ÉPILOGUE ET CONCLUSION
fréquentes en faveur des accusés, la pitié témoignée à Basire, tout montre au contraire que le gouvernement aurait été heureux de limiter le nombre des accusés et de réduire la répression au strict nécesisaire. A ce point de vue, les lettres de Chabot à Robespierre, les mémoires de celui-ci sur l'affaire, sont très probants.
Les contemporains ont cru à la culpabilité de Fabre d'Eglantine. Des hommes comme Cambon, Rnmel, Louis du Bas-Rhin, Voulland, sans compter Amar, Levasseur (de la Sarthe), Vadier et Robespierre l'ont accablé. Ce fut l'opinion générale. Réviser un pareil jugement, rendu sur des interrogatoires aujourd'hui perdus, est chose très hasardeuse, surtout quand on ne verse aucune pièce nouvelle au débat. Les documents inédits que nous avons réunis, particulièrement ceux qui proviennent de la compagnie des Indes, ne font que confirmer la sentence des juges et en prouver le bien-fondé.
Sans doute le procès qui a été engagé contre les accusés a été un procès politique. Mais il ne faut pas oublier que les accusés, Fabre et Chabot en première ligne, avaient eux-mêmes placé l'affaire, dès le début, sur le terrain politique. La politique, dont ils espéraient le salut, a contribué à les perdre. Mais ce serait une lourde erreur de croire que la politique seule les a perdus.
Si, en ])leine Terreur, pendant les angoisses de l'an II, la Convention et le tribunal révolutionnaire ont couru au plus pressé en frappant les opposants, quels qu'ils fussent, en l'an IV, le péril passé, la Convention n maintenu son jugement. C'est en pleine réaction thermidorienne, quand les adversaires de Robespierre régnaient sans conteste, qu'elle a émis un vote qui avait la valeur d'une nouvelle flétrissure. Le 11 vendémiaire an IV, à peine un mois avant de se séparer, elle déoida, sur la motion du girondin Hardy, d'organiser une cérémonie funèbre en l'honneur de ceux de ses membres qui étaient tombés victimes (( de la tyrannie décemvirale ». Elle dressa la liste de ces victimes. Elle y comprit 48 de ses membres qui avaient péri « dans les prisons, dans les forts ou sur les échafauds, ou qui avaient été réduits à se donner la mort ».
Sur la liste figurent jusqu'au député de l'Aube Perrin, condamné pour concussion à dix ans de fers et mort au bagne ; jusqu'à Camille Desmoulins, et jusqu'à Philippeaux. Mais on
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y cherche vainement les noms de Basire, de Chabot, de Delaunay, de Fabre d'Eglantine et de Danton. Personne ne se leva dans l'Assemblée pour prendre la défense de ceux-ci, pour prétendre qu'ils avaient été injustement condamnés, ou seulement pour invoquer en leur faveur les circonstances atténuantes.
Les historiens, qui ont cru pouvoir, sans documents nouveaux, sans examen suffisant des documents anciens, prononcer que les Dantonistes étaient innocents des tripotages financiers qui leur furent reprochés, auraient bien fait de prêter quelque attention à ce vote de la Convention thermidorienne et de tâcher de l'expliquer.
Nous n'aurons pas perdu notre peine si nous avons convaincu nos lecteurs qu'il ne faut pas flétrir à la légère les hommes qui ont eu le redoutable courage, pendant les immenses périls de l'an II, de s'ériger en justiciens pour le salut de la patrie.