ÉPILOGUE ET CONCHSION
Les intrigues royalistes que Chabot avait (iénoncées étaientelles réelles ? Ce n'est pas notre sujet de le rechercher. Xous n'avons voulu étudier que la corruption financière dont la liquidation de la compagnie des Indes fut le prétexte ou la cause.
Si la démonstration de la corruption n'est ixis complète et surtout si ses modalités sont mal connues, la raison doit en être cherchée dans les négligences. les erreurs, les lacunes singulières d'une instruction mal conduite el faussée, dès l'abord, par les préoccupations politiques. Au lieu d'instruire i'affiire financière, les enquêteurs sont partis à la recherche du complot contre la sûreté de l'Etat. Ils ont laissé passer l'occasion de faire toute la lumière. Ils se sont adjoints, pour les aider dans l'instruction, le complice du principal coupable. Quand ils ont vu clair, quand ils ont arrêté Fabi'e d'Eglantine, il était trop tard. Plusieurs inculpés étaient en fuite. Les financiers soupçonnés d'être les corrupteurs ne furent jamais inquiétés sérieusement.
Ce qui achève d'obscurcir l'affaire, ce qui a égaré lis historiens, c'est que, dans des documents essentiels du procès, les interrogatoires des accusés et le rapport d'accusation d'Aruar ont disparu de bonne heure des archives, dès l'an III.
Nous ne prétendons pas avoir dissipé tous les doutes, mais nous croyons qu'il se dégage des faits et des pièces réunis dans ce recueil des conclusions certaines. Il est certain que Fabre d'Eglantine, en signant la rédaction de Delaunay, qui accordait à la compagnie une liquidation selon ses statuts et règlements, a abandonné son amendement primitif. Il n'a pu consentir à cet abandon que pour une raison qui tombe sous le sens chez un homme prodigue, dissipé et peu scrupuleux de son espèce, car personne ne croira cju'il ait signé sans lire. Chabot lui-même ne le croyait pas.
Il est certain que la compagnie des Indes poursuivait deux buts manifestes : éviter l'amende qu'elle avait encourue pour ses fraudes fiscales, écarter de sa liquidation les agents de l'Etat. Le texte qu'elle obtint de Delaunay et de Fabre lui donnait satisfaction, puisqu'il limitait le rôle des commissaires liquidateurs à une mission de surveillance étroitement réglementée, et puisque ces commissaires devaient tout d'abord lever les scellés apposés sur les marchandises de la compagnie. C'était, pour celle-ci, \v grand point. Elle voulait pouvoir ren-
lier en possession de ses biens, non seulement pour empêcher que pai' le manque de soins ses marchandises précieuses ne subissent un dépérissement, mais encore pour diriger les ventes, en choisir l'époque, le lieu, les modalités. Les nombreux mémoires que ses administrateurs adressèrent aux pouvoirs publics ne laissent aucun doute sur leurs désirs et leurs intentions.
Les historiens qui ont cru à rinnocence de Fabre d'Eglantine se sont laissés séduire par ce sentimentalisme romantique qui a entouré les hommes de la Révolution, les Dantonistes et les Girondins en première ligne, d'une auréole trompeuse. Fabre était l'ami de Danton, qui le défendit jusqu'au bout. Il bénéficia de celte défense et de ce voisinage.
Les historiens ne vérifièrent pas les affirmations de Fabre dans ses plaidoyers. Ils n'étudièrent pas l'affaire du point de vue financier. Ils furent aveugles et dupes.
S'ils avaient seulement pris la peine de connaitre la vie et le passé des principaux protagonistes du drame, l'existence de Chabot, de Fabre, de Julien, de Delaunay, de Danton, de Basire, Lous hommes de plaisir et d'argent, tous mêlés aux plus louches affaires brassées dans les tripots, ils auraient peut-être hésité, eu innocentant les coupables, à jeter l'anathème aux juges.
Sans doute la justice révolutionnaire fut loin d'être parfaite. Nerveuse à l'excès, parce qu'on vivait dans l'angoisse patriotique, elle fut trop sommaire, trop rapide à la fois et trop lente. Des présomptions tenaient la place des preuves qu'on ne prenait pas la peine de réunir, quand on l'aurait pu sans difficulté. Mais mille besognes accablaient les douze membres du comité de Sûreté générale. Ce n'était pas une affaire qu'ils avaient à instruire, c'était cent, c'était mille, qui se pénétraient et s'entrecroisaient. Il est manifeste qu'Ainar se perdit dans le dédale des pistes qu'il suivit sm' les indications de Qiabot et de Fabre d'Eglantine.
Refusons de croire cependant que la justice révolutionnaire, surtout quand elle s'appliquait à des députés, à des hommes qui avaient fait leurs preuves de civisme, s'efforçait avec obstination et aveuglement à trouver, coûte que coûte, des coupables. L'indulgence dont le comité de Sûreté générale usa d'abord à l'égard de Fabre d'Eglantine, les lenteurs de l'instruction, les bruits persistants d'un non-lieu, les interventions