‹ Un Protégé de BachaumontChapitre 5 sur 19 · MEMOIRE. I · texte numérisé non relu

MEMOIRE. I

Le marquis d'Aiguilles est fils de M. Boyer d'Aiguilles 2, procureur général au parlement de Provence. Le marquis d'Aiguilles a eu une excellente éducation, et, depuis ce tems, il a toujours cultivé les lettres avec beaucoup de goust et de constance. Il est de l'Académie des Belles-lettres de Marseille et si est distingué par plusieurs dissertations qui ont eu beaucoup de succez à Marseille, et à Paris, à l'Académie françoise en correspondance avec l'autre. Il estoit chevalier de Malthe et officier sur les galères de France. Il a beaucoup voyagé, en Italie, à Malthe, en Allemagne et ailleurs. Son père a voulu luy faire avoir la survivance de sa charge de Procureur général : en conséquence, il a étudié en droit et est reçu avocat. En attendant cette charge, il est oysif et veut occuper son loisir à voyager et à s'instruire de plus en plus : il est fort instruit du droit public, des loix, du commerce, des intérêts des Princes, de la politique, de l'histoire ancienne et moderne, de la géografie, etc. Il a été en Prusse pour traiter de ses affaires particulières avec un de ses frères qui est actuellement, à Berlin, chambelan du roi de Prusse.

I Bachaumont a écrit au bas de la page : « Ce Mémoire a esté donné anciennement à M. Amelot, ensuitte au mar- (luis d'Argenson et au marquis de Puisieux. '> Il l'avait, évidemment, présenté à l'appui d'une demande d'emploi faite au ministère, en faveur de son ami le marquis d'Eguilles.

2 L'orthographe véritable est d'Eguilles.

On répond de sa probité, de sa discrétion, de ses lumières, etc.

Le marquis d'Aiguilles a, actuellement, deux frères chevaliers de Malthe, et au service de France dans les troupes du Roi.

Au Ministre des Affaires étrangères i

Monseigneur, Nous serions parti aujourd'huy, si le vent l'avoit permis : il soutBe au nord-est, très-froid, et on dit qu'il est à craindre qu'il ne change pas si tost.

On a embarqué sur VEspérance^ où je dois passer, presque toute la poudre, et i,ioo fusils, avec égal nombre de sabres, fourniments, bayonnetes, etc. Le Harang couronné, qui partira cinq jours après, et qui est déjà tout prêt, porte i,3oo fusils et des autres munitions à proportion. Quoyque ces deux bâtimens ne portent que la moitié de ce qu'on croyoit pouvoir y embarquer, ils sont cependant beaucoup plus gros que ceux que Ton avoit ordonné d'armer; ceux-cy sont de loo et de iio tonneaux. Les autres ne dévoient être que de 40. Il en auroit fallu huit pour porter ce qu'on vouioit faire porter à trois.

I En réponse à la demande de Bachaumont, le marquis c iiguilles fut invité à prendre sans délai, à Dunkcrque (d'où il écrit cette lettre), le commandement d'un navire destiné à porter des secours au prince Charles-Edouard.

Les sieurs Bron ' et Sheridan ^ qu'on embarque sur r£'5^eriince sont les seuls Irlandoisque le sieur Rutlige ait adressé icy à son associé II a donc fallu ne pas hésiter à les accepter, puisque, sans cela, nous n'aurions eu ni guide, ny interprète à la côte d'Ecosse.

Il semble, cependant, par la lettre écrite par iM. le comte de Maurepas à M. Bart, qu'il auroit fallu réserver lesdits sieurs Bron et Sheridan pour un second embarquement; mais, n'étant pas prévenu, M, Bart n'a pu faire autrement qu'il a fait.

Il paroît, tous les jours, des petits bâtiments, et même des batteaux que les Anglais envoyent jusqu'à la portée du canon de nos batteries pour espionner ce qui se fait dans la rade. M. le comte de Launay a fait arrêter les lettres pour la Hollande, et on a cherché chicane à quelques vaisseaux hollandois que l'on retient dans le port, sous le prétexte qu'il faut les jauger pour voir s'ils ont payé exactement à l'amirauté les droits qui luy sont dus. Mais toutes ces précautions n'empêcheront pas que les Anglois n'apprennent incessamment qu'il y a icy deux vaisseaux chargés d'armes et prêts à faire voile, et qu'ils ne mettent, à notre traversée, tous les obstacles possibles, si un bon vent ne nous met pas à même de les prévenir par un prompt départ.

