guerre de s'abriter derrière le grand nom de Marat. Il brossa, à la hâte, un Portrait de Marat qui parut chez le libraire Alaradan, le 17 nivôse (D. Il y peignait l'Ami du peuple sous les traits d'un homme de gouvernement qui détestait les excès et Vochlocratie, c'est-à-dire le gouvernement des foules, plus encore que la monarchie et l'aristocratie. <( Ceux qui méditent ce qui nous reste de ce Patriote, disait-il, verroni qu'il abhorrait autant l'arislocralie que la monarchie, et l'ochlocratie encore plus que les deux premières espèces de guuvernement ; mais il verront aussi, presque à chaque ligne de ses discours, que si la démocratie était le but de ses désirs et de ses travaux, il la voulait largement combinée et fortement gouvernée. » La démocratie fortement gouvernée et méfiante des foules, c'était, bien entendu, la démocratie selon le vœu des Dantonistes, c'est-à-dire le régime des profiteurs et des satisfaits.

Violemment pris à partie par Collot d'Herbois, aux Jacobins le 16 nivôse, pour ses liaisons avec Philippeaux, Fabre n'avait pas répondu à son accusateur. Sommé par le club, deux jours

(1) La brochure est annoncée dans le Moniteur <lu 1S nivôse comme parue de la veille.

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plus tard, de paraître à la tribune et de s'expliquer, Fabre avait continué de faire le mort.

Battus aux Jacobins, les Indulgents étaient plus heureux à la Convention. Ils réussissaient, le 18 nivôse, à obtenir un vote en faveur de W'esterniann que le comité de Salut public venait de destituer. Par une exception à la loi qui ordonnait l'arrestation des fonctionnaires destitués, l'Assemblée décréta que Westermann resterait en liberté. Le même jour une dénonciation était portée au comité de Sûreté générale contre le général Boulanger, le second d'Mamiut, en qui Robespierre avait confiance.

Robespierre prit prétexte le même jour, 18 nivôse, de la dénonciation contre Boulanger, pour attaquer avec véhémence aux Jacobins « les nouveaux Brissotins, plus dangereux, plus perfides et plus plats que les anciens ». " 11 est parmi nous, continua-b-il, des patriotes que l'on vexe ; nous ne pouvons pas les délivrer de la persécution, car il est aussi parmi nous des fripons qui mettent, tant qu'ils peuvent, des obstacles au bien que nous voudrions faire et qui y réussissent quelquefois : mais leurs succès éphémères passeront : la république doit triompher de toutes les cabales, el chaque patriote se rangera sous ses drapeaux. » Quels étaient ces (ripons qui vexaient les patriotes el qui empêchaient le comité de Salut public de les délivrer de la persécution ? Il n'est pas possible de ne pas songer à Fabre d'Eglantine, cpii avait dénoncé Ronsin, Vincent et Mazuel. Robespierre mettait sur la même ligne la dénonciation contre Boulanger. 11 savait évidenmient que Fabre venait d'être compromis définitivement par la découverte de la pièce trouvée sous les scellés de Delaunay. 11 se demandait maintenant s'il n'avait pas été la dupe de cet adroit fripon qui lui avait fait poursuivre l'avant-garde hébertiste. Dans son esprit, la conviction s'était faite. Les divisions de la Montagne, la lutte acharnée que se livraient les deux factions depuis deux mois, tout cela était l'œuvre de Fabre qui avait besoin de brouiller les cartes pour sauver sa tête. Il ne voulait pas croire encore que Camille Desmoulins et que Danton, pour lesquels il avait professé une amitié sincère, fussent les complices conscients de Fabre. Il les tenait encore pour ses dupes. Mais il voyait l'intrigue monter et répandre partout Le soupçon. 11 fallait y mettre ordre.

Le lendemain 19 nivôse, aux Jacobins, Robespierre précisa sa position contre les factions. Il prononça un grand discours qui exerça sur la suite des événements l'action la plus considérable. En jurisbe qu'il était, il essaya de systématiser les i;iisons de l'hostilité qu'on témoignait au comité de Saint public, dont la marche était sans cesse entravée. Gomme les attaques venaient de droite et de gauche, il crut qu'elles étaient l'anivre d'un unique parti divisé en deux branches, les ultra et les ci<ra-révolutiorniaires, qui se proposaient par des moyens différents le même objet : la dissolution de la Convention. L'arrêt de niurt des Hébertistes et des Danlonistes était en germe dans ce discours, mais c'était surtout sur les Dantonistes qu'il frappait. Hobespierre prenait même la défense de la Commune efc des sections. A plu&ieuis i-cprises il [larla, comme la veille, des fripons qui s'efforçaient de l'essusciter le girondismé. Il compara la situaticjn présente à celle qu'avait créée la Gironde au moment du procès dn roi : « On était enfin parvenu à persuader à une foule d'hommos faibles, dit-il, que leurs ennemis étaient dans la Commune de Paris, dans le corps électoral, dans les sections, eai un mot dans tous les républicains de Paris. Voilà le système qui est encore suivi actuellement. » Quels étaient ces hommes qui attaquaient systématiquement la Conunune et les sections ? Tunt le monde comprit l'allnsion. Tous les yeux se tournèrent vers Fabre d'Eglantine. Celui-ci commit la faute de se reconnaître. Il se leva et descendit de sa place. Alors Robespierre invita la société à prier I^'abre de rester à la séance. Fabre monta à la tribune et voulut parler. Alors Robespierre reprit menaçant : « Si Fabre d'Eglantine a son thème tout prêt, le mien n'est pas encore fini, je le prie d'attendre. » Robespierre se résuma, pnis, dans sa conclusion, il revint à Fabre : " Je demande (jue cet homme qu'on ne voit jamais qu'une lorgnelte à la main, et qui sait si bien exposer des intrigues au théâtre, veuille bien s'expliquer ici ; nous verrons comment il sortira de celle-ci. Quand je l'ai vu descendre de sa place, je ne savais s'il prenait le chemin de la porte ou de la tribune et c'est pour s'expliquer que je l'ai prié de l'ester. )> Fabre ne pouvait se dérober à cette sommation. Il déclara qu'il répondrait à tout quand Robespierre voudrait préciser ses accusations. Il se défendit, en attendant, d'avoir influencé Camille

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