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saires du roi s’y opposent. C’en est fait, Le principal moyen de défense est soustrait à l’accusé. Alors Dupin se levant à son tour : “ En vertu du Traité du 20 novembre 1815, dit-il, Sarrelouis, patrie du maréchal Ney, ne fait plus partie de la France. Ney n'étant plus français, la Chambre des pairs est sahs juridiction.” Mais, à ces mots, le maréchal Ney, saisi d’une véritable émotion, s’écrie : “ Oui, je suis Français, et je mourrai Français Jusqu'ici ma défense a paru libre, Je m'aperçois qu'on l'entrave à l'instant. Je remercie mes généreux défenseurs de ce qu’ils ont fait et sont prêts à faire pour moi. Je les prie de cesser de me défendre tout à fait. J'aime mieux n'être pas défendu que d’avoir un simulacre de défense. Je suis accusé contre la foi des traités et on ne veut pas que je les invoque. Je fais comme Moreau, j'en appelle à l’Europe et à la postérité ! ” -
En vain la Chambre, après cet incident, offrit-elle à l'accusé de poursuivre la plaidoirie, Le maréchal ne voulut rien entendre.
Il était alors minuit. Cette dernière séance avait duré seize heures. Ney fut déclaré coupable de haute trahison et condamné à mort,
L’exécution devant avoir lieu dès le lendemain, à 9 heures, la sentence fut officiellement communiqué au maréchal à 3 heures. Après les adieux à sa femme et à ses enfants, Ney dans le premier moment, ne voulut point entendre parler de prêtre, quand une de ses gardes, andien officier, s'avança respectueusement vers lui, et lui montrant son bras armé de plusieurs chevrons, lui dit: que quoiqu'il ne fût pas aussi brave que lui, jamais il n’était allé aussi hardiment à la bataille que lorsqu'il avait recommandé son âme à Dieu.—
“ Tu as peut-être raison, mon brave, dit le maréchal ému, faites appeler un prêtre.”
Le matin, sur le lieu de l'exécution, une voiture s'arrêta contenant le maréchal et l'abbé de Pierre, curé de Saint- Sulpice. L'abbé embrassa son Compagnon, et après l'avoir béni, se mit à genoux à quelque distance pour prier,
Ney aussitôt s'avança ferme devant un carré de soldats, On veut lui bander les Yeux.—" Qubliez-vous, dit-il, que depuis vingt-cinq ans, j'ai l'habitude de regarder en face les boulets et les balles ?… Je proteste devant Dieu et la patrie contre + jugement qui me condamne ; et j'en appelle aux hommes, à la postérité, à Dieu ! Vive la France ! ”, puis, ôtant son chapeau et posant la main droite sur sa poitrine, il s’écria : “ Soldats, droit au cœur ! ” Mais le commandant, interdit, reste muet et sans Mouvement ; un deuxième aussitôt s'avance, donne l’ordre et le peloton fait feu, Ney tombe frappé de onze balles à la poitrine, à la tête at aux bras. Un roulement de tambours et des cris de Vive "oi! se font entendre,
L'abbé de ’ierre priait. Pen t que le sang de la victime étendue par terre coulait encore, “un Anglais à cheval, dit Welschinger, sauta par dessus le cadavre et s'e-fnit à toute bride sans qu’on pût l'arrêter”. -
Et, maintenant, messieurs, quelles conclusions attendez- VOus que vous n'ayez déjà vous-mêmes tirées de cette étude ?
Rigoureusement et de son Propre aveu, Ney était coupable ; mais outre que la sentence portée blessait déjà grave. ment la justice en ce qu'elle excédait une faute atténuée par tant de circonstances exceptionnelles, après les traités et les événements qui s’y rapportent, après les assurances données à l’armée, l'entière bonne foi de ses officiers, la conduite inqualifiable de la Chambre des Pairs bâillounant la défense, Ney ayant droit à l'amnistie, a été Outrageusement mis à mort. Napoléon n'hésite pas à dire qu'après les traités, le maréchal a été assassiné,
soldat, L'inexorable châtiment atteignit au. plus profond le cœur du peuple:et de l’armée: qui ne devaient jamais pardouner à la branche atnée des Boutbons, Combien différent le sort de'cet enfant. du peuple comparé à celui d’un Turenne et d’un Condé ayant autrefois combattu directement contre leur propre pays dans les armées étrangères! Aux gränds jours de la monarchie, cependant, Louis. XIV avait pardonné, et l’art nous représente encore au jourd’hui le héros de Recroy, déchirant seulement une page de son histoire, pendant qu’au nom du repentir et des hautes actions, les échos à peine attiédis de la chaire chrétienne glorifient ses cendres. * Triste inégalité, messieurs, des temps, des hommes et des : choses ! Mais le jour devait bientôt luire où l'appel du maréchal en tombant serait eutendu, Dès 1830, son nom est réintégré sur les registres de la Légion d’honneur et ile 7 décembre 1853, 1: nation, élève au « brave des braves ” un + monument sur le lieu même où il est: tombé, Ceux qui-ont | passé par le Luxembourg, à Paris, ont pu voir la statue du maréchal Ney. Il est là, debout, la tête haute, comme aux - jours où il commandait à ses troupes, le sabre en main et : défiant l'ennemi. Sur le soc du monument sont inscrites ses principales victoires, C'est ainsi que‘la postérité si juste, oubliant la faiblesse momentanée de l’homme à travers les temps malheureux où - il vécu, n'a plus voulu se souvenir que de la vaillance du héros, l’une des gloires militaires épiques de son pays.
La gloire seule ‘eût dû sauver de:tant d'opprobte cs grand :