1 Le marquis d'Eguilles estropie fréviacniment les noms anglais : il s'agit ici du sieur Brown. capitaine au régimerr de Lally, dont il écrit, gcncralement, le nom : Bron ou Braun.

2 M. Sheridan était le neveu du gouverneur du Prince.

M. Dromont, qui s'embarque aussi sur Y Espérance, y a été mis d'autorité par M. d'Aunay, en conséquence des ordres de M. le comte d'Argenson.

J'ay été obligé de me laisser voir, chés M. Charron I, à ces trois Irlandois; ils n'en bougent, et je n'aurois pu, sans incon%'énient, les y éviter avec affectation. M. Charron m'a donné à eux comme un François recommandé qu'un fanatisme singulier avoit déterminé à aller servir leur prince et leur héros. Ils trouvent cette résolution admirable, et aucun d'eux ne me soupçonne chargé de la moindre commission. Quand j'ay à les sonder sur quelque chose, M, Charron me sert de moyen et d'instrument.

Par les lettres écrites icy de Hollande, il paroît presque certain que le prince est bien prêt d'Edimbourg, s'il n'y est pas déjà entré : ce seroit là un grand événement.

Je suis, avec un profond respect. Monseigneur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

d'Eguilles.

A Dunkerque, ce i" octobre 1745.

Au même.

Monseigneur, Les vents ont été, jusqu'à ce matin, au nord-est forcé; ils se tournent au sud; nous allons nous

I M. Charron était commissaire-ordonnateur de la marine à Dunkerque.

embarquer dans l'instant, et, selon les apparences, nous mettrons à la voile cette nuit.

M. le controlleur général n'a point envoyé d'ordrepour embarquer de l'argent sur les trois bàtimens qui doivent suivrele mien, et dont le premier partira dans quatre à cinq jours, si le temps le permet. Les 96,000 1. que je porte seroient un bien modique secours s'ils n'étoient pas suivis de quelques autres envois.

M. Braun, capitaine au régiment de Lali, a montré à M. Charron une lettre de son colonel, dans laquelle il est dit que ledit régiment de Lali et plusieurs autres vont incessamment être embarqués et que M. le comte d'Argenson a envoyé des ordres en conséquence à luy, Lali, qui écrit. J'aurois bien voulu sçavoir, avant mon départ, ce qui en est.

Si vous jugés à propos de m'envoyer quelques nouveaux ordres par le vaisseau qui partira immédiatement après le mien, je vous supplie, Monseigneur, de vouloir bien y joindre un état des secours donnés ou qu'on est actuellement résolu de donner, à tout hasard. Je pense que cette connoissance m'est absolument nécessaire pour proposer de delà tels ou tels partis et pour pouvoir vous envoyer icy un plan d'opérations raisonnées.

M. le comte d'Argenson ordonne ù M. de Launay de donner six canons à la suédoise, mais comme les deux premiers vaisseaux sont chargés et en rade, on ne pourra les embarquer que dans le troisième, qui partira, au plutôt, dans une quinsaine de jours. Pour suppléer aux inconvénients de ce retarde-

ment, je débarqueray en Ecosse ceux de mon bâtiment, si je juge qu'ils y soyent nécessaires et qu'il soit possible de leur faire faire, dans le pais, des aft'uts avec lesquels ils puissent traverser les montagnes.

Je suis, avec un profond respect, etc.

A Dunkerque ce '5 octobre 174?.

P. S. — Le vent devint contraire, hier au soir, mais il se retourne au sud et nous fesons voile, dans ce même moment, à dix heures du matin, ce jeudi 7.

An même.

Monseigneur, Arrivé, par le plus grand des hasards, à la rade de Monros • à 5 heures du soir, je me suis emparé de la ville avec trente hommes de l'équipage qui ont été joints, sur le chant, par la m.oitié du peuple. Nous nous sommes saisis de tous les chevaux et

I Le marquis d'EguilIes a relaté les diffJreates iréripclies de son voyage dans un mémoire adressé au roi Louis XV et qui a été public, en 1804, dans les Archiva littéraires de l'Europe, tomei", page 80. 11 raconte qu'après une bonace de plusieurs jours, son navire fut assailli par une première tempête sur la côte de Hollande ; qu'à la hauteur de l'Ecosse, un second orage encore plus violent l'affala sous la terre au milieu de la nuit : l'équipage se croyait perdu, quand, par bonheur, le navire entra dans une anse qui le sauva. Le lendemain, nu moment de mettre à la voile, une escadre anglaise passe au large. Le marquis d'EguilIes fait attaquer l'un des vaisseaux, le prend et y trouve un pilote qui conduit VEi^pérance dans la rade de Montrose.

chariots et nous y avons chargé tous nos effets qui partent actuellement et qui vont à un fort éloigné du port de près d'une lieue, précaution d'autant plus nécessaire que quatre vaisseaux de guerre et un brûlot sont après nous et arriveront icy dans cinq à six heures. Ils n'oseront jamais envoyer à une lieue un détachement assés considérable pour attaquer un poste où le prince a deux cents hommes.

