‹ Un progrès en lutherieChapitre 13 sur 17 · OPÉRATION CHIRURGICALE · texte numérisé non relu

OPÉRATION CHIRURGICALE

Il arrive assez fréquemment qu'un instrument soit écrasé '). Un violon ayant été posé sur la chaise du professeur à l'insu de celui-ci, jugez de son efïroi au craquement peu harmonieux qu'il perçut par suite du contact de la partie inférieure de son individu avec l'instrument! Il se relève consterné; le violon n'est pas sa propriété. Hélas! pauvre violon, la table est brisée en travers, et comme les poutres d'une toiture ruineuse, l'âme ressort menaçante.

0 Dans le cas particulier, il s'agit d'un violon antique de grand prix, plus précieux encore comme souvenir de famille.

Cette réparation à été faite sans laisser de traces, et voici comment j'ai opéré : les ayant détachées, je rassemblai les brisures avec le plus grand soin; ensuite, après avoir égalisé toutes les aspérités à l'intérieur, je blanchis cette partie à la craie; j'ajustai contre la table une pièce de bois exactement semblable à l'ancien pour la qualité et la disposition des fibres. La forme de ce morceau de sapin épousait exactement la cavité de la table. Cela se prouve, lorsque toute la surface du morceau que Ton ajuste se trouve blanchie par la craie étendue sur la partie contre laquelle elle doit adhérer.

Je dois, pour la complète lumière, dire que je possède des moules en bronze coulés en creux et en relief, je les fais faire à mesure que le besoin s'en présente, quand j'ai à rétablir des instruments méritant cette dépense. L'on peut également se servir de moules en bois, mais ceux en bronze me semblent préférables, parce que je puis les chauffer à un degré convenable pour que la colle ne s'épaississe pas avant complète adhérence sous la pression.

Par ce procédé, il ne reste entre les parties jointes que la quantité de colle strictement nécessaire à leur union. Il va sans dire qu'il ne faut employer qu'une colle incolore et très-fluide.

PAR N. E. SIMOUTRE A BALE 65

Cette pièce massive étant fixée, en quelques coups de rabot, j'enlevai la voûte à l'extérieur et j'obtins une partie plane, contre laquelle je collai de même une pièce de sapin de dimension suffisante, pour pouvoir facilement refaire une même voûte.

Cette opération très-osée m'a réussi chaque fois que j'ai eu à la refaire, et je n'hésite pas à la recommander à l'attention de mes lecteurs : mieux vaut une voûte neuve, dont les fibres se rattachent très-solidement sur des surfaces relativement longues à la partie antique, que la conservation de débris de fibres brisées n'ayant d'autre adhérence que la colle qui les retient et la doublure intérieure que forcément il faudra y placer. *)

Mes collages étant sèches, (il faut opérer lentement et ne travailler le bois qu'après plusieurs jours de repos), je refis la voûte neuve aussi exactement qu'elle devait l'être, et je recreusai la table absolument comme si elle fût neuve.

Ce fut pour cette réparation, que l'idée des supports harmoniques prit naissance dans ma pensée, mais je ne

^3 Si l'on n'avait en vue ({iie de rendre au violon la sonorité avec la solidité, l'application d'une doublure à fibres parallèles et d'un support sutllrait. Mais si l'on veut faire dlsparaitre tonte (race de l'ractnre, ilt'aiil opérer conune je viens de findiiincr.

l'appliquai pas encore entièrement à ce violon; je n'osais pas; ce ne fut que pour des opérations analogues, et trèstimidement, que j'essayai leur emploi.

Le bois employé pour cette opération chirurgicale était très-dense et très-ancien. Après le vernissage, qui réussit aussi bien que la réparation, le violon n'avait rien perdu de ses qualités primitives et ne portait aucune trace de l'opération.

OBSERVATION. Pour remettre les brisures, employer la colle de poisson très-iluide.

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