COM.ME UN MONUMENT ÉTERNEL
DE LA BIENVEILLANCE ET DE L'ESTIME DONT IL l'hONORAIT.
1 <( Marionnette eut pour lot le marquis d'Eguilles, frère du marquis d'Argens. Ce cavalier, plein de mérite, était fort propre à endoctriner une jeune lllle. « {[.e Petit-maître philosophe, par Mainvillers, ly?!.
2 La date de sa naissance est, souvent aussi, inexactement citée : elle est du 27 juin lyo'i.
Comme rien, dans cette épitaphe, ne rappelait son impiété, ni sa conversion, quelques zélés fidèles s'émurent, et une inscription latine, composée par l'abbé d'Éguilles, avec une discrète allusion aux erreurs passéesdu philosophe, prit sa place. L'églisedes Minimes fut détruite en 1793. La statue qui forme le principal du monument élevé par Frédéric est conservée, avec le piédestal, au musée d'Aix.
Nous avons retrouvé, au village d'Eguilles, le descendant d'une famille attachée aux Boyer depuis plus d'un siècle. Ses souvenirs nous ont donné à penser que, si le Président parvint à convertir son frère, il n'arriva cependant point à vaincre son esprit superstitieux : la peur du démon le hantait. Etait-il malade? Il faisait asperger son lit d'eau bénite, afin d'exorciser le Malin. Un autre jour, il exhaussait le mur de sa propriété, pour s'opposer à son passage.
Les embarras financiers du Président étaient encore accrus par les dépenses qu'il croyait, en certaines occasions, nécessaires pour soutenir son rang.
Quand il ramena d'Angleterre la compagne de son choix, tout fut ordonné pour une entrée splendide dans le château de ses pères.
Une fête réunit la noblesse du pays qui, dans le trajet d'Aix à Eguilles, trouva la route bordée d'illuminations. Détail curieux : les chevaux du carrosse des nouveaux époux avaient été ferrés d'argent. Le souvenir de ce faste est resté au village, ainsi que la mémoire de la bonté et de la finesse du
seigneur d'Eguilles, qualités bien empreintes sur notre portrait i.
La fin de sa vie fat assombrie par les infirmités qu'avait causées sa dure campagne d'Ecosse -. Aussi répétait-il souvent un proverbe provençal que les habitants n'ont pas oublié, et qui peut se traduire ainsi : « Regarde la mer, ne t'y aventure amais ! »
Le Président mourut au château d'Eguilles, le 8 octobre 1783, dans sa soixante-seizième année, et fut enseveli, le lendemain, dans l'église paroissiale du village 'K Le souvenir de ses luttes avec le Parlement lui avait, sans doute, fait préférer cette sépulture au tombeau de l'église des Minimes.
Nous devons ajouter que, treize ans auparavant, réparation éclatante lui avait été faite par les magistrats d'Aix :
En 1770, l'archevêque de Brancas, mourant, les avait adjurés d'effacer leurs torts envers ceux de leurs collègues qu'ils avaient persécutés. Une députation de deux membres fut envoyée à Eguilles, pour lui offrir de rentrer ù la Cour, malgré Tarrct qui l'en tenait encore éloigné.
Sa réponse fut que, n'ayant commis aucun délit,
1 11 existe, poraît-il, un autre portrait au château de .\Iontvalon (Bouches-du-Rhône).
2 Deux codicilles, des 20 janvier 1781 et 20 juillet lyS;^, le déclarent « libre de tous ses sens, quoique malade de corps » l,a signature du second est péniblement tracée.
i Reaistre de la mairie d'Eguilles.
il n'avait point de grâce à solliciter. Mais quand une seconde députation le pria d'accorder à son filsaîné ce qu'il refusait pour lui-même, il crut devoir y consentir, sous trois conditions ' : « i*^ Qu'on n'i gnorerait point qu'il l'avait fait élever chez les Jésuites, à Bruges ; 2'^ qu'il serait reçu d'une voix unanime ; 3° qu'on ne lui ferait aucune question sur sa manière de penser. »
Ces conditions furent acceptées, et Pierre -Jean de Boyer, nommé Conseiller à la Cour des Comptes le 10 mai 1772, en devint Président le 3i mars 1781. La nomination du fils suffit à prouver Tinjustice des persécutions que le père avait subies.