M. Braun, et les trente hommes de l'équipage que nous avons débarqués, escortent les chariots que le prince enverra chercher après-demain. Les sieurs Drumund, Sheridan et moy, nous allons le joindre cette nuit à Edimburg, avec deux guides et deux domestiques affidés. J'envoye le vaisseau à une petite rade qui est à huit lieues au nord de Montros, et j'espère que, malgré le peu d'équipage qui luy reste, il se tirera d'atfaire, à la faveur de la nuit, et pourra recevoir à la mer les lettres que j'auray l'honneur de vous écrire, arrivé au camp. J'ay pris, pour cela, toutes les mesures que j'ay cru possibles. Il est certain que Coppe ' a été entièrement défait; que l'armée du prince, qu'on dit icy de 22,000 hommes, s'augmente tous les jours, et qu'à l'exception du château d'Edimbourg et de Sterling, toute l'Ecosse luy est soumise 2.

1 Le général anglais John Cope venait d'être complètement battu par Charles-Edouard à la bataille de Preston-Pans qui livrait à ce dernier l'Ecosse presque tout entière.

2 Arrivé au camp du Prince, le marquis d'Eguilles écrivit nu ministre une lettre qui a ttJ publiC-c par M. Ainiîdée

Monseigneur, je n'ay qu'une minute pour vous écrire ; vous excuserés la forme de ma lettre, par l'impuissance où je suis d'avoir le temps de mieux faire.

Je suis, avec un très-profond respect, etc.

A Montres, en Ecosse, ce 17 octobre 174?.

Pichot dans son Histoire de Charles-Edouard En voici quelques passages : « J'allai d'abord chez le sieur Sheridan, gouverneur du Prince à qui je dis que j'avais des dépêches pour son Altesse royale, que j'étais chargé de lui rendre en secret. Il alla lui parler et revint de suite m'introûuire. Je ne saurais bien exprimer la joie du prince en lisant la lettre du Roi et en écoutant ce que je lui disais de sa part. Il me répondit en substance qu'il était réservé à Louis XV de faire remonter sa maison sur ie trône oij toute la puissance de Louis-le-Grand n'avait pu le maintenir. . . : « C'est dans cette confiance, ajouta-t-il, que j'ai exposé les vies et les fortunes de tout ce qui me restait d'amis en Ecosse. Je vais joindre ceux que j'ai en Angleterre. Je pars dans huit jours; je marche droit à Londres ; si vos troupes descendent et obligent nos ennemis à une diversion, l'Angleterre est à nous dans deux mois, mais si, par malheur, le débarquement si souhaité et si nécessaire n'avait pas lieu ou se faisait trop tard .., je serais perdu sans ressource. .. Mais, monsieur le marquis, ne puis-je pas compter sur un débarquement prochain ? Parlez-moi sincèrement.— Monseigneur, lui répondis-je, quand je partis de France, on n'avait pas une connaissance assez exacte de l'état des affaires pour pouvoir prendre un parti décidé ; on aurait craint d'agir à contre-temps ; mais je crois pouvoir espérer, vu l'état où sont les choses, que l'on concourra aux vues de V. A. R. Peut être serait-il à propos d'attendre des réponses avant qu'elle se mît en marche, afin d'agir à coup sûr et de ne point s'engager. — Monseigneur, me réponditil, mes ennemis se fortifient de jour en jour et mes amis peuvent, à chaque moment, être découverts, perdus et hors d'état de me servir. D'ailleurs, je crois devoir profiter de l'ardeur de mes troupes et du découragement de celles de l'Électeur «

Au même.

Monseigneur,

Le prince prend, dans le moment, la résolution d'envoyer en France M. le chevalier Stuard, sur un vaisseau qu'on apprend devoir partira tout moment. Je n'ay pas le temps de vous faire une dépêche détaillée et chitTrée ; d'ailleurs les choses sont, quant à l'essentiel, au même état où elles étoient ces jours passés. J'ay eu l'honneur de vous écrire déjà cinq fois dans huit jours et j'ay lieu d'espérer que vous aurés reçu au moins une de mes trois premières lettres qui ne sont que des duplicata envoyés, par diverses voyes, à M. l'abbé de la Ville, et qui contiennent les principaux détails.

