‹ Un progrès en lutherieChapitre 11 sur 17 · J. B. VUILLAUME · texte numérisé non relu

J. B. VUILLAUME

né à Mirecourt le 7 october 1798 — mort à Paris le 19 mars 1875.

L'impulsion puissante qui, à notre époque, a poussé en Europe la lutherie dans la voie du progrès, est due tout particulièrement à J. B. Vuillaume. A ce titre, qu'il nous soit permis de le ranger parmi les maîtres, et de lui consacrer quelques lignes.

Il y avait bien eu, avant Vuillaume quelques luthiers d'un mérite réel^ dans tel ou tel pays, mais aucun d'eux n'a occupé une place aussi marqué, et n'a attiré à lui autant d'élèves. Les allemands surtout se font une spécialité de dépasser leur maître dans l'art de copier, disons de vieillir les instruments qu'ils fabriquent, pour les vendre ensuite comme étant des instruments antiques. C'est là un genre de travail abandonné aujourd'hui en France, par tous les luthiers qui ont encore quelque souci de leur dignité.

J'ai eu quelquefois l'occasion de m'entretenir avec ce luthier éminent; mais chaque fois, j'emportais de son talent une estime plus vive, et aussi chaque fois, j'avais tiré de sa conversation quelque profit. Cependant il était

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fort prudent; mais il aimait à m'intéresser^ en me parlant de choses que, sans doute, il n'aurait pas confiées cà un luthier parisien, ou à un plus important que je ne Tétais alors.

L'ignorance et la jalousie attaquent souvent sa mémoire, en l'accusant d'avoir fait des violons avec des bois séchés violemment, dans l'idée préconçue de tromper. A l'époque où feu Vuillaume eut l'idée de vieillir les bois, en les soumettant à l'action de la chaleur, il ne pouvait prévoir que l'énergie de la matière serait trop anéantie, et que la résistance nécessaire à la flexion des fibres, ne saurait survivre qu'un temps limité à l'ébranlement des vibrations.

Cette idée de vieillir les bois en en tuant les ferments ou l'énergie par la chaleur, a été alors fort en vogue, non seulement chez les luthiers, mais encore chez les facteurs d'orgues et de pianos. Au moyen de bois ainsi préparés, Vuillaume parvint à construire des instruments, qui dès la première heure avaient les sons agréables d'instruments antiques.

Dès qu'il eut acquis la preuve que le vieillissage artificiel était mauvais, il cessa de faire des copies, et à partir de cette époque, il ne fit plus que des instruments franchement neufs, avec des bois séchés naturellement.

Il conservait encore très longtemps ses instruments non vernis, pour que la siccation fût parfaite.

J. B. Vuillaume a imité tous les auteurs avec une rare perfection, il a vulgarisé l'emploi des matériaux de choix, et si dans la main des jeunes violonistes, l'on voit aujourd'hui d'élégants violons, ne manquant pas de bonnes qualités, ou relativement bons et à des prix abordables, c'est encore Vuillaume qui, en formant des élèves, leur a communiqué le goût de faire bien et mieux que nos prédécesseurs.

Aucun luthier n'a travaillé plus activement et plus intelligemment à la recomposition des beaux vernis d'autrefois que Vuillaume: nul n'est arrivé à ma connaissance aussi loin que lui. Ses derniers instruments sont recouverts de vernis aussi distingués et aussi limpides que ceux des vieux maîtres italiens. Est-ce à dire que ce soit le même vernis? Pour ma part, je le crois. La composition n'en est pas un secret ; les beaux vernis italiens sont composés, soit de succin soit de gomme de mastique, ou de cop'ale, premier choix, distillés à froid aux vapeurs d'alcool, ou fondus dans l'essence de lavande ou de térébenthine. Plusieurs fois j'ai fait faire l'analyse de poussières provenant de ces vernis, ou de résidus de vernis, obtenus par voie de lavage; elles ont fait reconnaître la présence des matières susnommées.

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Il n'y a donc que la coloration qui en ait été particulière, et alors, peu importe qu'on emploie tel ou tel colorant, pourvu que le résultat soit d'obtenir un enduit solide et flexible, surtout limpide, avec coloration à tons jaunes, bruns, rouges et réfractaires à la lumière. C'est là l'objet de toutes les recherches.

Vuillaume y était arrivé, lorsqu'il mourut, emportant avec lui son secret dans la tombe, et il n'a été rien retrouvé sur ce sujet dans les nombreuses notes qu'il a laissées. *)

Eh bien, si au lieu de nous cacher tous, nous publiions nos recherches, nul doute qu'en très-peu de temps nous saurions vernir comme le savaient faire Vuillaume et les grands luthiers d'autrefois.

La limpidité des vernis gras au succin s'accentue et se développe par la siccation ; les tons jaune d'or du premier vernis s'aperçoivent mieux quand le deuxième a acquis sa complète siccité.

^) Vidal, vol. I page 261, affirme que c'est au livre de Mailand sur les vernis, que J. B. Vuillaume a dû en partie les résultats définitifs.

*} Découverte des anciens vernis italiens employés pour les instruments à cordes et à archets, par E. Mailand, Paris 1859. Je regrette de n'avoii* pu me procurer cet ouvrage, l'édition étant épuisée, et toutes les recherches tpie j'ai faites étant restées vaines.

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Je publierai dans une brochure particulière le résultat de mes études y relatives, lorsque je les jugerai suffisantes.

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