ÉPILOGUE ET CONCLUSION
Très longtems, après avoir fait sa dénonciation, Delaunay l'a consulté sur son rapport, il Ta consulté ensuite sur la rédaction du décret amendé sauf rédaction par Fabre d'Eglantine et par Cambon.
Le citoyen Benoist a fait un premier projet de décret qu'il n'a pas revu.
De Launay lui raconta que ce projet avoit éprouvé des difficultés, ♦il en demanda un second dans le même sens avec quelques ctiangemens. Benoist fil un nouveau projet.
Là a fmi son rôlle. 11 n'a parlé de la vie à Fabre d'Eglantine. Il na parlé de la vie à Bazire. Il connoissoit à peine de vue Julien de Toulouze.
11 a vu deux ou trois fois Chabot et une fois seulement lui a parlé de l'affaire de la compagnie des Indes pour lui expliquer le projet de décret que ni Chabot ni De Launay ii'ont jamais compris clairement W.
^'11 n'a jamais eu 100.000 liv. à sa disposition et ne les a jamais données ni offertes.
Encore moins en a-t-il promis 5 à 600. Encore moins en a-t-il ollert 5 à 600 autres pour sauver Ducos, Ponfrède et Vergniaud.
Mais s'il les eut eues, s'il les eut offertes, s'il les eut données pour arracher ses malheureux amis à une mort si peu méritée, quel est le juge, quel est l'homme, qui oseroit lui en faire un crime ?
Des délits imaginaires, des propos inventés, des liaisons supposées, voilà, citoyens, ce qui a enlevé un citoyen à ses foyers, ce qui l'a fait proscrire, ce qui, depuis 15 mois, le force à fuir la vue de ses semblables, voilà ce qui a motivé l'offre de 400.000 liv. faite par Barrère à qui pourroit le livrer aux bourreaux.
Justice, citoyens, justice et commisération, il n'y a contre
(1) Il imporbe peut-être d'observer que le fructidor, la Convention, sur le rapport du œmité des fineuices, a décrété, relativement à la compagnie des Indes, des dispositions absolument semblables à celles du proiet de décret si mal à propos reproché au citoyen Benoist. (Note de l'original.)
386 l'affaire de i.a compagnie des tndes
le citoyen Beiioisl aucune pieuve, aucun cui'p6 de délit, aucun motif d'accusation. Ne souffrez pas que le crédit des tyrans survive à leur puissance, ordonnez la mainlevée des scellés sur les meubles et effets du citoyen Beiioist, rue Taitbout n° 14. Rendez à la société une victime errante qu'épouvantent encore le nom des persécuteurs el le souvenir de leur haine, ilendez un époux à sa femme désolée et à l'enfant qu'elle nourrit un appui, un protecteur, un père qui ne Ta pas encore vu.
A Paris, ce 26 nivôse l'an 3^ de la République une et indivisible.
LAvn.LE-LéR0ux, femme Benoist.
(Archives nationales, F'^ 4594.)
La carrière postérieure de Bennist jette quelque lumière sur ce que put être son rôle dans l'affaire à laquelle il fut mêlé en 1793. Sous le Directoire, l'ancien ami du Montagnard Delà inay devint un Cliohien ardent. Il fut nomrné, après le 19 brumaire, chef de division et directeur de la correspondance au ministère de l'intérieur. Au retour des Bourbons, en 1814, il se vanta des efforts qu'il avait faits, disait-il, en 1793, avec le l)aron de f^atz et l'ancien lieutenant civil au Châtelet Talon, pour sauver la reine ; il invoqua les persécutions qu'il avait éprouvées sous la Terreur, sa fuite en Suisse pour sauver sa tête. Talleyrand, qui le connaissait depuis longtemps, le nomma, au moment de la formation du gouvernement provisoire, ministre do l'intérieur. Après six semaines, il fut nommé conseiller d'Etat et directeur général de l'administration des cominunes. Pendant les Cent-Jours, il se retira dans sa terre de Ta Mothe-en-Anjou. Ses deux fils servirent sous les ordres de d'Andigné dans les bandes de chouans. Charles X le fit comte et il mourut seulement en 1834, à 77 ans (h.
Julien de Toulouse protesta également de son innocence dans de nombreux mémoires écrits en l'an III. Il accusa Robespierre d'être cause de tous ses malheurs. Il finit comme Benoist, dans la peau d'un royaliste ardent (2).
(1) Boucler, Biofirnphie auficvine^l, II.
(2) Voir la première série de nos Etudes robespierristes.