Je me borneray, icy, à vous assurer de nouveau que l'armée est prête d'entrer en Angleterre au nombre de 10,000 hommes, au moins, avec treize canons et des munitions. Mais, malgré cela, monseigneur, ils sont perdus, même en gagnant des batailles, si les François ne débarquent point, car les trouppes de ce païs-cy, accoutumées à se débander, après une victoire «, tout comme après une défaite, affoiblies, d'ailleurs, par les morts et les malades, ne pouvant pas être recrutées et mêlées d'Anglois, se trouveroient bientôt réduites ù si peu de chose, que les seules troupes des trois places d'Angleterre et des quatre châteaux d'Ecosse réunies suffiroient

I On verra plus loin que le marquis d'Eguilles, voyait liste, et que les troupes du prince Edouard se débandèrent, en effet après la victoire de Faikirk.

peut-être pour les détruire, n'en restât-il point d'autres à la Cour de Londres, ce qui n'est pas vraisemblable, vu le nombre qu'elle en a et la facilité d'en faire encore venir par mer.

S'il avoit été question d'envoyer des François en Ecosse, il faudroit, s'il en étoit tems, changer le lieu de débarquement et le faire au midy d'Angleterre, pour nous y attendre, ou au nord, pour nous y joindre.

Le prince Edouard croit, avec assés de fondement, que, si le Roy Tavouoit publiquement pour son allié, les HoUandois qui sont icy n'oseroient jamais combattre. Il semble que cette démarche de votre part seroit aujourd'huy plus utile qu'hasardeuse, vu l'état de force où est le prince Edouard, la diminution que six mille hommes de moins apportcroient à celle de l'Électeur a'Hannover i.

Le second et le troisième vaisseaux qui dévoient suivre le mien sont arrivés, et la difficulté d'en transporter icy les munitions retardera notre départ de quatre à cinq jours, en sorte, monseigneur, que nous ne nous mettrons point en marche avant le sept.

Je suis, avec un très-profond respect, etc.

A Edimbourg, ce 3 novembre i7-|5.

Quoy que le troisième vaisseau soit arrivé, les dépêches dont il peut être chargé ne me sont point encor parvenues; s'il y en a, je ne les recevray que dans deux jours.

I Ccst le nom que l'cirmûe i.lu prince liJounrJ J<>nn:iit ;iu r-ii d'Angleierre.

Aîi vicme.

Monseigneur, Le duc de Cumberlaad, en fuyant devant nous, cassoit les ponts et les chemins, et, par là, rendoit notre marche assés lente pour donner le temps à l'armée de Vouede i et à toutes les autres troupes d'Angleterre de se joindre à luy aux portes de Londres. Nous en étions à trente lieues, quand nous eûmes des nouvelles certaines de ce projet qui n'étoit pas celuy auquel nous nous étions attendus, car nous ne doutions pas que le duc de Cumberland ne nous attaquât. Nous fûmes donc obligés de prendre le parti de retourner en Ecosse -, ne croyant pas qu'il fût raisonable de tenter un combat si inégal, dans un temps où nous étions, moins que jamais, dans le cas d'agir en désespérés, ayant appris les secours qui nous étoient arrivés à Montros ^ et

i Le général anglais Wade.

2 Partie d'Edimbourg, l'armée jacobite avait pris le chemin de Carlisle dont elle s'était emparée, puis s'était avancée, par Manchester, jusqu'à Derby, tandis que les Anglais, commandés par le général Wade et le duc de Cumberland, fils du roi Georges II, fuyaient vers le sud. Les avant-postes de Charles- Edouard ne se trouvaieni plus qu'à quarante lieues de Londres: le prince rassembla son conseil et déclara son intention d'entrer dans la capitale. Mais lord Murray, son plus nabile général, et tous les chefs, furent d'un avis contraire ils alléguèrent la supériorité numérique des ennemis et l'impuissance d'une poignée de highlunders, si l'on entrait dans Londres. Le Prince céda, et l'on reprit chemin de l'Ecosse.

3 Lord John Drummond venait d'arriver de France à Montrose avec son régiment de fantassins du Royal-Ecossais, deux escadrons du régiment de Fitz-.lames, et les piquets de

ceux que nous pouvions attendre ailleurs. Nous rebroussâmes donc chemin de Derbi, qui est à près de cent lieues d'icy. Nous n'avons pas perdu, par l'ennemi, un seul chariot, ny un seul cheval, quoy que nous eussions à marcher, presque toujours, à travers des hayes que défendoient vingt raille hommes de milice qui,- à la vérité, ne nous attendoient jamais. Il nous a fallu traverser dix rivières ou torrens qu'aucune autre armée n'auroit osé passer à gué.

