‹ Un Prussien libéré; Herder, sa vie et son œuvreChapitre 2 sur 25 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

EST-IL encore permis de parler de l'Ailemagnef De bons esprits pensent que non, et ils en donnent diverses raisons, dont la meilleure est sans doute l'attitude extraordinaire que V Allemagne prend vis-à-vis du monde civilisé.

On a souvent parlé de deux Allemagnes, celle des penseurs et des poètes d'autrefois, et celle du militaris?ne actuel. Il serait plus Juste de dire l'Allemagne et la Prusse.

Deux faits sont constatés par l'ethnographie et l'histoire. Le premier, c'est que le Prussien n'est pas de race germanique ; le second, c'est que la première fois que les Prussiens firent leur apparition sur les confins

n PRÉFACE

de r Allemagne, ils se présentèrent en ennemis. Les chevaliers de r Ordre Teutonique furent chargés de les contenir. Ils en firent un grand massacre: les survivants s'infiltrèrent dans les régions du nord-est, et, mêlés à la population indigène et à des colons venus de tous les points de l'Europe, devinrent la souche du hobereau prussien^ qui a suscité la guerre actuelle.

Le hobereau prussien a mis la main sur l' Allemagne et, par l'Allemagne, veut mettre la main sur l'Europe et sur le inonde. L'Europe., d'un geste superbe et unanime, a détourné la menace, et le monde s'est trouvé trop vaste pour tenir dans la serre prussienne.

Telle est la suite des faits dans l'ordre politique. Le même contraste règne dans l'ordre littéraire.

Il y a dans la littérature allemande une école saxonne, une école de Weimar, une école souabe ; il n'y a rien qui puisse s'appeler du nom d'école prussienne. Un des derniers historiens de la littératu7'e allemande, Wilhelm Scherer, a essayé de la présenter du point de vue prussien ; il n'a abouti qu'aux plus

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