Nous étions suivis de toute la cavalerie des deux armées de Vouede et de Cumberland qu'on avoit réuni, et de deux mille fantassins qu'on avoit monté sur des chevaux de païsans. Nous voyions l'ennemi chaque jour, mais jamais d'assés près pour combattre.

Enfin, il y a cinq jours que notre arrière-garde, de 7 à 800 hommes au plus, fut attaquée par toute la cavalerie susdite dont les dragons et les fantassins étoient postés derrière des hayes et des murailles '. Nous leur tuâmes plus de cent hommes qu'ils laissèrent sur le champ de bataille. La fuite, qui fut trèsprompte, et la nuit, qui étoit close, sauvèrent tout le reste. Nous ne sçavons pas le nombre de leurs blessés. Nous eûmes huit hommes tués (parmi ces huit hommes, il y avoit un capitaine), et sept blessés.

la brigade irlandaise au service de France. Lally, le commandant de cette brigade, s'était joint à lord Drummond, qui amenait ainsi un renfort de 3, 000 hommes.

I C'est le combat de Clifton-Enclosures. Lord Georges Murray avait eu affaire, dans cet engagement, à f>ooo hommes, dont 4000 achevai.

Ce petit combat fait plus d'honneur à ces gens-cy qu'une bataille : ce sont des véritables démons, et les ennemis en ont une peur inexprimable. On a remarqué que la plus part des dragons tués n'avoient qu'une botte; apparemment qu'ils commençoient à se déchausser pour fuir. On ne leur en donna pas le temps. Le premier coup de fusil tiré, le montagnard se jette à terre et court, le sabre à la mam, sur l'ennemi, façon terrible d'attaquer des gens déjà intimidés.

Enfin, depuis lors, nous n'avons plus rencontré d'obstacle ny vu un seul cavalier sur nos derrières. Nous avons augmenté, en passant, la garnison de Carlile > où nous avons laissé nos malades qui sont en très-petit nombre. Nous partons demain pour Glasco, d'où nous marcherons à Sterling pour en faire le siège. De là, nous irons attaquer le château d'Edimbourg : ces deux conquêtes nous assureroient la tranquile possession de l'Ecosse.

Voilà, monseigneur, le détail exact de notre marche de retraite, un peu différent de celuy que nous lisons icy dans les gasettes angloises, où l'on nous dit entièrement détruits. Le roy peut compter que notre armée, dans l'aller et le retour, n'a pas perdu, par mort ou désertion, 1 5o hommes, à compter depuis la prise de Carlile. La conquête de cette place, l'audace qu'ont montré nos soldats,

I . Le prince y laissa 3oo hommes, tous Anglais ou Irlandais au service de France, dans l'espoir qu'après une capitulation presqu'inévitable, ils seraient traités, non comme rebelles, mais comme prisonniers de guerre.

l'inhabileté et la terreur que nous ont laissé voir les ennemis, doivent nous dédomager des obstacles que nous avons trouvé à remplir la vue principale qui étoit la prise de Londres.

Il faut, aussi, meitre en ligne de compte d'avoir reçu près de deux mois de l'argent et des denrées de l'Angleterre et d'avoir accoutumé les montagnards à s'éloigner de leur païs, chose qu'on regardoit comme très-difficile.

Je n'ay point reçu les dépêches confiées à M. le comte de Drummond; il me mande seulement qu'il n'a pas osé les risquer entre les mains d'un courrier ordinaire, par qui il nous a envoyé, en gros, des nouvelles qui ont fait icy bien du plaisir.

Comme cette lettre ne va pas à la mer à travers des mains bien sûres, et qu'on ne peut me donner le temps de la chiffrer, je ne puis vous y rendre un compte détaillé de bien des choses, mais j'ay cru qu'il importoit de profiter de toutes les occasions de vous apprendre notre heureux retour à travers les dangers qui me paroissoient presque insurmontables.

Je croyois que le danger de combattre les trois armées réunies n'étoit pas si grand; le prince n'en trouvoit d'aucun côté. Il n'imagine pas que rien puisse être au-dessus de son courage et de sa fortune.

Je suis, avec un très-profond respect, etc.

En Ecosse, à Donfritz (t', ce 2 janvier 171').

1 Dumfries. chef-lieu ilu comic Je ce nom.

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